Extrait
prologue
Etait-ce bien raisonnable ? … Etait-ce bien judicieux
de vouloir savoir pourquoi il arrive à certains
hommes d’avoir des maîtresses et à certaines
femmes d’avoir des amants ? D’autant qu’en
soulevant les draps ou qu’en entrouvrant certaines
portes de bureau, les choses deviennent parfois encore
moins raisonnables !
Savez-vous, ma chère et mon cher, qu’il
arrive même, de temps à autre, de constater
que la maîtresse n’est pas celle que vous
croyez et, quant à l’amant, il affiche une
bien drôle proéminence des pectoraux. Autrement
dit, les observateurs que nous devenons, constatent de
plus en plus que les femmes « s’infidélisent » avec
une maîtresse. Tandis que leurs virils maris semblent
mieux préférer, l’un dans l’autre,
les débats charnels entre hommes. Quelles pagailles
conjugales !
Et le couple, dans tout ça !! Car, à priori,
quand deux êtres décident de vivre ensemble
et de partager leurs nuits et leurs journées,
c’est sous le principe de la fidélité des
sentiments et du sexe. En tout cas, il en va ainsi sous
les cieux de nos sociétés modernes, que
l’on soit passé devant Monsieur ou Madame
le maire ou pas, qu’on ait juré, craché fidélité devant
le délégué du Bon Dieu ou bien encore
qu’on se soit chuchoté promesses sur promesses,
les yeux dans les yeux pour uniques témoins… Notre
bon « Petit Prince » (de Saint-Exupéry… Pour
ceux qui se bécotaient sur les bancs de l’école
au lieu d’écouter !), ne disait-il pas : «S’aimer,
ce n’est pas seulement se regarder les yeux dans
les yeux mais regarder ensemble dans la même direction »… Mais
de mémoire, il n’a rien dit sur le fait
de plonger, furtivement, un œil dans le décolleté de
sa voisine ou la braguette de son voisin… A moins
qu’au moment du cours, je ne bécotais moi-même
ma voisine… Tu parles !
Le chemin de la vie en couple est pavé de bons
sentiments. Les époux se doivent assistance et
fidélité, c’est la loi divine et
la règle républicaine qui le recommandent.
Qui l’obligent, même ! Le couple moderne
occidental est, et doit être, monogame… Fallait
jouer avant ! A fortiori, si vous avez signé le
contrat de confiance devant le maire ou le curé,
mariage ou Pacs à l’appui. Et ne vous croyez
pas absous des consignes si la confiance mutuelle n’est
basée que sur votre conscience. L’ordre
moral veille.
Pourtant, à l’image du sexe et de l’argent,
la fidélité dans la vie de couple monastique
reste d’une belle hypocrisie… Peut-être
parce que l’infidélité nourrit ses
racines à la fois dans le sexe et dans l’argent.
Quand le premier motive, l’autre freine. Tout au
moins quand le couple s’est construit, au fil du
temps, un temple de la matérialité, du
solide, du palpable. De ce dont on parlerait devant l’avocat,
le juge et tous les arbitres de tout acabit. Le sexe,
lui, il s’en fiche. De toute façon, le sexe
est tabou. De toute façon, le sexe n’existe
pas. C’est un truc de détraqué. Un
truc de pervers. Pire ! Un truc d’homme… Certes,
j’ai bien entendu parler de quelques femmes qui
auraient pour le sexe quelques appétits curieux.
A moins que quelques-unes ne s’apparentent à quelques
Messaline ou libertines de « chaud-business » !
Mais, la plupart du temps, c’est pour savoir, pour
pouvoir en raconter aux copines les méandres et
les vicissitudes. Ou bien encore pour, Monsieur l’Abbé,
trouver dans la débauche quelques salvatrices
absolutions de confessionnal. A défaut d’absolu. « Pardonnez-moi,
mon Père… J’ai péché ! – Par
où avez-vous péché, ma fille ? – Et
bien, mon Père, c’est à dire que
j’ai commencé par la bouche, et puis… ! ».
Et puis, rien ! Censuré ! Y’aurait-il du
mal à se faire du bien ? Assurément… Selon
les règles de l’organisation sociale. Selon
les règles de notre bonne conscience, quelque
peu inspirées des premières. Mais, bon… Quand
même ! On n’est pas des sauvages. Est-ce
que cela me viendrait à l’esprit, à moi,
un être équilibré, intellectuellement
développé (forcément, j’écris
des livres, hé !) de vouloir butiner d’autres
fleurs que celle que j’aime, qui m’aime,
alors même qu’on s’est juré fidélité ?
Bien sûr que non ! … Bien sûr que non… Que
non, que non… Aujourd’hui, non ! Mais au
risque que vous refermiez ce bouquin, que vous en volatilisiez
les pages sur le bûcher de ma honte, je l’ai
déjà fait ! … Si ! … Vous êtes
toujours là ? … Bon ! Alors, on a des choses à se
dire… En fait, rassurez-vous, c’était
dans une autre vie…
Quand j’ai quitté ma première femme
pour partir avec la seconde. Et… Quand je me suis
séparé de ma seconde compagne pour retrouver
Béatrice. Ah ! Béatrice…
Elle fut longue à venir… Je veux dire dans
ma vie !
Mais l’attente a valu la peine. Comme quoi, vous
allez voir, ce livre et les témoignages qui suivent
sont plein d’optimisme. Vous comprenez pourquoi,
finalement, de rédiger un livre de témoignages
sur les amants et les maîtresses, ce qui pousse
les uns dans les bras de l’autre et vice-versa,
m’a semblé approprié à ma
nature, à mes questions, à mes espoirs… Chacun
des témoignages que j’ai eu le bonheur de
recueillir a résonné en moi comme un écho à ma
vie. Un écho plus ou moins fort, plus ou moins
bavard. Tellement chaque histoire, chaque destinée,
si différente soit-elle, recèle en elle
une part de vérité universelle. Comme si
une part de nous-même remplissait une espèce
de pot commun de la vie dans lequel, en même temps,
nous puisons l’encre qui nous sert à écrire
le fameux Grand Livre de notre histoire personnelle.
