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Libertin(e) aujourd'hui

Extrait prologue

C’est drôle ! Quand un ami libertin m’a chuchoté qu’il y aurait beaucoup de choses à raconter sur les libertins et le libertinage, j’ai tout de suite pensé que tout avait du être dit sur le sujet. J’en étais même convaincu. D’ailleurs, avant d’écrire ce livre sur le libertinage et avant d’avoir rencontré tant de libertines et de libertins, j’étais trop convaincu… De trop de choses ! Et si le sujet ne m’avait pas titillé les hormones coquines, je crois bien que j’aurais pris la suggestion à la légère. Mais voilà ! Quand même… Le libertinage ! Autant dire le sexe coquin, quoi ! L’art de s’amuser à des jeux interdits, de braver la bonne morale, de faire un « retour-chariot » dans les coulisses croustillantes de l’Histoire. Messaline, les orgies romaines, les bacchanales, carnaval, les rites païens, les paillardises du Moyen-âge, la vie de château au 18ème siècle, les jeux de cache-cache avec les servantes, la vigueur de Voltaire et la fête de la bière à Munich… Toutes ces choses et ces images imaginaires sentaient déjà bon la paille, la semence et la lubricité, dans les arcanes de mon cerveau. Pourtant, au fond de moi, quand je me posais la question : « Au fait, c’est quoi, un libertin ? », nulle réponse précise ne me venait. Un être débauché qui met ses mains, et le reste, partout ? Avec n’importe qui ? Qui ne pense qu’à ça ? Un individu à la fréquentation malsaine, ne sachant résister à aucune tentation ? … Pauvre homme !
Quant à une libertine ? Que peut bien être une libertine ? Une coquine ? Pis, encore ! Une fille facile, sans foi, ni loi, ni morale, ni dessous, apte à abandonner son corps et son âme aux premiers venus, sauf à moi ? En quelque sorte, une pute bénévole ? … Que de questions ! Après tout, chacun fait bien ce qu’il veut, du moment qu’il n’y a aucune contrainte ! Tel a toujours été mon principe et que grand bien leur en fasse, à tous ceux-là qui, comme moi, n’ont pas le bonheur de connaître une sexualité de couple certainement épanouie. Bien ! Au fait… En parlant de couple, il paraît qu’on trouve aussi des couples libertins… Non ?… Si ! Kézako ? Comment peut-on être couple et libertin à la fois ? Ça alors… C’est vrai que j’étais bien jeune dans les années 70 ou 80, quand j’entendais parler de « parties fines, de parties au carré, de partouzes et de ces couples fortunés qui exhibaient leur indécence dans quelque avenue chic de Paris, à la recherche de stimulants sexuels dépravés. Et puis, les années ont commencé à passer, la naïveté aussi, et le couple libertin prenait de plus en plus une forme d’adultère réciproque et consentant. Ou à peu près consentant, m’imaginant bien mes compères masculins, un peu plus consentants que leurs compagnes. Encore une fois, chacun son truc. Et puis, les années ont continué de défiler et, c’est vrai, je l’avoue, la curiosité rivalisait souvent avec la gourmandise quand, au détour d’un ouvrage, d’un article de magazine ou de confessions dérobées, j’entendais parler de libertinage. D’autant que, ces dernières années, les Delarue, Dechavanne, Ardisson ou Ruquier ne manquaient pas d’attiser notre libido, avec des thèmes sur la sexualité de nos contemporains, pour ne pas dire pudiquement de la nôtre. Et là, de nouveaux termes comme mélangisme, côté-à-côté, bisexualité et autres BDSM (bondage, domination, sado-masochisme) venaient bousculer la notion fourre-tout d’échangisme. Mais alors, un libertin en cacherait-il un autre ? … Mes chers lecteurs, et mes très chères lectrices, c’est ce dont je voulais vous parler, figurez-vous ! Je m’en doutais un peu, des jeux et des jouets, il y en avait pour tout le monde… Mais à ce point-là, comment ne pas trouver fantasme à son pied ? Que l’on soit coquin de naissance, par usage ou par goût, que l’on soit casanier, sans imagination, sans libido ou sans enthousiasme, que l’on soit au printemps ou à l’automne, que l’on affiche tablettes de chocolat ou poignées d’amour, que l’on privilégie le plaisir phallique ou bien celui des yeux, que l’on recherche l’ambiance, le mélange, l’échange, les caresses, les imprévus ou le martinet… Il semble qu’il y ait un libertin ou une libertine qui puisse trouver sa place en chacun de nous. Comme moi, certainement, vous avez découvert les joies extravagantes du chaud capot de la voiture ou de la machine à laver, sur programme essorage. Nous avions tous vingt ans, ou pas loin, nous découvrions le monde et nous étions certains, non sans fierté, que nous étions de fieffés coquins, de grands aventuriers de la chose et que notre imagination dépassait toutes les limites du moralement supportable. Ben, voyons ! … Et durant des siècles de procréation ? Maman faisait la tortue et papa ré-inventait la position du missionnaire, peut-être ? En attendant que l’aimable progéniture découvre qu’il y a du rock’n roll dans la culotte de sa voisine ou de son voisin ? Que nenni ! Seulement voilà, le sexe règne en maître sur notre monde. On nous le rabâche assez. La planète est truffée de coquins et de coquines, de virtuoses de la zigounette et de prêtresses en chaleur, parfois même déguisées en auto-stoppeuses. Craché, juré ! Je connais quelqu’un qui connaît quelqu’un qui… Je devais avoir une douzaine d’années quand un copain de classe, cette fameuse classe avec le radiateur au fond à droite, me le confirmait puisqu’il le tenait lui-même de son oncle, qui exerçait un métier au-dessus de tout soupçon. Il était routier ! Depuis, j’ai compris que les virtuoses se faisaient doubler dans les films et que les filles avaient bien des chaleurs, mais seulement à des occasions bien précises et scientifiquement bien connues : à midi sur la plage, sous le soleil du mois d’août et quelques années avant la retraite, au moment d’un bilan en règles appelé ménopause.
Autrement dit, si le sexe existe bien parce que nous l’avons tous rencontré, il ne recèle rien d’exceptionnel ou d’extraordinaire. Cela, je le dis aisément aujourd’hui, après quelques mois d’enquête, de rencontres et d’égarement dans de délicieuses alcôves. J’aurais pourtant du m’en douter. J’ai connu beaucoup de choses, dans ma vie. Beaucoup de métiers différents, d’endroits et de gens variés. Mes quelques années de journalisme m’avaient même conduit à fréquenter, déjà, le monde de la nuit, du show-biz et de la politique. J’ai rencontré également de grands chefs d’entreprises, des héritiers et des aventuriers. Des gens mystérieux, des cercles discrets, des « pygmalionnes » qui étaient pour moi comme des fées, des hurluberlus qui, à coup sûr, débarquaient d’une autre planète, des savants qui ne savaient plus, des idiots qui savaient sur tout, et même de grands sages qui s’ignoraient et que, d’ailleurs, tout le monde ignorait, au détour d’un quai de métro, la bouteille vide de « Préfontaine » à la main. Ce que j’avais retenu de toutes ces confrontations aurait du m’alerter sur le reste de l’univers et sur ce qu’il me restait à en découvrir. Notamment, sur la partie la plus pudique et la plus magique que l’être humain croit dissimuler au fond de lui-même. Nous nommerons, ensemble, le sexe. Et si je me retiens de baisser les yeux vers le dessous de mon nombril, en évoquant ce divin artisan du plaisir et de la réalisation de soi, c’est que finalement, je ne suis plus certain de savoir tout à fait si c’est juste à cet endroit qu’il habite. C’est vrai qu’il était plus facile de laisser le sexe à part de tout le reste, bien à l’abri dans une culotte de coton, de dentelles, de lycra, de cuir, de soie, de satin, de métal (si !), de nylon… Quand même ! Et je m’imaginais encore que les adeptes du sexe étaient manifestement des êtres à part. En particulier, ces adeptes qui m’intéressaient encore plus que les autres, ceux de l’autre sexe que le mien et dont je connais brillamment les diverses appellations d’origine : les femmes, les filles, les cover-girl, les call-girl, les escort-girl, les playmates, les entraîneuses, les effeuilleuses, les michetonneuses, les vestales, les hétaïres, les prêtresses, les déesses, les copines, les amoureuses, les bonne-amie, les courtisanes, et donc les coquines, les libertines, les amantes, les maîtresses, pour ne retenir que les noms les moins vulgaires. Et je n’oublierai pas l’épouse, la compagne, la muse, l’amie, la confidente, l’âme sœur et surtout pas la mienne qui est tout ça à la fois, selon le jour, la nuit, mes états-d’âme, mes délires et mes désirs. Et forcément, je m’imaginais ces servantes du sexe et de la perdition de l’homme, telles que l’iconographie médiatique et archaïque s’efforçait de nous les montrer. Ce qui, ma foi, ne me troublait pas non plus la vue. Des représentations antiques aux tableaux libertins, de Barbarella à Esméralda, des marchandes de « Barilla » aux profondeurs des cachous « Lajaunie », des sculpturales carrosseries inutilement encombrées de ferrailles à quatre roues aux majorettes en défilé, des midinettes de festivals aux actrices de X, il me semblait naturellement qu’il en allait de la splendeur féminine comme du monstre du Loch Ness. Mythe ou réalité ? Car enfin, quand je traverse mon centre commercial ou la place du marché, j’ai quand même envie de hurler : « Mais où vous cachez-vous ? ». Et j’en rajouterais bien volontiers en parcourant les sites coquins d’Internet, en matant les affiches des sites sur les bords des grandes nationales, en feuilletant certaines pages de « La Redoute », des « Trois Suisses » ou de « Quelle » qui voudraient nous faire croire que quelques ménagères commanderaient anonymement corsets, guêpières, cuissardes, string fendu ( ! ), collants troués et autres vibromasseurs, censés détendre la peau de visage… Les vendent-ils vraiment ou serait-ce pour la beauté de l’art ? Je ne vous ferai pas grâce non plus des annonces de plus en plus fréquentes, qui tapissent les magazines les plus respectables, de femmes fatales se faisant appeler dominatrices et autres maîtresses, vêtues, gantées et bottées de latex ou de vinyle noir. Moi qui croyais les cuissardes noires réservées à la Mère Noëlle ! J’avais pourtant beau regarder et inspecter autour de moi, je ne reconnaissais décidément aucune coquine de cette espèce dans mon voisinage. Oh ! Je m’étais déjà bien rincé un œil ou l’autre, au détour d’un étalage ou d’un rideau mal tiré. J’avoue quelques jarretelles surprises de çà de là, voire une petite culotte subrepticement entraperçue entre deux croisements de jambes. Mais elles ont toujours été désespérément blanches !
La solution était simple, ces effeuilleuses libertines de catalogues, ces adoratrices du vinyle et du lycra, ces expertes en délices érotiques ne devaient converger que vers un même point : les lieux libertins. Clubs, soirées, rencontres… Les petites annonces, surprises ici et là, ne devaient pas mentir. Ces servantes de l’amour et du sexe, ces carrosseries au design irrésistible et ces croupes incendiaires, existaient donc et j’étais décidé à les rencontrer, seules ou en couple, et j’en reconnaîtrais les pratiques rien qu’à leur ramage. Facile ! Je les ai vues à la télé, danseuses ou choristes, hôtesses ou plantes vertes ! J’allais certainement me plonger dans un océan de perversion et de lubricité dont je ne savais même pas si j’oserais émerger un jour. Et n’allez pas croire que je sortais du séminaire et qu’enfant de cœur j’étais. Coquin, libertin dans la lettre, joueur, imaginatif, esthète, épicurien et hédoniste, il me semblait bien que je le fus déjà un peu… Mais je me sentais un peu seul et me croyais un peu unique en mon genre. C’est en tout cas ce que je prétendais à ma femme et cela m’arrangea bien qu’elle le crût. Fallait-il d’ailleurs que je profitasse de ces derniers instants d’idolâtrie et de douces illusions. Car, voyez-vous, ce que j’ai découvert avant vous, mes chers homologues représentants de la gent masculine, nous laissera pantois quant aux ressources cachées de nos compagnes, en matière d’amusement. Fidèles sont-elles, au travers des temps et des siècles, à leurs dévotions les plus anciennes, les plus archaïques, les plus viscérales envers la vie et tout ce qui l’enthousiasme et la sublime : l’amour. Vous croyez que j’exagère, que je romantise, que je poêtise ? Pourquoi pas, dîtes-le, ne me soupçonneriez-vous point d’afficher un faible pour le sexe faible ? J’avoue ! Point n’est nécessaire de me botter l’âme. Ou alors, déléguez à l’une de celle que nous allons découvrir. Mon âme libertine a pour la coquine bien plus de cœur que mon esprit macho l’imagine.
D’ailleurs, je vous prouve en l’instant que je n’exagère pas, au sujet des ressources que nos mères de famille recèlent encore, après deux mille ans d’asservissement de leur libido. Comment ? Par le scénario suivant ! Imaginez… Allez, j’en rigole d’avance mais imaginez quand même. J’en rigole parce que l’histoire racontée par les hommes, a voulu nous faire croire que l’homme est la source de tout plaisir sexuel, que la femme n’en serait que le réceptacle et que, par-là même, le mâle serait au centre du monde, du moins du monde sexué et sexuel. Sans lui, point de salut, point d’imagination, point de jeux et donc point de plaisir. C’est ainsi qu’un beau soir, alors que vous rentrez chez vous, le grand esprit du libertinage vous inspire de générosité érotique. Vous proposez donc à votre dulcinée de réaliser un grand fantasme, l’histoire ne précisant pas s’il s’agit du vôtre ou bien du sien. « Ma chérie, j’ai invité rien que pour toi, ce soir, dix magnifiques étalons, tous des clones de Rocco Sifredi, la star du X. Tu feras d’eux ce que bon te semble. » Ce à quoi, après avoir accepté, non sans quelques hésitations et une moue dubitative bien féminine, elle vous renvoie la pareille (et non l’appareil !) sous ses mots : « Mon chéri, pour te remercier, j’ai moi-même invité pour ton agrément dix jeunes louves, toutes jumelles de Claudia Schiffer ». Comme quoi, quand le grand esprit du libertinage veut bien se donner un peu de mal ! Et vous voilà heureux de l’aubaine, frétillant de bonheur comme la main de ma sœur dans la culotte du zouave. Mais voilà ! L’esprit du libertinage est aussi un esprit farceur. Car ce qui devait arriver, arriva et vingt minutes plus tard, après avoir échappé de justesse à la fameuse panne sexuelle due à une trop forte excitation, vous finissez péniblement par sortir du lupanar improvisé, après avoir héroïquement contenté deux des dix coquines, assouvis deux ou trois fantasmes et laissant les huit autres au comble de l’ennui et du désespoir. Et comment voudriez-vous qu’il en fut autrement ? Patiemment, vous attendez le retour de votre dulcinée à vous, ne doutant pas de la voir surgir dans la minute, rouge de honte et de colère devant tant de déchaînement viril, laissant à son tour huit ou neuf de ces étalons dépités. Normal, elle qui n’a jamais eu beaucoup d’imagination et qui peine, déjà, à vous satisfaire tout seul. Mais voilà ! Les minutes passent et se ressemblent. Les heures aussi et c’est au bout de la troisième que vous finissez par perdre patience, des fois que tout le monde se serait endormi. Bien entendu, vous pénétrez l’espace lubrique, pour découvrir un tableau orgiaque et madame s’écriant : « Toi, mon chéri, déjà ? ». Les dix étalons ne montrant aucun signe de quelconque lassitude et madame heureuse des jouets tendus, la satisfaisant de part et d’autres.
Galéjades, science-fiction, pure hypothèse, vraie foutaise ? Non ! Véritable synthèse de la réalité libertine. Alors, voilà, c’est dans ces conditions et ces réflexions que je décidai d’en savoir plus sur le pays du libertinage et de ses ressortissants. Ce pays existait donc bien, j’avais le bon âge pour le découvrir, longtemps après le capot de la voiture et tout le reste. Après tout, si l’épanouissement du couple, et sa pérennité, passaient, aussi, par là ? Pas obligatoirement, mais « aussi » ? En tout cas, d’autres franchissaient cette frontière irréelle du plaisir. Etaient-ils des monstres, d’affreux pervers, des extra-terrestres ou des voyageurs du temps, sorte de « visiteurs » remontés des temps passés… Ou de simples êtres humains, comme vous et moi ? Je décidai donc de faire ma valise, de la remplir de mes idées préconçues et de quelques paquets d’a priori, j’y entassai mes certitudes, je n’oubliai pas un soupçon de bonne morale, mon crucifix (on ne sait jamais) et pensai à réclamer à un copain équipé quelques échantillons de préservatifs aux différents parfums (on ne sait jamais non plus). Restait juste à me procurer le bon visa et peut-être même, pour commencer, le bon passeport, pour pouvoir voyager honnêtement dans ce qui était un nouveau monde pour moi. J’appris plus tard que j’allais procéder comme tout le monde, en commençant ma recherche sur Internet, à la recherche d’un club à visiter. Bien entendu, je me doutais qu’il existait bien d’autres lieux d’exercice du libertinage, telles les soirées privées, les parkings de rencontres, les petites annonces ou encore d’éventuels séjours en gîtes ruraux. Mais j’ai voulu retenir les clubs, me paraissant les endroits les mieux organisés, les plus sécurisés et, surtout ceux où je pourrais rencontrer l’échantillonnage le plus varié. Je dois dire que cette recherche m’a pris plusieurs mois, d’autant qu’avant toute chose, il m’a fallu convaincre Béatrice de la pertinence de l’aventure. Même si cela restait une aventure professionnelle. Ayant l’habitude de travailler avec elle quand je décidais d’enfiler ma plume, son avis et son assentiment m’étaient nécessaires. Car j’ai oublié de vous dire qu’en plus de toutes les fonctions précédemment citées, elle cumulait outrageusement celui d’assistante et d’agent de mon prétendu talent. C’est alors que je me retrouvai en situation réelle de l’affreux mâle essayant de convaincre sa partenaire d’emprunter le chemin libidineux du libertinage. Moi, avec un argument avantageux de poids sur les autres : ce bouquin. A chaque métier ses avantages ! Et alors ? La suite ? Jusqu’où sommes-nous allés ? Ah, mais ! Affaire personnelle… Et puis, jamais pendant le service, comme dit mon ami de la police… Qui boit quand même un peu pendant les heures de boulot ! En plus de mes connexions sur Internet, je me suis également enquis de littérature. Hormis la foison de romans et d’autobiographies de soumises, prostituées et ex-stars du X, j’ai d’ailleurs trouvé le thème assez dépourvu en ce qui concerne les aspects pratiques et témoignages divers du libertinage. Ce qui, du reste, m’encourageait encore plus dans la voie de ce livre. Les seuls ouvrages contemporains abordant le thème sous une forme généraliste et pédagogique, figurent d’ailleurs à la fin de cet ouvrage. Vous y trouverez deux très bons guides des lieux et des coutumes sur Paris et en France ainsi qu’un mode d’emploi bien complet de la technique et de la sémantique du libertinage. Un quatrième ouvrage rédigé par une journaliste a également le mérite d’emmener le lecteur ou la lectrice dans un voyage au travers de l’histoire, de la législation, des pratiques, de l’hygiène mentale et physique, des excès et de l’extraordinaire. Bref ! Un bon travail journalistique.