Bien entendu !
Les motivations, me direz-vous, sont quand même
différentes. On ne trompe pas toutes et tous,
sa femme ou son mari, pour les mêmes raisons.
«
Moi, « Meûssieur » l’auteur,
si j’ai trompé, c’est par amour. Et
l’amour, c’est noble ! Il vous est fort aise
de mélanger les torchons et les serviettes ! Chez
ces gens-là, « Meûssieur » l’auteur,
on trompe pour le sexe… »
Ah !
Et, derrière la plus belle histoire d’amour,
ou devrais-je dire en dessous de l’histoire, quelle
sorte d’expression physique se réveille
toujours ? La plus belle expression d’amour n’est-elle
pas de donner à l’autre son corps ? Surtout
certaines parties ? … Pour jouer à les emboîter,
façon « puzzle » ! Et chacun et chacune
sait bien que si les morceaux ne s’accordent pas
au diapason du plaisir, l’œuvre finit par être
bien triste…
Un morceau qui manque dans un puzzle, ça finit
par énerver ! Ça finit par manquer…
On ne voit plus que le vide qui reste et qui demeure
et qui emplit tout l’espace… Et quand la
pièce « sexe » manque, une part de
l’amour se vide et toc ! On trompe pour le sexe… Alors,
que se cache-t-il derrière le sexe ? Souvent,
toujours, une histoire d’amour. Une histoire d’amour
manquée, une histoire d’amour frustrée,
une histoire sans désir, un amour sans plaisir.
Vous pouvez l’imaginer facilement, j’avais
déjà eu ma part de réflexions sur
le pourquoi du couple, sur la finalité de l’amour
et sur les réponses du sexe. Deux coups d’essai, ça
fait réfléchir ! D’où je viens,
où vais-je, dans « quelle étagère » … Bon
sang ! Mais qu’ai-je bien pu faire de ce fichu
mode d’emploi… Car, forcément… « On » n’a
pas pu me débarquer sur Terre sans fiche technique…
Pas au 21ème siècle !
Le bonheur, même à deux, depuis à peu
près un million d’années que l’homme
existe, accessoirement la femme aussi, ça a du
laisser des traces. Il y a bien une recette quelque part
! On a du me la barboter… Remarquez ! Si quelqu’un
me l’avait empruntée, ça se saurait… Ça
se verrait ! Dans le monde dans lequel on vit, elle aurait
déjà été photocopiée
puis bradée dans un quelconque vide-grenier de
l’amour… Le bonheur, ça ne passe pas
inaperçu ! A moins que… A moins qu’elle
aussi, elle n’ait été revendue en
pièces détachées, façon « puzzle »,
une fois de plus !
«
Bien sûr, « Meûssieur » l’auteur,
de notre temps, quand on épousait, on épousait
! Le bonheur ? … Et puis quoi, encore ! Et pourquoi
pas les sous, les violons et la soubrette, en plus… Les
jeunes, maintenant, ils sont bien difficiles. Surtout
les femmes ! C’est que ça veut tout, les
femmes d’aujourd’hui. En plus de la machine à laver,
le lave-vaisselle et un métier, v’là t-y
pas qu’elles voudraient du plaisir, en plus. Et
avec leurs fesses ! Comme si une femme avait le temps
de penser à ça ! Des dévergondées,
j’vous dis… Et voilà le résultat
! Pour un oui ou pour un non, ça divorce, ça
se sépare, ça refait sa vie et tant pis
pour la famille, tant pis pour les gosses. Ma foi, les
hommes, eux, c’est pas pareil ! Toujours en train
de penser à la chose… Mais, c’est
biologique, comme on dit maintenant… Faut bien
que ça s’évacue ! Et puis, un homme,
c’est un homme… C’est comme ça
! »
Bon ! Grand’mère… Tu me le repasses,
ce clavier ! Après tout, il fallait bien qu’elle
donne son avis, la grand’mère puisqu’elle
parle au nom des anciennes générations.
Des fois qu’elles s’énervent toutes,
qu’elles se mobilisent et défilent dans
la rue pour faire voter une loi, encore une, afin d’interdire
la séparation conjugale, le divorce et l’adultère
et faire virer le mot « bonheur » du dictionnaire.
Faut dire !
On peut les en excuser. Une femme, ça fait à peine
soixante ans que « ça » vote. Et il
y a encore deux cents petites années, « ça » n’avait
même pas d’âme ! … Ah ! C’est
quand même bon de le rappeler… Et puis, c’est
vrai aussi quand ce temps-là, il y avait les guerres.
Tous les 25 ans environ, les hommes partaient la fleur
au fusil, sûrs et certains que c’était
pour la dernière fois, pendant que les épouses,
les filles et les mères les remplaçaient
dans les usines et aux labeurs des champs. Passaient
quelques années, et les guerriers, les pères,
les fils, les maris, étaient de retour. Du moins,
les plus chanceux, parfois entiers, quelquefois estropiés,
de temps à autres déjantés à force
d’horreurs et d’absurdités…
Et il fallait tout reconstruire !
Alors, pensez-donc… Le bonheur, dans tout ça,
il ne se vendait pas cher sur les étals de l’Histoire.
On vivait, on avait du travail, on mangeait enfin à sa
faim… L’amour, on l’avait raccroché au
clou, avec le fusil. On savait qu’il était
là, prêt à servir.
Au cas où !
Mais il était hors de questions de s’en
poser, des questions… L’amour, la guerre, ça
leur échappait un peu. Normal ! L’amour,
comme la guerre, ça ne se commande pas. D’ailleurs,
l’un va rarement sans l’autre. On aime ou
on tue. Parfois même, on tue parce qu’on
aime. Faites l’amour, pas la guerre. Mais eux,
ils en revenaient, de la guerre. Il ne fallait plus parler
ni de l’un, ni de l’autre. Bien entendu,
il y avait bien eu quelques histoires d’amour contre
nature. Des femmes avec des guerriers ennemis, des maris
prisonniers avec leurs belles geôlières.
Mais c’était la guerre. Avec toutes ces
horreurs. Maintenant que tout ça, c’était
fini, il fallait tout reconstruire. Les maisons, les âmes,
les cœurs, les droits et les devoirs. Donc, les
femmes aux urnes et les putes sur le trottoir. Marthe
Richard fermait les maisons closes ( !!), de quoi y perdre
sa syntaxe !
De « burnes » lasses, les hommes allaient
devoir rentrer à la maison et se faire à l’idée
qu’amour conjugal et sexe, c’était
dorénavant même combat. Un coup d’œil
vers la remise pour se retrouver consterné devant
l’image, formée par l’amour et le
fusil, icône archaïque de la virilité masculine.
Aux clous, la virilité !
Tirer un coup devenait blasphématoire devant l’autel
de la société bien pensante. Il allait
falloir composer, rechercher des consensus. Du coup,
suce qui peut ! La révolte n’allait pas
tarder à gronder sur les pavés supportant
une jeunesse en mal d’espace et de liberté pour
s’y retrouver. Les femmes et les hommes ont d’abord
fini par se confondre, mode unisexe et liberté sexuelle
en appui. Et de ce brassage des sexes, de ces partouzes
des âmes soixante-huitardes, de cet immense alambic
humain, se sont distillés la femme, l’homme
et le couple d’aujourd’hui. Le sexe, l’amour
et le bonheur font maintenant cause commune. Accordez-vous,
manants du paradis, amants du bonheur… Ces trois
farceurs ne vous feront aucune concession.
Vous voulez être heureux, tout avoir en même
temps, au même endroit ? Le sexe, l’amour
et le bonheur ! L’amour et le fusil sont toujours
au même clou. Prêt à s’unir
pour conquérir le bonheur. Oh ! Rassurez-vous… Le
fusil a su changer de figure. Il s’est civilisé,
lui-aussi ! Il s’est même parfois transformé en
mots, de ceux qu font bien mal quand on les reçoit
en pleine certitude, en plein cœur, en pleine âme,
parfois en plein ventre. Et ça tortille, ça
provoque des ulcères, ça grossit le cœur, ça
fend l’âme. L’amour le sait bien… Depuis
un demi-siècle qu’il s’est monté en
ménage avec le fusil, l’amour a bien su
façonner le fusil à son dessein, à son
destin. Lui donner sa vraie dimension. L’amour
n’a qu’un seul objectif : le bonheur. Qu’importe
les moyens…
L’amour est quand même un mot magique, un
mot farceur, un mot qui en dit trop sur ses intentions.
Tout seul, il est masculin. A plusieurs, il devient féminin… Un
amour certain, des amours incertaines ! … Mais
non, mesdames, ne fermez pas ce livre… Je blague,
je « galèje », j’ironise. Les
femmes n’ont pas l’apanage des incertitudes
de l’amour. Loin de moi l’idée, même éphémère,
d’un quelconque clivage homme / femme dans la recherche
du bonheur conjugal… D’ailleurs, le bonheur
conjugal ne serait-il pas plus simple sans les vicissitudes
de l’amour ? Sans sa manifestation physique qu’est
le plaisir et le sexe ? Oh ! Je les vois bien, m’observer
de là-haut, les trois savants… Freud, Jung
et Lacan interrompant leurs débats subliminaux
pour s’arracher l’analyse de mes digressions,
dans l’attente de la prochaine (et très
lointaine) ascension de mon âme au paradis des
subconsciences. Non ! Pitié ! Laissez-moi ma naïveté,
mes espérances et mes délires… Ce
sont mes armes à moi pour la quête du bonheur.
Et comme je l’ai trouvé, à force
de combat, à force de foi en la beauté des âmes, à force
de lucidité en la laideur des inconsciences, à force
d’avoir appris à tricher pour prévenir
les tricheries…
Et comme je l’ai trouvé, ce bonheur, j’avais
le devoir d’en explorer les accès. L’amour,
le destin, les blessures, le désir, le plaisir,
qui se réveillent sont autant de symptômes
du réveil de cette part de bonheur qui sommeille
en soi. Une femme qui aime est belle. Un homme qui aime
est beau. Et un être qui aime est forcément
un être aimé. Pas toujours ? Et bien, si
! Aimé par la vie, par la vie qui se révolte
et qui secoue.
«
Hé ! Réveille-toi ! … Moi, la Vie,
je t’aime et je veux ton bonheur. Aime ! Aime encore… Toujours,
tous jours, toutes nuits… Tu aimes l’autre
et, à travers lui ou elle, c’est moi que
tu aimes et moi, je t’aime ! Mais je ne m’incarnerai
qu’en celle ou celui qui te mérite. Parce
que je veux ton bonheur ! ».
Mais il est où, ce fichu bonheur ? Dans la tromperie,
dans la duperie, dans la tricherie ?? Facile, la Vie
! … Facile, l’auteur ! … Facile, les
leçons ! …
Cela en fait, des tranches de bonheur à recoller. Ça
en fait des tranches de vie à réconcilier.
Car enfin… Il y a celle ou celui qui trompe, celle
ou celui qui fait tromper et celle ou celui qui est trompé(e)
! Avec une parenthèse au « e »… Comme
on peut mettre une part du bonheur de l’autre ou
du sien entre parenthèses… Pour rechercher
son bonheur total. Pour recoller les morceaux d’un
bonheur en morceaux. Le totalitarisme du bonheur existe… Je
l’ai rencontré, je l’ai subi. Et le
meilleur de l’histoire, c’est qu’il
me rend heureux ! Et j’ai aussi rencontré des
gens heureux. Pourtant infidèles pour les uns,
trompés pour les autres, remplaçants pour
les troisièmes rôles.