Après m’être quelque peu initié sur les langages et les pratiques, de façon à pouvoir aborder les rivages interdits avec confiance, ou à peu près, il me restait à choisir le bon temple de l’amour, le bon club où moi-même je conduirais sans inquiétude ma propre compagne. Et nous voilà au cœur d’un problème récurrent, celui du renseignement. Car si c’était d’un bon restaurant qu’il s’agissait, ou de la meilleure salle de théâtre ou encore de la librairie la mieux pourvue, nul doute que vous n’hésiteriez pas à en parler à l’ami du moment, au collègue de travail ou encore au voisin d’à côté. Mais s’agissant d’un club libertin, de vos envies coquines ou simplement de curiosité ludique, la pudeur, la réserve et la prudence vous saisissent en plein élan de confession. Car, bien sûr, en parler suppose un intérêt évident. Donc, un projet en cours. Et là, tabou ! Sens interdit, blocage… Le bûcher des audaces et des libertés commence à crépiter. « Ah, mais !… On le croyait pourtant quelqu’un de bien. Finalement, il fallait s’en douter… Un pervers ! Sa pauvre femme !… ». Quant à la mère de famille que l’on estimait de bonnes mœurs : « Celle-là, c’est une nymphomane… Vous rendez-vous compte ? S’intéresser à des choses pareilles… Au sexe, à son âge, avec son mari, avec ses enfants …! ». Et quel copain ou copine suspecter d’en savoir plus que vous ? Nous voilà donc de nouveau devant notre écran d’ordinateur. Seul avec mille questions. Mais avec une méthode infaillible, celle du « cahier des charges », plus exactement de la liste de ce qu’il faudrait et de ce qu’il ne faudrait pas. Car, rien qu’en région parisienne, il existe une bonne quarantaine de clubs. Et il s’en est ouvert quatre ou cinq en une année. Le libertinage serait-il devenu une mode ? Réponse dans nos témoignages. Nous avons donc retiré les clubs un peu trop spécialisés, c’est à dire rassemblant des pratiquants à des pratiques d’un autre niveau, réservées à des adeptes de jeux déjà bien initiés et au fait de leurs fantasmes. Zappons ainsi les clubs spécialisés sado-masochistes, gang-bang (jeux d’une femme avec une multitude d’hommes), soumission / domination, trios et autres jeux particuliers, pour nous consacrer aux clubs un peu plus généralistes, plus soft dirons certains, qui n’accueillent que les couples, soit certains jours ou en toutes circonstances. Pourquoi ? Tout simplement pour ne pas se faire peur d’emblée et surtout, dans l’intérêt du livre, afin d’y rencontrer l’échantillonnage le plus vaste de libertins. L’objectif clairement affiché de ce livre étant de découvrir qui étaient les libertins d’aujourd’hui, ce qu’ils pratiquaient en général et, surtout et avant tout, pourquoi… Des fois que d’autres que moi seraient curieux d’en savoir plus, à toute fin utile. Cette fin là les regardant personnellement. Un endroit convivial nous était donc indispensable. A nous de le débusquer. J’avais bien un vieux pote qui m’avait déjà évoqué, entre l’apéritif et le dessert, quelques histoires de libertinage, de clubs qu’il fréquentait mais je n’ai jamais vraiment pu en connaître plus sur ce qu’il se passait une fois franchie la porte d’entrée. Et puis, c’est un ancien marin et c’est bien connu, une femme dans chaque port et un fantasme pour chaque femme. Il restait donc de ma première sélection une vingtaine d’adresses, dont une dizaine seulement communiquait sur Internet, avec, de surcroît, les bonnes mises à jour. Je fouillai ensuite dans les rubriques « avis et critiques » qui foisonnent sur le net, me gardant bien d’analyses trop hâtives en ce qui concerne des informations de sources non identifiées. Restait à me décider à engager un contact direct avec le libertinage. Je commençai donc, tout naturellement, par envoyer quelques courriers par mail, noircissant l’écran de questions basiques sur la façon dont il fallait s’habiller, les meilleurs horaires de fréquentation, ce qu’il pouvait bien nous arriver et autres prospections naïves. Le principe de l’entonnoir accomplit son œuvre et seulement très peu de clubs me firent le privilège d’une réponse, en tout cas dans des délais raisonnables.
Pour ces deux ou trois temples du libertinage qui me répondirent, je passai à la phase audacieuse de la stratégie : le contact par téléphone. J’enfilai donc un préservatif sur le combiné… (Non ! Je rigole !) et je tapai sur les touches, non sans anxiété, comme si ma mère allait surgir dans mon bureau, et me prendre la main dans le pot à bonbons. La sélection ultime dévora mes dernières hésitations et je retins un nom… Et je repris de plus belle toutes les recherches, avis, critiques, photos, témoignages que je pouvais chiner au gré de la toile, pour parvenir à me convaincre à fond que ce serait là, l’un des meilleurs choix. D’autant que je n’étais pas le seul à devoir être convaincu, puisqu’il s’agissait d’expliquer ce choix à ma dulcinée, assistante, épouse et mille fois partenaires de mes jours et de mes nuits (vous comprendrez bien qu’elle lit attentivement ces lignes !). En l’espace de quelques jours, de mille et un atermoiements entre ce club et les deux ou trois autres qui étaient restés en lice, le choix devint définitif. La date et l’heure de la visite étaient retenues et nous nous y rendrions en couple, d’abord comme si de rien n’était, afin de confirmer notre investigation. Mais le dieu du libertinage n’avait pas dit son dernier mot. 48 heures avant le grand soir, le fameux ami des premières lignes, celui-là même qui m’avait insufflé l’idée d’écrire sur le sujet, revint vers moi par la sonnerie du téléphone. Lui qui était sans doute bien plus libertin qu’il n’en avait l’air, m’avertissait qu’un couple d’amis à lui, propriétaire d’un club libertin à Paris, lui avait confessé qu’il serait temps d’écrire un livre sur le libertinage qui raconterait mot pour mot les expériences des libertines et des libertins. Plus fort encore, ils se tenaient prêt à aider quiconque digne de tenir la plume, souhaiterait enfin parler de la réalité du libertinage. Ce couple faisait partie, à l’en croire, des plus sérieux et des plus sympathiques professionnels de la capitale. Allons, bon ! Devrais-je devoir remettre en question, encore, des semaines de recherches ? Et bien, non ! Quand le hasard donne des rendez-vous, il est des moments où il ne faut plus se poser de questions. Ce club aux patrons si dévoués à la cause ne faisait qu’un avec celui de mes choix… Non ?… Si !… Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je conserverai malgré tout ma stratégie d’approche qui se résume par une visite des lieux, « blabla » avec les patrons pour faire connaissance et tester leur mental pour, si tout semble conforme à mes exigences d’artiste, révéler le but véritable de notre présence : disposer d’un lieu d’accueil, d’investigation et de rencontres, me permettant de recueillir mes précieux témoignages dans les meilleures conditions d’intimité. Et là, je dois dire que l’accueil que je reçus au club Le Nautilus fut en tout point identique aux nombreuses descriptions que j’avais pu lire ou entendre. Et pour cause. Pierina et Jean-Charles ont racheté Le Nautilus en décembre 2001 pour en faire le temple de ce qui leur avait toujours manqué, en tant que libertins pratiquants. Et on le comprend vite. Ils affichent en effet un talent qui devrait faire école pour chasser les angoisses et les inquiétudes de tous les débutants mais aussi de tous ceux qui continuent à souffrir du manque de considération des libertins par trop de patrons de clubs. Je n’irai pas trop en avant sur le discours dithyrambique et les fleurs que je pourrais leur adresser, par crainte de transformer ces quelques lignes en plaquette publicitaire. N’empêche que je sors tout juste du Ministère de l’Intérieur afin que soit promulguée une loi, interdisant à Pierina et à Jean-Charles de revendre Le Nautilus avant 50 ans et tant qu’ils n’auront pas fait école de leur gentillesse et de leur professionnalisme. Bien évidemment, j’avais bien aussi lu quelques critiques négatives à l’encontre de leur club. Il n’est pas immense, on n’y rencontrera jamais cent couples à la fois et les hommes seuls sont interdits, ce qui exclut toute dérive vers les gang-bang et autres concerts à dix ou quinze instruments à bouche ou à trous. C’est un endroit tranquille pour les couples qui veulent s’amuser entre eux, sous l’œil vigilant et le caractère entier d’un Jean-Charles qu’il vaut mieux de pas prendre pour une nouille, au risque de vous voir raccompagner par l’oreille jusqu’au trottoir. Pour lui et sa compagne Pierina qui ne ménage pas son temps en conseils et écoutes, seuls le respect, la courtoisie, les règles strictes de l’hygiène et la convivialité règnent en maître dans leur établissement. Si vous voulez, d’ailleurs, vous rendre compte de la réalité de mes propos, il suffit de vous rendre sur leur site Internet pour vous apercevoir qu’il est l’un des rares à être actualisé chaque jour. De plus, il est loin de ces vitrines électroniques racoleuses comme on en voit trop souvent. On y parcourt une visite simple et complète et le livre d’or ainsi que le forum de discussion, laissés en libre accès, sont là pour alimenter les avis généralement positifs. Le système d’annonces certifiées, géré par Jean-Charles lui-même, ne tolère que des annonces de libertins connus et reconnus par lui comme étant sérieux.