Je les ai côtoyés, les infidèles.
Facile, j’ai été des leurs… Certains
et surtout certaines m’ont même reconnu.
Au coup d’œil, aux coups de la vie. Ce ne
sont pas les plus heureux ! Ils courbent l’âme,
malgré eux. Le poids de la culpabilité ?
Ils s’en défendent… Puis se résignent
! Infidèle, c’est le rôle du méchant
dans le film « La société et moi ».
Les rôles ne vont pas à tout le monde. Il
faut avoir la gueule de l’emploi ! Il faut avoir
l’assurance de l’emploi… Pensez ! Tout
se ligue contre eux. La loi, la foi, la morale, le respect
des serments, les regards et leur propre conscience,
parfois ! La loi l’interdit, la foi le bannit,
la morale le réprouve, le respect des serments
le condamne, les regards accusent et quant à la
conscience, elle finit toujours par ronger. C’est
une question de temps. Une question de moment.
Tant pis pour eux, diront les bienheureux qui s’en
croient à l’abri.
Tant pis pour eux, diront les malheureux qui en souffrent,
en ont souffert ou ont peur d’en souffrir.
Après tout, ils ont signé, ils ont promis,
ils ont rêvé… C’est pour le
meilleur et pour le pire ! C’est écrit… Tous
les bons films le racontent. Ils se marièrent
et ils eurent de beaux enfants. Générique
de fin, distribution et le mot « fin », en
grand sur l’écran. Oui, mais c’est
du cinéma. C’est pourtant après le
mot « fin » que tout commence. Pour sûr,
les enfants sont beaux… Les parents l’étaient,
aussi. L’emballage avait de l’effet, tout
en couleur, tout en promesses, tout en espérances… Manque
juste la date de péremption, les limites de la
garantie et l’adresse du service consommateur pour
les réclamations. Pourtant, à force d’expériences
et d’héritage culturel, on devrait apprendre à se
méfier. « Mon fils, si tu veux savoir comment
va devenir ta femme, regarde ta belle-mère ! »,
recommande le papa qui, lui, n’avait suivi aucun
conseil. « Ma fille, tu sais, les hommes sont tous
les mêmes ! Tu leur fais bien à manger et
au moins, tu es sûre qu’ils rentreront à la
maison. N’en attends pas plus. Un homme, c’est
un homme ! », chuchote la maman, retranchée
derrière trente années de certitudes… Trente
ans de bonheur par procuration…
Celle des romans-photos et des niaiseries télévisées
américaines.
Du bonheur en pop-corn, qu’on commence par chauffer,
qui frétille, fait un peu de bruit, se tasse enfin
en paquet et puis finit par s’avaler par bouchées
insipides, poignées de grains après poignées
de grains, devant le feuilleton tout aussi insipide de
sa vie.
Vision simpliste et pessimiste ?
Caricaturale, tout au plus. Seulement, voilà !
Finies, les guerres et les angoisses de l’horreur.
On est au 21ème siècle ! Tout le monde
mange à sa fin, ou presque. Tout le monde a un
toit, ou presque. Tout le monde s’informe, ou presque.
L’esprit s’est élevé, enfin,
au-dessus du bruit des canons et du martèlement
des bottes. Le corps s’est affranchi, enfin, des
angoisses primaires du lendemain. L’intellect,
lui, commence à savoir ce qu’est le savoir.
L’intellect sait, maintenant, que la recette du
bonheur ne se résume pas en un texte de loi, en
une profession de foi ou encore en un vœu, une promesse
d’enfant de vingt ans jetée en offrande à celle
ou celui qu’on aime. L’âme du 21ème
siècle a des avantages. Elle peut se pencher sur
elle-même, tranquillement, sereinement.
Oh ! Pas s’apitoyer, non !
On est des grands, des adultes, des gens responsables.
L’âme des enfants de vingt, de trente, de
quarante ou de cinquante ans peut, aujourd’hui,
mâcher sa vie. Plus besoin de l’avaler trop
vite, trop fort, trop mal, de peur d’être
obligé de la recracher. Alors, c’était à prévoir,
plus on mâche et plus on ressent les saveurs. On
devient, disent les anciens, difficiles. De leur temps,
ils mangeaient tout… Tout ce qu’on leur donnait.
Quand on a faim ! Les jeunes du 21ème siècle
découvrent les saveurs, jouent avec celles qu’ils
aiment. Se mettent à rêver à des
petits plats emplis uniquement des mets qu’ils
aiment, qui les rendent heureux, qu’ils aiment
concocter avec amour, avec délice, comme un point
d’orgue.
Tiens ! Amour, délice et orgue…
Les trois seuls noms communs de notre langue qui s’accordent
au masculin quand ils sont seuls et au féminin
quand ils sont pluriels ! Un amour routinier, un délice
défunt, la note d’un orgue ancien et… Des
amours aventureuses, des délices opportunes et
une note d’orgues nouvelles. Ah ! Cet auteur… Intello,
lettré, expérimenté…
Manquerait plus qu’il soit beau, riche, intelligent
et libre !
Oui, mais voilà, je suis la preuve formelle et
vivante qu’à force de réfléchir,
d’exiger et de rechercher, la dulcinée pointe
son nez… « Alors, qu’on le mette sous
globe, qu’on le clone, qu’on le reproduise,
qu’on l’expérimente ! »… C’est
bien par crainte qu’un échevelé de
laboratoire ne me kidnappe pour me disséquer sous
verre, que je livre cet ouvrage !
Voici donc l’âme du 21ème siècle
qui devient davantage gourmet que gourmande (On notera
là aussi que gourmand dispose du féminin « gourmande » bien
utilisé mais que gourmet reste le monopole du
masculin !). Après le droit à la liberté et
le droit à l’égalité, nous
voici parvenus à l’ère du droit au
bonheur.