Allez, j’en finis là avec ma page de pub, puisque le reste et la présentation des motivations de Jean-Charles et de Pierina figurent dans leurs interviews. Pour une fois que je tenais deux professionnels pratiquants, je ne pouvais pas les laisser passer sans confessions. Je me suis d’ailleurs interdit, au travers des vingt témoignages qui vont suivre, de parler d’un club ou d’un autre, que ce soit pour des faits positifs ou d’autres, négatifs. Il existe, pour cela, deux très bons guides cités en référence dans la bibliographie, qui le font bien mieux que l’on ne pourrait le faire, et dont c’est le métier. Pour simplement vous situer Le Nautilus et mieux vous faire imaginer dans quel environnement se sont déroulés les trois-quarts des interviews, il suffit de vous en décrire quelques éléments, d’ailleurs souvent communs à beaucoup de clubs. Puisque, ainsi que me l’a confirmé Didier Menduni, l’auteur du guide France Coquine dont nous avons recueilli le témoignage d’historien du libertinage, ce sont les clients qui font le club et l’ambiance, différente chaque soir. Et ce sont les patrons qui font les clients… Pour la plupart, et si on ne parle pas des saunas, les clubs présentent des façades anonymes, sans vitrines, à l’image de celles de tous les clubs privés que l’on peut rencontrer partout. Une sorte de sas permet de dissimuler l’intérieur d’éventuels regards extérieurs, le temps d’ouverture de la porte. Une fois à l’intérieur, le bar est souvent la première chose qui vous apparaisse, avec à proximité une salle ou un coin danse, plus ou moins important selon la désignation des clubs : boîte de nuit avec, accessoirement, des coins câlins ou bien club pour libertins désirant s’aimer et s’amuser, avec accessoirement, un coin danse pour les exhibitions ou les timides. Régulièrement, un coin salon très cocooning permet de se détendre, de pouvoir évacuer les résidus de la vie quotidienne devant un bon verre et un ou plusieurs films x. Un peu plus loin, toujours à l’écart par rapport à cet espace commun qu’est le bar, les coins câlins se prêtent à tous les jeux de l’amour, sous forme d’alcôve et de banquettes bien douillettes. On y trouve également divers jouets coquins, tels que grilles, boîtes à trous, glaces sans tain et autres petites mises en bouches comme des godemichés ou des vibromasseurs. Certes, l’espace sanitaire reste une des composantes essentielles et significatives de respect et d’attention dont les propriétaires font preuve, puisque l’hygiène doit y être irréprochable ainsi que les services rendus, comme les préservatifs, les serviettes de toilette et tous les moyens de se protéger et éventuellement de se désinfecter.
Voilà ! Reste maintenant l’ambiance, les jeux érotiques et l’aspect esthétique et stimulant de la soirée. Une chose est sûre, c’est que l’on n’en sort pas indemne. Même sans pratiquer pour diverses raisons (même professionnelles !), quelques heures passées dans un environnement où règnent le sexe, l’érotisme, la convivialité, la franchise des rapports et le bonheur des rapports humains, font plus que n’importe quel stimulant que j’ai connu, film, littérature et porte-jarretelles compris. Kennedy, je crois, avait dit un jour que le meilleur aphrodisiaque, c’est le pouvoir. Je pense avoir trouvé un concurrent au pouvoir. C’est le fait de se libérer de toute forme d’inhibition, de pouvoir évacuer, pour quelques heures, toute forme de pollution intellectuelle et de s’immerger dans un monde humain ouvert, concentré sur un bien-être, un désir et une générosité partagés… Le temps de quelques heures, cela fait du bien et je ne me suis d’ailleurs jamais senti aussi bien à écrire un bouquin. Pour l’anecdote, je dois aussi vous avouer quelque chose d’intéressant. Cela fait près de vingt ans que je noircis tantôt des feuilles de papier, tantôt une espèce de machin de plus en plus plat et qui fait mal aux yeux, un écran d’ordinateur. Très souvent en tant que journaliste, souvent en tant que rédacteur de discours et puis, de temps à autre quand je me prends pour un écrivain, auteur de livres, de nouvelles, d’éditoriaux, de chansons (même !) et aussi de plaidoyer pour mon percepteur. Ce qui s’est d’ailleurs parfois soldé en « écrit vain » !… Et bien, vous n’allez pas me croire ! Il m’arrive, de temps à autre, de devoir parler des sujets sur lesquels je travaille. D’autant que, pour certains, cela m’oblige aussi à me couper d’un peu de vie sociale pour vivre comme un ours (heureusement bien léché !), réfugié sur une paillasse de papiers, de documents, de bouquins et autres notes farceuses, de celles qui se placent exactement sous votre nez quand vous vous mettez à les croire enfouies sous la dernière des piles présentes. Donc, il m’arrive de répondre à une courtoise question, au gré des dîners entre amis ou de réunions familiales, à la question : « Alors, sur quoi t’écris, en ce moment ? »… Et là, souvent, le temps de la réponse suffit déjà à passer à l’ordre du jour suivant : « Qu’est-ce qu’on mange, ce soir ! ». Ah ! L’ingratitude de l’artiste ! Pourtant, croyez bien que j’en ai écrit, des choses, sur des sujets aussi variés que la politique, le whisky, le vin, la tendresse (ni voyez aucun cheminement éthylique, je vous remercie !), le marketing, les 35 heures ou encore sur le devenir de l’économie des PME en Essonne. Et j’en passe, et j’en passe, des meilleures comme des bien pires. C’est ainsi que je suis devenu quelqu’un de très humble, de très simple, presque timide à évoquer un métier qui passe davantage pour un loisir. Pourtant, je peine depuis quelques semaines à révéler le sujet de mon exposé. Je peux vous dire qu’à chaque fois qu’on me demande, par curiosité ou par politesse, ce sur quoi je travaille en ce moment, je passe une heure à devoir raconter par le détail les us et coutumes du libertinage. « Alors, tu écris sur quoi, en ce moment ?… - Sur le libertinage ! »… Et là, je sens un blanc… Et puis, mon interlocuteur répète, pour être bien sûr : « Le libertinage ?… Ah, Ah !! ça, c’est drôle… ». Et puis, les questions fusent, l’intérêt grandit, et la discussion se prolonge pendant une heure quand on m’avertissait : « Ah, Thierry ! J’ai le manteau sur le dos, j’ai juste cinq secondes… ! ». Et, ce que je découvrirais tout au long de mes interviews, mesdames, c’est que vous êtes au moins autant passionnées par le sujet que ces messieurs. Certes, l’approche sera différente, plus subtile, plus détournée, plus féminine, quoi… Les hommes, eux, en parleront toujours comme s’il s’agissait du dernier match de foot ou du film de la veille. Avec ce même air de détachement, de déjà vu, de clin d’œil dans la phrase. « Ah, le libertinage… Tu parles des libertines, aussi ? Ah, les femmes !… Toutes des coquines, bien plus qu’on ne le croit… Sauf ma femme, malheureusement ! ». Tandis que nos amies de l’espèce femme vont plutôt s’enquérir : « Le libertinage ? Cela se pratique aussi en couple ? Mais tu crois vraiment que l’on peut y trouver quelque chose de bien ? Ah, bon ? Ce sont les hommes qui proposent, la plupart du temps ? Tu crois qu’il faudrait que je reprogramme le mien ?… ». Cette dernière question n’étant, je vous rassure, que le fruit de la synthèse de mon imagination, bien évidemment. C’est clair, le libertinage, que l’on soit pour ou contre, ne laisse pas de glace. Pour une meilleure compréhension, nous avons décidé d’appeler libertinage toutes les pratiques qui regroupent le mélangisme, l’échangisme, et la bisexualité féminine et masculine. Etant reconnu comme mélangisme l’ensemble des jeux sexuels qui exclut la pénétration vaginale ou anale en dehors du couple, les libertins y incluant également ce qu’ils nomment le « côte à côte », c’est à dire le fait de faire l’amour à côté d’un ou plusieurs autres couples, en échangeant, au plus, quelques caresses ou effleurements. L’échangisme se pratique dès lors qu’il y a effectivement échange de partenaires entre couples, avec acceptation de pénétration pour l’un comme pour l’autre, en dehors du couple. L’amalgame de relations sexuelles entre plusieurs couples ou personnes s’appelle la partouze. Quant à la bisexualité, elle intervient dès que deux personnes du même sexe se caressent, échangent des baisers, pratiquent soit la fellation soit le cunnilingus, voire la pénétration avec des éléments naturels ou artificiels. Ce qui, les adeptes de la bisexualité en sont formels, n’a strictement rien à voir avec l’homosexualité.
Pour conserver l’intérêt des témoignages qui vont suivre à l’attention des couples et des personnes qui recherchent avant tout un épanouissement personnel ou conjugal au travers d’un forme de sexualité appelée libertinage, nous avons réservé les interviews aux pratiques les plus courantes, pour ne pas dire les plus standard, puisqu’il existe, en la matière, une imagination prolixe et galopante. Il est d’ailleurs extrêmement difficile de mettre des limites et des frontières dans un système qui revendique son ouverture d’esprit envers toutes les approches de la liberté, quelles qu’elles soient. La seule limite reconnue et acceptée par tous, sans condition aucune, restant bien évidemment toute sexualité ou forme de sexualité se pratiquant entre personnes adultes consentantes. Le but de cet ouvrage n’est certainement pas de proposer une œuvre de prosélytisme. Mais un parcours parmi des témoignages et des expériences réels, de couples et de personnes comme tout le monde qui ont choisi de s’épanouir ou d’épanouir leur couple par des pratiques ou des ambiances sexuelles choisies et voulues librement. A l’attention de toutes celles et de tous ceux qui subodorent qu’il existe une sexualité au-delà des jeux conventionnels comme peut l’être l’amour le samedi soir sous les draps. Nous ne referons pas l’historique du libertinage, ni ne reprendrons aucun plaidoyer à charge et à décharge des libertins. Nous ne sommes ni juges, ni censeurs, ni gardiens d’une moralité qui ne nous appartient pas. En cela, je suis un véritable libertin, un libre penseur et un être tolérant envers ce que les adultes peuvent faire librement et sans contraindre autrui. Je suis certain que vous êtes tout cela également et que vous n’avez nul besoin que l’on juge pour vous. Que l’on digère à votre place les informations pour vous régurgiter un avis tout fait et politiquement correct. Vous êtes une personne libre de vous-même et vous saurez analyser tout seul les expériences et les confessions de ceux qui, avant vous ou avec vous, auront franchi des étapes de vie. Les témoignages qui vont suivre vous sont livrés bruts. Je n’ai rien changé dans les propos qui m’ont été confiés. J’ai simplement remis en langage textuel, compréhensible mais surtout pas littéraires, les réponses ou les commentaires à mes questions. Il me semblait déjà trop orienter les réponses par mes questions et j’en demande pardon à celles et à ceux de qui j’ai reçu les confessions. Car c’est bien, pour certains, de confessions qu’il s’agit. Beaucoup de ces libertins m’ont avoué que cela leur faisait du bien de parler de leur vie sexuelle, de leur libertinage. Comme s’il s’agissait de se libérer d’une frustration intellectuelle. Une des rares, d’ailleurs, que j’ai pu ressentir chez les libertins. De ne pas pouvoir parler facilement, dans notre société d’aujourd’hui, d’un mode de vie… D’un simple mode de vie qui, vraisemblablement, fait beaucoup plus de bien que de mal.
Dans notre époque où l’on parle souvent de tout pour ne rien approfondir, il reste toujours impossible de parler de ces pratiques intimes. Dommage ! L’expérience des uns pourrait pourtant tellement profiter aux autres. C’est une des nombreuses leçons que j’ai prises au cours de ces semaines passées à écouter, à me surprendre, à me passionner pour le contenu de ce livre, comme jamais je n’ai pu me passionner. J’en profite, une fois encore, pour rendre hommage à Pierina et à Jean-Charles qui ont parfaitement su me conseiller, me guider, au travers de ce fabuleux voyage dans ce monde réconfortant et intemporel du libertinage. J’ai aussi retenu que je pouvais aller me faire voir avec ce qu’il me restait quand même d’a priori et d’idées préconçues à la gomme. Tout le monde aime aimer. Tout le monde a droit à l’amour physique et aucune pratique, aucun jeu n’est marqué sur la tête d’un individu. La seule chose, peut-être, qui se remarque, c’est cette forme d’épanouissement qui se reflète dans les comportements, notamment les comportements féminins. Verrous, inhibitions, frustrations, éducation, qu’en dira-t-on, blocages… Elles appelleront cela à leur manière. Cette sorte de lumière dans les yeux, cette étincelle ancestrale qui se met soudain à briller quand cette femme livre son âme et son sexe à mon magnétophone. Je me remets moi aussi à soudainement « recroire » aux fées, aux elfes, aux prêtresses, aux nymphes, aux succubes dont m’ont parlé les livres issus du patrimoine imaginaire du monde. Elle entre, elle approche, elle s’assoit en face de moi. Je la trouve humaine, simple, quelconque en ce soir de décembre, à la sortie des bureaux, engoncée dans son manteau de laine, le regard banal d’une travailleuse qui vient de terminer une nouvelle journée passée à gagner sa vie. Je ne peux vous la décrire davantage sous peine que vous la reconnaissiez dans les millions d’autres femmes sur laquelle vous ne vous retournerez de toute façon pas. Il fait froid, même dans cette salle de brasserie et elle garde d’abord son manteau. Elle pose son sac comme on dépose sa vie. A ses pieds, sans trop savoir ce qu’il reste dedans. Enfin, c’est la première image que je reçois d’elle. Je m’attendais tellement à quelqu’un d’autre. Normal. Banal. J’avais encore tellement d’a priori. On me l’avait présentée comme une jeune femme pratiquant des jeux très coquins, à la limite de ceux que l’on appelle facilement pervers. Sur ma fiche, était indiqué « femme d’une trentaine d’années, libertine depuis peu et aimant se soumettre, se prendre des fessées ». C’est cela aussi, le libertinage. A chacun ses fantasmes. Cela la regarde. Je suis là, simplement, pour aider mon magnétophone à recueillir les comment et les pourquoi. Fichtre de couillon que je suis. En l’attendant, et à la lecture de sa fiche, le tourbillon de mon imaginaire me décrivait une super brune (pourquoi une brune ?), provocante, habillée très sexy, les yeux gonflés de désir, sûre d’elle, prête à se jeter telle la mante religieuse sur la proie que j’étais… Bigre!!… Une joueuse de martinets, ça ne se rencontre pas tous les jours… C’était l’une de mes premières interviews. Et la voilà qui s’assoit, en face de moi, fragile, humble, comme une ménagère revenant du marché. Elle me regarde, me toise, m’interroge. Je vais lui parler de sexe, de sa sexualité, de ses fantasmes, de ses jeux et, surtout, si quelque chose la gêne, elle me crie « joker ». Je ne veux surtout pas la mettre mal à l’aise ou la choquer. Elle me semble fragile et douce… Elle me réponds gentiment que « oui ». Je lance ma première question et un monde parallèle surgit de je ne sais où. Je voulais bien croire à la Mère Noëlle, des fois qu’elle apparaisse avec ses bottes et pas de culotte, mais quand même ! Son visage se transforme, ses yeux deviennent comme des feux de joies et j’y vois tourner une sarabande de succubes et tous les rituels païens semblent se moquer de moi. S’en rend t-elle compte ? Je le soupçonne. Elle se confie, elle se livre et c’est pourtant moi qui ai l’impression de tendre toute ma naïveté bien masculine en offrande. Elle est « O » et s’identifie au sulfureux personnage d’Histoire d’O de Pauline Réage. Je ne la reconnais plus. Je ne reconnais plus celle qui est entrée tout à l’heure, bouleversant mes a priori. Ou, plutôt, je crois la reconnaître. Je me souviens du film tiré du célèbre roman. Et je la reconnais. Elle continue son histoire, bien réelle, bien tangible. « La sodomie ? Oui, bien sûr… ! ». Son visage est illuminé, ses traits sont doux, ses gestes sûrs chantent l’érotisme comme de fiers interprètes de splendeurs passées. J’en termine là de ma présentation. Je vous montre celle-ci parce qu’elle illustre parfaitement les effets de l’épanouissement sexuel et du libertinage. Elle est également la première de toutes ces confessions de femmes auxquelles je suis obligé de rendre hommage. J’ai découvert comment l’amour était beau, sous toutes ses formes, même les moins comprises, même les plus inattendues.