Mais voilà ! Quand on a décidé de
partager sa vie avec l’être de son choix,
et même si on l’a choisi pour vous, il va
de soi que le bonheur peut difficilement être égoïste.
En couple, le bonheur se conjugue à deux. Au moins
! Si on compte les enfants. Le mot « fin » inscrit
au générique, le rideau tiré, les
spectateurs partis, la vie à deux commence. Deux êtres
qui se découvrent eux-mêmes, découvrent
l’autre et apprennent à écrire leur
vie sur les tables du temps.
Et le temps passe…
Et le temps repasse…
C’est fou comme le temps passe… A chaque
passage, il sème un peu plus de routine, d’ennui.
La télé remplace les galipettes, les soucis
du quotidien gomment les sourires, la télécommande
des espoirs déçus zappe en baillant sur
les rêves d’hier, leur enlève le masque
de l’illusion pour les ranger au rayon des souvenirs
d’enfant. Mais l’âme d’enfant
veille, se réveille et se révolte. Le cher
petit ange qui sommeille en nous se fait démon.
Démon pour surgir au milieu de la vie… Au
midi de la vie.
Le fieffé farceur de démon de midi !
Vous en avez bien entendu parler ? Tout est de sa faute… Paraît-il
!
Les hommes, surtout, le connaissent bien depuis longtemps.
Pour eux, c’est comme une sorte d’ami qui
surgit, presque à l’improviste, sans même
avoir été invité. Certains l’attendent,
d’autres le redoutent. Mais rien n’y fait.
C’est un peu comme la mort. On sait qu’elle
va venir, qu’on ne pourra pas y échapper.
Alors, on s’y fait. D’autant que tout le
monde en parle. Ah ! Il sait y faire, ce petit démon.
Il a presque su se faire apprivoiser par la famille. « Dis-donc,
chéri ! Dans un an, tu fêtes tes quarante
ans… Bientôt le démon de midi ! ».
Et pan !
Ç
a sonne comme une fatalité. L’autre lance ça à la
cantonade, comme pour conjurer le sort. Seulement, voilà.
Le démon n’attend pas seulement son heure,
en roupillant sous l’horloge du temps. Il guette
le meilleur moment et peu importe qu’il soit quarante
ans, ou trente, ou cinquante. Quand le client est prêt,
le marchand de poil à gratter se montre. C’est
que le bonheur, c’est comme l’inspiration.
Plus ça manque, plus ça gratte. La tête,
les couilles… Les femmes se croyaient à l’abri.
A l’abri du bonheur. Seulement, la femme du 21ème
siècle compte maintenant une génération
de liberté, d’égalité, de
libido retrouvée, de neurones émancipés.
C’est qu’on lui en a tartiné, de la
culpabilité, de la responsabilité, à notre
moitié féminine.
Et pas qu’à moitié !
La religion, l’ordre social, l’organisation
familiale, l’atavisme masculin et le complexe de
l’homme devant tant de capacité à jouir
! Mais la mode est à « l’allégé » !
Alors, les tartines se sont allégées. Jusqu’à devenir
d’une insoutenable légèreté comme
l’a si bien décrit Milan Kundera dans son
livre : « L’insoutenable légèreté de
l’être ». Ce qui devait arriver arrive… Foi
de séducteurs qui, de concert, le soutiennent
dans les témoignages qui suivent : c’est
entre trente-cinq et quarante ans que le démon
de midi braconne nos femmes, nos mères, nos épouses… Comment
? Nos femmes, les mères de nos enfants… Des
putes ? Impossible… Les putes, ou les salopes dans
la version bénévolat, je les connais. Tous
les hommes les connaissent ! Ce sont celles qui veulent
bien, qui acceptent pour moi ce qu’elles refusent à leur
mari. Qui acceptent ce que jamais ma femme, mon épouse,
la mère de mes petits, n’accepterait. D’ailleurs,
lui ai-je même demandé ? …
«
Oui, mais, entre la mère et la pute, il y a aussi
une femme ! »….
Et, re « !!! »… Cette sentence, qui
frappe comme une supplique au fronton de l’impérialisme
machiste, elle n’est pas de moi, humble auteur.
Elle vient de Marianne, maîtresse par amour, amante
par dépit, dans son émouvant témoignage.
C’est beau, n’est-ce pas ? C’est réel,
c’est la vie, c’est un cri de révolte
au nom de toutes les femmes hurlant sur les bûchers
de l’Histoire écrite par des hommes.
C’est le cri de ralliement des croisades du 21ème
siècle, pour le bonheur d’être une
femme, le bonheur d’aimer et de se faire aimer,
le bonheur de vivre et de mourir d’amour.
Homme, il sera temps de fermer les yeux quand tu seras
mort.
Ouvres-les à la vie, à l’amour, au
bonheur.
Sainte Madeleine, Sainte Jeanne, Sainte Claire, Aphrodite,
Vénus, Frida, Marie, Blanche-Neige, la Belle au
Bois Dormant, Angélique, Brigitte, Mylène
et vous toutes, ralliez à votre combat ces hommes
qui vous aiment d’amour, vous trompent par dépit,
vous collectionnent par crainte de la solitude, vous
craignent par rédemption, vous cherchent à tous
les vents par idéal, vous attendent pour exister.
Quand même ! On est bien fait pour nous entendre.
Mais pour s’entendre, encore faut-il se le dire.
L’un des fléaux du couple…
L’Attila du bonheur !
Là où le silence passe, le bonheur trépasse.
Ne plus parler, n’avoir plus rien à se dire… Chaque
moment de silence, chaque non-dit est comme une pierre
qui tombe, un mur de la maison du bonheur qui finit par
s’affaisser. On le sait tous. Se taire quand il
faudrait dire que quelque chose manque. Que quelque chose
cloche. Fermer ses oreilles quand la question, quand
le reproche résonne au beffroi de son orgueil.
Les silences succèdent aux croches et aux accroches.