Avec Pierina et Jean-Charles, nous avions convenu d’une vingtaine de témoignages, tous différents, tous complémentaires les uns des autres. Mais j’aurais pu en recueillir mille que j’aurais eu mille histoires différentes. Car l’histoire de l’amour est comme une immense marmite à laquelle nous avons tous rempli notre cœur et notre âme pour en confronter la saveur aux ingrédients de notre propre vie. Cet odyssée du libertinage n’a surtout pas valeur d’étude scientifique ou pour le moins de recueil exhaustif. Ce sont vingt histoires réellement humaines, réellement nous, avec le secret espoir que chacun d’entre nous s’avouera se reconnaître dans une partie ou dans la totalité d’un témoignage. Nous avons imaginé pour cela vingt grands tiroirs pour vingt grandes histoires de libertinage. Nous avons sélectionné des catégories d’âges différents, un éventail de pratiques les plus couramment rencontrées, des histoires de couples légitimes, vivant ensemble et reconnus comme tels, d’autres couples illégitimes ou plus communément vivant sous le régime de l’adultère, des hommes seuls, des femmes seules, des débutants et des expérimentés, des amateurs et des professionnels, des softs et des plus hard. Nous avons aussi voulu avoir la vision de candides, ouverts mais candides. Nous n’avons pas non plus voulu éviter la mauvaise expérience. Et puis, enfin, nous avons rencontré une adepte du sado-masochisme puisqu’il nous a semblé important de bien connaître la frontière entre les jeux érotiques à consonance fétichiste ou SM et puis la réalité des pratiques de ceux qui aiment avoir mal et de ceux qui prennent plaisir à faire mal.
Imaginez bien que cela n’a pas été forcément très simple de dénicher tous les interlocuteurs. Il nous a fallu un peu de patience et de persévérance pour trouver les bons profils, c’est à dire des expériences complémentaires. Pierina et Jean-Charles ont été des adjoints précieux et puis le célèbre bouche-à-oreille a bien fonctionné, malgré quelques rendez-vous manqués. Ensuite, il a fallu apprivoiser nos amis, les mettre en confiance. Ce qui n’a pas été l’épreuve la plus difficile, tant il est vrai que tous ressentaient bien le besoin de témoigner. L’absolue nécessité d’expliquer au monde entier qu’ils étaient des êtres comme les autres, ni plus, ni moins. Avec ce côté un peu différent, à savoir qu’ils affichaient la volonté affirmée de vouloir assumer leur bonheur, via leur sexualité, la plupart du temps en couple. A force de plongée à travers soi, de l’acceptation de l’autre et de la volonté de privilégier l’épanouissement du couple. Après les démarches d’approches courtoises, nous nous installions soit de part et d’autre d’une table de café, soit sur les banquettes du Nautilus, l’un en face de l’autre. Avec, en préambule, toujours la même question et le même avertissement de mise à l’aise qui consistait à pouvoir crier « joker » à toute question jugée trop intime ou trop inopportune. Je dois dire que sur l’ensemble des témoignages, le « joker » n’a été levé qu’une fois, car il pouvait mettre en cause l’intégrité d’une tierce personne, malgré l’anonymat protégé. Je trouve cela, encore aujourd’hui, exceptionnel de sincérité, de spontanéité et d’honnêteté. J’ai également choisi d’interviewer les couples soit séparément, soit ensemble, pour faire bénéficier le lecteur, là encore, de vision complémentaire. Le choix de l’une ou de l’autre formule s’est opéré de façon la plus arbitraire qui soit. Avec, malgré tout, la possibilité de s’exprimer librement et indépendamment au travers d’une ultime question, pour les couples témoignant ensemble. Et, je l’ai déjà dit, j’ai voulu traduire de la façon la plus fidèle qu’il me soit donné le contenu des interviews, sans souci de syntaxe exagéré, reproduisant au mieux la ponctuation, les hésitations ou interpellations. La plupart des prénoms utilisés sont des pseudos afin de préserver l’anonymat des témoins sauf pour celles et ceux qui peuvent se permettre d’assumer leur identité, parce qu’ils sont professionnellement reconnus pour ce qu’ils se montrent. Ces témoignages sont beaux. Les témoins sont beaux. Je vous l’assure. Une beauté invoquée au nom de l’histoire humaine, bien loin des tabous, des systèmes d’éducation et des frustrations. Même les histoires les plus osées, voire les plus croustillantes si elles n’étaient que le fruit de l’imagination d’un romancier ou d’un scénariste de films X m’ont parues belles par leur vécu et par la charge émotionnelle et poétique du témoignage. Il est vrai que la réalité dépasse, là encore, la fiction. La sexualité des femmes et des hommes, avec ses jeux, ses cadeaux, ses rencontres magiques et ses surprises, est un abysse sans fond. Les yeux en sont comme le puits au milieu de l’âme et les regards ont été comme la margelle à laquelle je me suis souvent accroché, pour ne pas tomber, tantôt d’émerveillement, tantôt de stupéfaction et souvent de vertige devant ce miroir que me faisait face. J’ai vu ce que seule l’imagination par les mots peut vous traduire, puisqu’il n’y a aucun commentaire entourant les questions et les réponses. Les visages, les expressions, les réactions, les réflexions, les hésitations, les émotions, les gestes, ces doigts qui s’animent, se tortillent, ses regards à la recherche de l’autre, devant des révélations inédites, interdites.
Chaque rencontre se déroulait entre une et deux heures d’enregistrement. Il m’arrive souvent, très souvent, de finir par tutoyer mes interlocuteurs. D’autres par les vouvoyer tout au long du voyage. Ne me demandez pas pourquoi. Je me méfie des psychanalyses à quatre sous. Ces témoignages sont comme des reflets de vie. Ils sont authentiques et leur traduction tout au long de cet ouvrage également. Alors tant pis pour les règles, pour les conventions et pour la raison pour laquelle à un moment j’ai tutoyé ou pas. Je l’avoue, certains personnages m’ont plus facilité ou imposé le tutoiement que d’autres. L’âge, la personnalité, l’ambiance, le récit lui-même… Et puis si vous me demandez pourquoi cela ? Je vous répondrai « parce que ! ». C’est ainsi que répondent les enfants et j’en ai été un, parfois, lors de ces témoignages, parce que l’on est toujours un enfant tant que l’on s’émerveille, que l’on s’enthousiasme et surtout tant que l’on aime la vie. Et la vie, je l’ai découverte et encore plus aimée une vingtaine de fois, ces dernières semaines. Et puis, surtout, j’ai également redécouvert ou découvert simplement Béatrice, ma femme, ma complice pour ce livre et pour tellement d’autres choses. On n’en est pas ressorti comme on y est entré. On a tellement parlé, dialogué, révélé, avoué, reconnu, comparé, approfondi, joué, testé, regardé, écouté que le libertinage nous a, nous aussi, bien épanouis. Et, qui sait, on a peut-être également consolidé les fondations de notre couple, resserré les amarres, des fois que l’un ou que l’autre aurait pu partir un jour ou une nuit à la dérive, les voiles gonflées de l’air du temps. Je dois dire que j’ai passé de longues soirées, des nuits et des après-midi dans le club de ceux qui sont devenus mes amis. Assis sur un tabouret haut, dans un coin du bar, dans l’ombre pour me faire plus discret, attendant de temps en temps mes témoins ou me rafraîchissant les labiales après un long entretien. Peut-être aussi, pour satisfaire un intellect voyeur que je ne soupçonnais pas vouloir rivaliser avec ma libido voyeuse. J’ai ainsi pu observer, analyser les visiteurs, les allées et venues, les comportements, les transformations, les visages entre l’entrée et la sortie, les sentiments de bien-être, de mal à l’aise, de mâle pas forcément à l’aise aussi… Et je n’ai rien vu d’autre que la vie. La vie dans ce qu’elle a de bon quand elle s’exprime. La vie dans sa grande banalité aussi. Je me suis rendu compte que mes fantasmes rejoignaient joyeusement les 99% des autres fantasmes. De ceux des autres hommes. Moi qui me croyais extraordinaire, exceptionnel et tellement original. Je me suis rendu compte qu’il ne s’y passait, durant ces longues heures d’érotisme et de sensualité, jamais rien dont on aurait pu rougir. Des couples faisant l’amour. A deux la plupart du temps, jouets malgré eux de cette vibration émoustillante qui règne en maîtresse. Parfois deux couples mélangés, échangés, amalgamés. Jamais plus ou en tout cas pas de mes yeux vus. Ailleurs, et ce n’est pas non plus fréquent, deux corps de femmes l’un contre l’autre, plaisir contre désir, sensuelles, langoureuses, douces, d’une vision insoutenable parce que terriblement excitante. La lumière est tamisée, les décors feutrés, la musique ponctuée de plaisirs étouffés. L’atmosphère y est électrique, érotique, jamais vulgaire, étonnamment jamais pornographique.