Les silences envahissent l’envie qui s’essouffle,
jusqu’à rendre monocorde et monotone, la
musique de la vie conjugale.
Clac ! L’orchestre s’est endormi.
On n’a plus grand’ chose à se dire,
on n’a plus grand’ chose à se faire… Plus
de questions, point de réponse. Mes fantasmes
sont pour moi, la fantaisie est ailleurs. Par pudeur,
par amour, par jeu… On va toujours voir ailleurs
par amour. Amour de l’autre, pour ne pas le blesser.
Amour des autres, pour un rêve partagé.
Amour de soi, pour ne pas s’oublier, pour ne pas
se noyer.
Quand le couple fait naufrage, le premier qui jette un
canot à la mer espère rapporter le salut,
de nouveaux horizons, une part de bonheur à distribuer.
Bien sûr, il y a les sirènes, les requins
et les « requines », les récifs et
les écueils…
Et puis, parfois, l’océan est grand, on
croise un autre naufragé, une autre naufragée…
Et on oublie son propre naufrage, on refait surface à deux…
L’autre reste en radeau, ballotté par les
flots du destin qui, souvent, lui jettera quelque amarre
tenue par un beau capitaine ou une jolie pirate…
Tiens ! Quel drôle de nom pour un bateau : « Bonheur » !
Et un bateau de toute évidence insubmersible… Ah
! Les voies du bonheur sont impénétrables…
Qu’il se dise séducteur, joueur, amoureux
transi ou traversé par une mystique quête
du bonheur, l’être qui trompe est souvent
un être qui dissimule sa souffrance derrière
le masque de la joie ou de la frime. L’accomplissement
du bonheur du couple semble passer par l’épanouissement
du bonheur individuel… Un amant, une maîtresse
apporte souvent et malgré eux du bonheur dans
le couple. Réveille des désirs endormis,
ressuscite des joies éteintes. Certaines femmes,
certains maris, ne s’y trompent pas et ferment
les yeux quand l’autre comble ses soifs en s’abreuvant à d’autres
sources…
On dit souvent que le sexe est une des principales causes
d’adultère. Comment pourrait-il en être
autrement ? Vous le lirez dans les témoignages
qui suivent. Quand l’entente intellectuelle devient
le seul ciment entre le mari et l’épouse,
entre la compagne et le compagnon, le couple conjugal
se transmute en couple fraternel. Non pas que la relation
de frère et sœur soit désagréable.
Certes, non ! Mais elle suffit rarement aux deux protagonistes
en même temps. Le ciment, c’est bien… Mais à condition
que le couple puisse danser, rire et chanter dessus.
On le sait, la routine, les bigoudis, les crampons sur
la table du salon, les slips kangourou et le désintérêt
de l’autre sont autant de « tue-l’amour ».
Au fil des ans, les personnalités se forgent,
les défauts s’accentuent et les regards
ne portent plus vers la même direction. Plus d’envie
dans la tête, plus d’envie dans le corps
et la passion s’éteint.
On oublie d’en parler, on n’ose pas se rebeller,
on a peur d’imposer, on craint de choquer et le
temps passe… Encore !
Et puis on tremble de ne plus plaire, et puis on rêve
de toujours séduire, et puis quand vient la tentation,
on finit par lui sourire, parce l’autre s’est
endormi, parce que l’autre ne lève plus
les yeux. Et de ce mal-être surgit l’être
tout entier, tout à soi… On trompe alors
pour exister, pour survivre, pour refuser, pour renaître,
pour anticiper… Et l’être apparaît
alors, sort de sa coquille, surprenant, déconcertant,
terriblement humain ! Comédien, tragédien,
par amour, par jeu… A qui la faute ? Où est
la faute ?
Oui, moi, l’auteur, j’ai trompé.
Je me suis aussi trompé !
Trompé d’histoire, trompé de jeu,
trompé de femmes…
J’ai aimé, elles m’ont aimé.
Aimer peut-il d’ailleurs se conjuguer au passé ?
J’ai d’abord vu l’horizon se lever à quatre
yeux mais la chair n’y était pas… J’ai
ensuite connu la chair mais l’horizon n’y était
pas.
A chaque fois, j’ai pourtant fouillé pour
chercher ce qui me manquait. J’ai fouillé à en
inventer des vestiges. J’ai creusé à en
faire mal. A chaque fois, j’ai cherché chez
d’autres ce que je ne pouvais pas trouver chez
moi. Oh ! Bien sûr… J’ai toujours privilégié la
qualité à la quantité, l’esthétique
du geste plutôt que la balistique. Je me suis toujours économisé en
attendant ma Princesse Charmante…
Charmeur, oui ! Séducteur, non !
Et puis, voilà…
De vestiges en vestiges, d’explorations en explorations,
on finit surtout par se dépouiller de soi-même,
par découvrir sa vraie nature, par mettre des
formes, des mots, sur ses besoins essentiels. Se façonner
sa Vénus, se l’imaginer, la rêver.
Je l’ai rêvée, ses parents l’ont
faite.
Merci Josette, merci Raymond.
Ç
a, c’est du marketing ciblé ! Pile, poil à ma
mesure… Et moi à la sienne, à l’écouter.
Et je veux bien la croire, depuis le temps que je l’attendais.
Mais attention ! Pour cette troisième et dernière
tentative, exit le hasard. J’avais mon célèbre « cahier
des charges »… Une colonne pour ce que je
veux impérativement, une colonne pour ce que je
n’accepterai jamais et une colonne pour les « peut-être » !
La seule sur laquelle j’accepte, moi, de « concessionner »,
de tolérer, de « consensusser »…
Et Elle ? Et Béatrice ? Idem !
On discute, on négocie, on tergiverse, on exige
et on s’exprime. Parfois, on regarde la télé pour éviter
d’engager une conversation et se coucher avant
une heure du matin ! …Si ! Le samedi matin, on
est content de se lever parce qu’on sait que le
soir, c’est « samedi soir » ! Et que
là-aussi, ça marche à merveille.
Les autres jours aussi, d’ailleurs ! Le bonheur
au quotidien, quoi… Mais pour y parvenir, il a
fallu chercher, trouver, chercher encore… Se faire
mal, faire mal. C’est ce qui fait le plus de mal.
Car il y a l’autre, bien sûr…
Ou les autres.
Celles et ceux qui subissent. Celles et ceux qui ont
labouré avec vous une partie de votre vie, sans
se douter que vous creusiez ensemble les sillons du destin
conjugal. On sèmerait donc pour qu’un ou
une autre récolte à notre place? Ô rage, Ô frustration
! Ma mère m’avait pourtant prévenu… J’y
croyais pourtant, à l’homme idéal, à la
femme idéale. Je n’avais pas de chance aux
jeux. Alors, il me semblait que je pouvais bien en avoir
en amour. Mais non ! L’accident, ça n’arrive
pas qu’aux autres. Cela dit, qu’avais-je
fait pour l’éviter ? Et puis, pouvais-je
vraiment l’éviter…
Histoire d’amour, histoire de cul, histoire d’un
jour, histoire d’une vie…
Histoire de cul !
Ç
a passe mieux quand c’est vulgaire. Ça passe
plus vite quand c’est salace. Je n’y peux
rien. C’est sa faute à lui, à elle, à l’autre.
Je sais bien que ce n’est pas vrai. A force d’en
rire, à force d’en pleurer, les larmes ont
dissout ce fichu orgueil, ma dernière carapace.
Les femmes pardonnent, les femmes excusent. Finalement,
après la période de l’incrédulité,
vient celle de la fierté, sous les masques de
la compréhension. Puis, suivent les moments de
colère, de rejets et de tentatives de combat,
juste avant ceux de la résignation. Quelques instants
d’abattement précèdent quelques jours
de dépression. Enfin, l’analyse survient,
avec la compréhension, le pardon… Pour tout
dire, quelques relents de culpabilité. Les femmes
ont cette vertu magique et incompréhensible pour
nous, les hommes, de comprendre. De nous comprendre,
nous, les hommes…
Nous, ces pauvres choses, leurs pauvres gamins !
Quelle compassion… Quelle condescendance… Et
ce comportement est quasiment récurrent chez nos épouses,
nos compagnes. Même quand monsieur quitte femme
et enfants pour partir vivre avec… Un homme ! Je
dirais même « surtout » si monsieur
joue au « croque-monsieur » ! Comme si, là, évidemment,
la concurrence n’existait plus. L’homosexualité,
c’est hors concours.
Il n’y a pas à chercher ce que l’autre,
l’infâme maîtresse qui a maîtrisé ce
pauvre homme, a de plus que soi…
Ou de moins…
Plus belle, moins grosse, plus sexe, moins gourde, plus
disponible, moins timorée…
Ou bien, tout simplement, n’est-elle que quelqu’un
d’autre ? Et puis, ma foi, un homme avec un autre
homme, ça fait presque tendance, un brin intello
! D’autant que ce petit côté féminin
que l’on avait pourtant détecté,
c’est finalement ce qui nous plaisait en lui. Tant
pis ! On finira copines… Alors que lorsque l’histoire
reste bêtement traditionnelle, avec une femme de
toute façon plus jeune, comme ravisseuse, ça
agace.
Ç a remet en question.
Ç
a oblige à revoir sa copie, sa ligne de conduite,
sa ligne de vêtements, de sous-vêtements…
Après sa complainte de la femme trompée
qui sombre dans la banalité la plus consternante
du 21ème siècle, la femme ressuscitée
en arrive aussi parfois à la conclusion que « femme
trompée, femme sauvée ». Un vrai
proverbe ! Mais aussi et surtout un véritable
sursaut d’optimisme. Une femme peut donc avoir été trompée,
s’être persuadée que « plus
jamais on ne l’y reprendra » et puis voir
venir le prince charmant, le vrai celui-là ! Et
recommencer une nouvelle vie, avec un nouvel et authentique
bonheur…
Mais elles ne choisissent pas toutes de tout recommencer.
Certaines préfèrent, et de loin, fermer
les yeux. Ou les baisser… Par peur de la solitude,
par crainte d’abandon matériel, par souci
du « socialement correct ». Après
tout, vaut mieux pour celles-ci, que le couple avance
sur une patte, trébuche de temps à autre,
quitte à piétiner souvent.
Les hommes, je dois bien l’avouer, sont peut-être
moins bons joueurs ! Peut-être à cause de
ce légendaire orgueil masculin, mal placé paraît-il… Forcément,
l’épouse ou la compagne adultère
ne sait pas ce qu’elle fait.
Aller voir ailleurs ! …
Pour voir quoi de mieux ?
Elle reviendra, c’est sûr… Et puis,
si elle ne revient pas, il y en a tellement d’autres
en liste d’attente, à en croire les copains.
Bien sûr, il y aura quelques moments de déprime.
Mais un homme, c’est un homme et un homme, ça
ne pleure pas. En tout cas, pas devant les autres. Parfois
devant un bon verre, peut-être même deux
ou trois, mais jamais devant les copains. Ou si rarement.
L’orgueil, ça se respecte.
Un homme, ça se console.
Une de perdue, dix de retrouvées. Ça aussi,
les copains le savent bien. Le pire, c’est qu’ils
n’ont pas tout à fait tort ! Il paraît
qu’il y aurait plus de femmes seules que d’hommes
seuls, sur le marché. Surtout quand on tape autour
de la quarantaine. A cet âge-là, elles ont
besoin de solide, de rationnel… D’une épaule
sur laquelle se reposer, avec un bon métier bien
stable qui préserve des aléas de la vie.