Bénédicte - Nous avons donc commencé par rencontrer Bénédicte… Elle a longtemps hésité, Bénédicte, du haut de ses 35 ans mal assurés. Il a fallu lui expliquer, argumenter. Pas à cause de l’intérêt du bouquin auquel elle a immédiatement adhéré. Non ! Il a fallu la convaincre que son expérience était bougrement intéressante. « Laquelle ? Mais je n’en ai pas… Que vais-je pouvoir dire qui puisse intéresser vos lecteurs ? Je sais à peine où j’en suis. C’est tellement nouveau, pour moi ! ». Et pour cause. Bénédicte vient de vivre sa première expérience libertine, tant est qu’elle se reconnaît déjà comme telle, depuis quelques jours. Et sa démarche ou plutôt celle de son compagnon, ne s’est pas effectuée sans heurts. La décision de franchir le seuil du libertinage a été longue, visiblement douloureuse d’hésitation, de combats entre inhibition et aveux de fantasmes. Bénédicte est tendue. Il faudra toute la force de conviction de Jean-Charles pour la décider à parler. Et puis, elle accepte. Et finalement, Bénédicte parle. Beaucoup. Posément. Bénédicte réfléchit, s’auto-analyse, convient, admet, s’interroge. Elle fait part de ses doutes antérieurs et se livre, sans pudeur, sans masque. Parfait pour ce premier témoignage.
Pierina - Pierina est à l’aise. On est chez elle, au Nautilus. Elle a envie de parler. Je m’en doutais un peu. Elle raconte sans timidité ses premières réactions quand Jean-Charles lui parle d’échangisme, de jeux qu’elle croyait réservés aux couples qui ne vont pas bien. Aux hommes, voire aux femmes, seuls. Hypocrite Pierina. Elle l’avoue. Tellement femme. Ses jeux, ses fantasmes, sa bisexualité, son compagnon qu’elle aime jusqu’au point de vouloir exercer le métier de « tenancière » de club avec lui. Aller jusqu’au bout de soi avec lui. Vivre le libertinage le jour et la nuit. Pourtant, elle n’a strictement rien à voir avec une « madame Pierina ». Sa douceur, sa gentillesse et sa générosité en font la confidente de ses clientes et de ses clients. Rien à craindre. On entre et on tombe sur elle, comme si votre grande sœur était là pour vous rassurer mais sans plus. Vous êtes aussi des grands. Voilà comment cela se passe, ici. C’est simple. C’est comme la vie de Pierina. C’est comme la quête du bonheur.
Jean-Charles - Voilà Jean-Charles. Le patron. Un bon mec, bien viril. Il vous regarde bien dans les yeux si votre conversation en vaut la peine. Il aime les jolies filles mais ne le montre jamais pendant le service. Enfin !… Pas toujours. Il dissimule sa gentillesse sous prétexte qu’il aurait du sang auvergnat. Il semblerait que pour lui, il existe deux sortes d’individus. Ceux qu’il aime et… Ceux qui ne fréquentent pas le Nautilus. Il s’assoit en face de moi, le cœur et la gouaille dans les starting block. Il se confie du plus loin de lui-même, se souvient de lui comme des autres. Jean-Charles se donne. Ils vont bien ensemble, avec Pierina.
Nanou et Loïc - Elle est belle, cette petite Nanou. Loïc n’est pas mal non plus. Ils sont jeunes et vivent un libertinage soft. Ils ont l’air heureux et respirent l’harmonie. Ils vont bientôt partir, loin, ouvrir un club, eux aussi. Ils aiment l’amour et pourquoi en serait-il autrement. Comment, en serait-il autrement ? Ils se sont fixé des limites bien claires, bien carrées. Ils débutent presque. Ils évoquent leur vie, avant l’autre. Et l’imaginent très bien plus tard, jamais sans l’autre. J’éprouve une sorte de pudeur à les questionner. Une pudeur qu’ils n’ont pas puisqu’ils sont bien dans leur sexe et dans leur cœur. S’ils sont tous comme ça, c’est promis, je fonde une église et je les prends comme apôtres.
Sacha et Alex - Sacha aussi est bien jolie. Décidément, mes yeux ont de la chance. Alex, son compagnon, a de la chance aussi de l’avoir initiée au libertinage pour mieux la garder auprès de lui. Il est jovial, aimable, éminemment sympathique. Elle a le regard coquin, les yeux revolvers mais elle ne tire pas la première. Ils jouent autant avec mes questions qu’ils y répondent. Lui, un ancien du libertinage. Elle, une rose dont il a ôté les épines pour mieux l’offrir. Ils s’échangent, jouent à des jeux plus osés. Passé, présent, avenir. Ils sont bisexuels tous les deux. Un témoignage rare.
O - O… Oh, O ! J’ai déjà crié ton nom. Je t’ai pourtant vouvoyé tout au long de ce voyage dans lequel tu m’as emmené, sous les voûtes de tes turpitudes charnelles, à la recherche de toi-même. Tous les donjons, toutes les cages suffiront-ils à maintenir ta volupté captive ? Tes jeux de soumissions avaient trouvé un maître qui t’a, selon tes propres aveux, libérée de tes chaînes. Ton récit est intense. A travers lui, nous allons feuilleter ton âme, pour le moins jusqu’à l’endroit de tes dernières affres libertines.
Vic - Vic, on se sent bien avec elle. Sa vie n’est pas simple et pourtant, elle ressemble à tellement d’autres. Le libertinage se vit en couple. Que ce couple soit légitime ou illégitime n’intéresse pas la libertine. Le libertinage n’a que faire des conventions. L’amour n’a pas à se justifier. C’est là la part du prince. Vic aime de sexe et d’ardeur, cette vie qu’un autre lui a offerte. Pourquoi cet autre ? Qu’a-t-elle découvert aux détours de cette féminité que nul autre qu’un libertin n’a su lui révéler ? Vic aimerait tant apporter des réponses simples aux questions que son ventre d’adultère lui pose.
Stéphane - Stéphane pourrait être le prototype de l’épicurien. Il croque la vie, le sexe et les femmes. Il les connaît. C’est un vieux loup qui trace des chemins voluptueux devant les chaperons rouges pour qu’ils s’égarent dans son 18ème siècle. Stéphane est un vrai libertin. A lui, les libertines ne viennent que consentantes. Vic a les fesses entre son siècle et le nôtre. Il l’aime à sa façon, épurée, décalée, effeuillée. Le libertinage est comme sa première peau. Il en parle sans détour, sans prétention, il évoque ses multiples parfums.
Didier - Didier ! Ah, Didier… C’est l’historien du libertinage. Il rédige pour nous un guide qui fait référence. Cela ne pourrait pas être autrement. Il a le talent rabelaisien, la phrase pointue, l’humour sensible et la mémoire infaillible. Tout est chez lui à l’image de son libertinage. Il m’a laissé le cul par terre et j’aurais pu dire que c’était de la faute à ce grand libertin de Voltaire qui n’aurait pas renié Didier. Ni dans sa prose, ni dans son amour pour les choses du sexe et les femmes qui sont pour lui comme autant d’étoiles pour le marin la nuit. Surtout pour Delphine, sa femme que je ne connais que par ce qu’il nous en raconte. Epoustouflant. Didier, c’est le poète dans le lit de Messaline. Vous croyiez avoir des fantasmes ? Didier, c’est comme un sac de billes qu’un grand nous met dans la poche pour aller jouer dans la cour des petits. Vous vouliez un libertin pur cru, un fidèle compagnon de la licence et un guide sans pareil pour vos pèlerinages les plus libidineux… Alors, ne quittez pas !
Vanessa - Vanessa, la sexy Vanessa a-t-elle suivi son mari sur la voie du libertinage ou bien est-ce l’inverse. Les deux thèses s’opposent. Vanessa essaie, avant de dire qu’elle n’aime pas. Maintenant, elle pense savoir quand elle peut dire oui ou pas. Vanessa aime jouir, avec ou sans son mari. Vanessa est libertine comme d’autres pourraient vous dire qu’ils sont végétariens. Sans plus d’effets. Le libertinage semble faire partie d’une culture qui s’était cachée au fond de son ventre. Vanessa n’a pas de fantasme. Un fantasme se passerait-il de Vanessa ? Un parcours récent d’une libertine qui était une femme comme la vôtre… Ou comme vous.
Marc - Marc est le mari de Vanessa. Comme tout homme, il aurait pu proposer si Vanessa n’avait pas disposé plus vite qu’il ne s’y attendait. C’est dur d’être un homme. Marc s’est marié jeune avec Vanessa. Il manquait des jeux et des joueuses à son histoire. Ils aiment l’amour tous les deux, entre eux et entre vous. Marc voudrait aller plus loin que les simples rapports charnels. Son histoire a besoin d’histoires.
Aline et Laurent - Aline et Laurent ont passé l’âge de perdre du temps. Laurent a toujours aimé le sexe et Laurent a toujours aimé Aline. Allez ! On pourrait dire qu’ils ont construit leur belle histoire de couple, parce qu’elle est belle, comme on construit les murs de sa maison en s’enfermant dedans. Et puis, Laurent a voulu casser les murs, y percer portes et fenêtres, pour voir plus loin, pour voir plus beau. Et il s’est penché à ses fenêtres en tenant Aline par la main. Pour qu’elle aussi partage sa vision des choses. Laurent aime cuisiner le sexe et apprend à Aline à aimer sa cuisine. Pardon, Aline ! Je vous ai fait pleurer en cette fin d’interview. J’aurais du m’apercevoir que vous transpiriez sous l’effort. Les larmes ne sont que la sueur de l’âme.
Natacha - Natacha vient de me répondre au téléphone. Enfin ! Natacha vient de se réveiller. Il est midi à l’horloge de sa vie et Natacha m’informe qu’elle arrête ce métier qui n’en était pas vraiment un. Juste une sorte de nature dont elle tirait avantageusement profit pour son corps. Natacha va écrire et ne tournera plus de films X. Elle n’accompagnera plus les libertins en club que pour le plaisir. Le sien ou celui de ceux qu’elle aime. Beaucoup de doigts ont effeuillé ses fleurs. Libertine, Natacha l’est indubitablement. Coquine, son regard et ses yeux que l’on veut croire innocents, parlent pour elle. Natacha est aussi et avant tout, une femme, sous son air d’enfant. J’ai du mal à croire qu’elle manie le fouet, pratique la double pénétration et sodomise ses copines quand d’autres jouent encore à la Barbie, à son âge. Natacha a de la classe. Elle joue avec la vie et avec l’amour, comme des petits garçons, dans d’autres pays, jouent avec des armes chargées. Le libertinage n’est pourtant qu’un jeu. Natacha fait semblant ou c’est pour de vrai ?
Virginie et Paul - Virginie et Paul sont ensemble depuis pas longtemps. Virginie et Paul pratiquent le libertinage ensemble depuis pas longtemps. Normal ! Ils sont ensemble depuis pas longtemps. Ce qui a plu à Virginie, c’est d’abord le sexe avec Paul. Ce qui a plu à Paul est venu un peu plus tard. Malgré son jeune âge, Paul est un libertin qui a de la route. Virginie n’a jamais eu rien contre les aventures libertines. Mais elle attendait Paul pour l’aimer et aimer l’amour à plusieurs. Le sexe est une composante importante de leur vie. Il font aujourd’hui des trucs qu’ils ne faisaient pas avant et qu’ils imaginaient à peine. Imaginent-ils ceux de demain ? Ils commencent. Une belle et réelle histoire de libertinage, d’un jeune couple que tout semble épanouir.
Betty - Elle m’a amusé, cette petite Betty. Elle est entrée, habillée d’une sorte de tenue de sport mal définie. Je me suis dit : « Tiens ! Un coursier ou plutôt une coursière ? ». Et en deux tours de mains, le coursier est devenu Betty. Une robe noire très échancrée, des bas, des talons et rien en dessous. La coursière venait de se transformer en vamp. Betty est une sorcière et plus personne ne me convaincra que les fées n’existent pas. Car Betty est une gentille fée. Elle s’est penchée sur mon magnétophone pour me révéler un secret. Les femmes existent. Même quand on ne veut pas les voir. Même quand on n’y croit pas. Même quand elles se cachent vraiment. Même quand elles se dissimulent derrière des boulots virils, des comportements trop virils et une intelligence réservée aux hommes. Betty a souffert. Betty est devenue libertine par accident. Le destin fait des farces à ses fées. Betty aime sa vie libertine et sa vie libertine l’a transformée. Même aveugle, on le sentirait. Betty aime sucer et il paraît qu’elle le fait bien. Pourtant, rien ne se voit chez Betty quand elle redevient … Anonyme.
Léa - Nous avons rencontré Léa chez nous. Ce fut un témoignage long, poignant et émouvant d’intimité révélée. Léa est une amie d’amie dont nous avons appris, presque par hasard, en évoquant le sujet de notre livre, l’étrange épanouissement qu’elle a affiché, voici quelques mois. Un changement aussi soudain qu’étrange, du, de son propre aveu à notre amie, à de nouvelles découvertes sexuelles. Elle qui était, paraît-il, si terne, si morose, si peu enjouée de la vie. Quelle sorte de baguette magique avait bien pu la toucher pour qu’elle se transformât autant ? Nous savions, par la facétie des petits doigts bavards, que Léa était une soumise. La soumission peut-être un jeu. C’est évident. Même chez soi. Surtout chez soi. O nous avait donné un aperçu que cela pouvait être un jeu pour adulte très branché. Soit ! Léa nous a révélé que la soumission pouvait aussi devenir, au gré des joueurs, l’une des faces du masochisme. J’ai souvent posé la question de la distinction entre les jeux fétichistes, les jeux SM soft et le véritable sado-masochiste. Le témoignage de Léa nous prouve assurément que l’on peut s’amuser entre nous avec une grille, une paire de menottes, un martinet et une tenue de soubrette, sans risque de côtoyer, malgré soi, le monde bien réel des maîtres et des soumises, des dominatrices et des esclaves. Entre le jeu et l’art, entre les chatouilles et la souffrance, ce n’est pas un fossé qui sépare. Ce sont les douves bien profondes d’un château, derrière lesquelles le fantasme se soumet aux fantômes les plus enfouis de votre être.
Eric - Eric savait bien que la vie de couple n’était pas qu’un long fleuve tranquille. Il savait aussi, comme la plupart des hommes, que les femmes étaient des êtres complexes. Il savait encore que l’homme se devait de proposer et qu’une femme ne devait disposer que selon ses envies à elle, selon l’endroit et selon le moment. Il se doutait que l’art d’être un homme - plus que cela : un mari, un compagnon – était de deviner jusqu’où il devait, jusqu’où il pouvait élever sa compagne, aux frontières de ses derniers retranchements. Retranchement cérébral, charnel, métaphysique… Vibratoire. Cela, il l’avait bien lu et les anciens, lors des discussions autour du grand feu de leurs souvenirs, le lui avaient rappelé. Comme un avertissement, comme une menace. Tel Icare se brûlant les ailes à force de vouloir trop approcher le soleil, il savait qu’il pouvait se noyer dans les profondeurs de l’âme féminine. De cela, les anciens l’avaient prévenu. Eric avait des fantasmes. Eric est un homme, tout simplement. Il lui fallait détecter ceux de sa compagne. Il y est allé avec les dents, trop fort, trop vite. Mauvaise expérience pour lui et belle leçon pour nous.
Caroline - Elle est bien mignonne, cette petite Caroline. Elle cache sa beauté derrière sa pudeur et sa timidité. Caroline est célibataire. Pour combien de temps ? Seul le Prince Charmant le sait. Et il devra être drôlement Prince et particulièrement charmant, celui-là, pour l’emporter sur son cheval blanc, par de-là les clubs et les endroits libertins. Surtout, il devra être un fieffé coquin. Ne dites pas à sa mère qu’elle est serveuse dans un bar. Elle ne le croirait pas et vous rirait au nez. La maman et tous les amis de Caroline le savent bien. Caroline est serveuse dans un club échangiste. Le libertinage est un peu devenu, pour elle, une part de vie. Elle en partage et en apprécie la philosophie. Mais Caroline ne pratique pas. Caroline a la candeur des jeunes demoiselles de cour au service de gentes dames. Elle sait se mettre au service des libertins. Avec talent, avec bonheur. Le recul de son regard sur le libertinage est intelligent. Bien prince du libertinage celui qui la troussera.
Jean - Je me demande bien où sont cachés les innocents. Jean n’était pas un libertin et son approche, ouverte, sensible, des moeurs de notre époque, correspondait à ce que je recherchais. Le témoignage d’un homme d’une cinquantaine d’années, jovial, bon vivant, hédoniste en beaucoup de choses, qui pouvait se passer de sorties coquines, de fantasmes communs et qui faisait l’amour le samedi, comme les gentils de la chanson de Michel Fugain. Jean vit en couple. Il est marié. Il n’a rien contre les libertins et encore moins contre les libertines. Mais leurs jeux ne sont pas les siens… Ils l’ont pourtant été, par dépit, par exorcisme. On ne l’y reprendra plus. Ce n’est pas à Dieu qu’il en veut, comme le chante Daniel Guichard. Mais à ceux qui l’ont remplacé. Jean a rouvert son âme et j’y ai vu le cœur d’un oiseau blessé par une main brutale et honteuse. Comme quoi, la sexualité a bien ses racines dans les tourments de la terre et bien stupide celui qui ose juger de la manière dont coule la sève.

« L’homme propose et la femme dispose »… Propose, petit homme… Propose ! La Lune que tu contemples la nuit, brille du reflet d’une autre lumière. Inspire-toi de cette face cachée, sombre et mystérieuse, pour avancer dans ta quête du libertinage et du bonheur conjugal. La Lune ne révèle ce qu’elle est véritablement que le quart de ton temps. Apprends le temps. Ecoute seulement l’écho de la nuit et la libertine t’apparaîtra.
Dispose, maîtresse des après-midi et des nuits coquines. Tu es la reine des sens et tu le sais bien. Même soumise, enchaînée, pénétrée, caressée, tu reste la reine. Les temps anciens sont tes royaumes et tes pas sont autant d’amants que tu as foulés. Laisse le libertin s’éveiller à tes désirs. Sans sujets, il n’est point de royaume.
Amies libertines et amis libertins, amies et amis du libertinage, je vous souhaite un très bon voyage guidés par nos aimables témoins.

Ps : J’a beaucoup abusé des trois points de suspension (…) dans les textes qui suivent. Ils tentent de reproduire les moments de réflexion, d’hésitation ou de respiration de nos amis.

   
Les témoins 
 

Nanou et Loïc - Vic - Stéphane

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