Pas comme cette femme qui les a trompés, ingrate… Tout ça
parce qu’elles en avaient assez de ne plus être
remarquées, de ne plus être certaines de
plaire… Parce qu’une femme a besoin de rêves,
d’histoires de chevalier au grand cœur, de
dîner aux chandelles, qu’on lui souhaite
sa fête, qu’on lui conte et raconte encore
et encore des vantardises dont elle ne sera pas dupe.
Mais tant pis.
Qu’importe la « tchatche » pourvu que
l’histoire soit belle et rappelle une jeunesse
qui s’éloigne.
Et puis, en filigrane du roman, il y a aussi le sexe.
Celui qui sent meilleur ailleurs mais ça, orgueil
oblige, l’homme trompé, la bête blessée,
ne veut pas savoir. Parce que savoir, ça fait
mal.
Ç
a renvoie à des images…
Ç
a met en scène des positions…
Le sexe est vulgaire dans les bras des autres ! Et puis,
une mère, celle de ses propres enfants… !
A moins que l’histoire soit noble. L’histoire
d’amour, c’est l’amour courtois du
Moyen-âge. L’amant n’est qu’un
troubadour, un poète ! L’amour est au-dessus
de tout, une citadelle imprenable. L’amour est
pardonnable. L’amour, c’est comme une maladie. Ça
s’attrape. On ne choisit pas… Mais le sexe
! « Ma femme dans une histoire de sexe ? Sans moi
? Mais le sexe, c’est une histoire d’hommes,
de paillards. Certes, tout le monde en parle… Les
femmes ne sont pas les dernières. Elles ne disent
rien, mais…. Mais pas la mienne. Moi avec qui elle
n’a jamais voulu se lâcher, monter à l’abordage
de ses fantasmes et surtout des miens ! »
Etre un homme au 21ème siècle est une tâche
difficile à assumer. Les femmes sont libres et
de libres à libertines, il n’est que quelques
verrous à faire sauter. Certaines possèdent
même des passe-partout ! Et quand les verrous sautent,
les portes de l’insoutenable légèreté de
l’être claquent aux vents des légendes.
De cette légende de cette femme partie vivre avec
sa maîtresse, celle-là même que le
mari avait poussé dans le lit conjugal afin de
réaliser le fantasme numéro un au top 50
des fantasmes des hommes… Voir sa femme s’amuser
avec une autre femme !
Tout cela ne serait que terrain de jeux pour grands et
manège du destin s’il n’y avait les
enfants, terribles jouets des farces de la vie conjugale.
Ils ne sont parfois que prétexte ou bien raison
légitime au regard des infidèles pour justifier
leur double vie. La raison à la maison, les galipettes à la
sauvette et le cœur au petit bonheur ! Et qui c’est
qui s’y colle pour les galipettes à la sauvette
? La maîtresse… Ou l’amant ! Un statut
bien à part dans notre société.
Un statut sans droit, sans reconnaissance jusqu’à ce
que la génétique ne relève d’éventuelles
empreintes sur une descendance « naturelle ».
Le progrès technologique à la rescousse
de la morale.
La langue française est curieuse. Curieuse par
le reflet qu’elle donne de la bonne morale de notre
société. L’homme qui aime en dehors
du système conjugal est un « amant ».
Un amant, ça aime… C’est même
fait pour ça. Pour la meilleure part de l’histoire.
La femme impliquée dans une aventure extraconjugale
est une maîtresse.
Le pauvre homme ! Il a une maîtresse… Qui
le maîtrise certainement par les griffes de son
infâme et torride charme. La maîtresse n’est
pas amante. Elle est au-dessus ou plutôt, en dessous
de ça. L’amour est égal, l’amour
est partagé dans sa volonté et dans son
acte. La maîtrise est unique responsable. La maîtrise
libère le maîtrisé de sa responsabilité…
Vilaine maîtresse qui ravit l’homme, dans
tous les sens du terme !
Ah ! Cette langue française…
Cette « latinus linguae » élaborée
et transmise par les hommes. Outre créée
par le Créateur pour le plaisir des sens, la langue
serait donc vraiment une histoire d’homme !
Amant ou maîtresse… Deux appellations d’origine
bien contrôlée pour une même pratique.
Sous d’autres cieux, sous d’autres dieux,
on appelle concubine une maîtresse. Sous notre
ciel, la concubine est une épouse en « CDD »,
en contrat à durée déterminée.
C’est une fonction qui ne supporte pas le cumul.
En tout cas pas avec celle d’épouse. Epouse
ou concubine, il faut choisir. Le statut de maîtresse,
lui, se cumule forcément. Soit avec celui d’épouse
qui fricote avec un amant. Soit avec celui de mari, que
la maîtresse a détourné de son devoir
de monogamie. Il en va de même pour la fonction
d’amant. Enfin, à peu près ! Car
les hommes restent malgré tout de savants cumulards,
alternant brillamment les rôles de maris et d’amants.
Rarement de célibataires et d’amants…
Je veux dire d’amants réguliers de femmes
mariées.
Un état beaucoup plus courant, visiblement, chez
les femmes. Drôle de statut, inscrit dans aucun
texte, admis seulement sous le manteau. L’Histoire,
la grande, a plus aisément retenu les petites
histoires d’hommes célèbres avec
leurs maîtresses que d’épisodes d’amants
de femmes célèbres…
Il faut dire aussi que l’Histoire a affiché moins
de femmes célèbres que d’hommes.
Ostracisme masculin, quand tu tiens la plume et la bourse
!
Manifestement, certaines maîtresses s’arrangent
plus ou moins bien de leur statut de l’ombre. Certaines
le recherchent, d’autres le déplorent et
d’autres encore l’acceptent comme une solution
intermédiaire… Une solution d’attente
dans l’espoir que le mari infidèle quitte
l’épouse officielle. Après tout,
le statut de maîtresse semblerait se satisfaire
de quelques avantages non négligeables dont celui,
qui pourrait faire rêver d’autres femmes,
de ne vivre que le meilleur de la vie de couple. Pour
n’en laisser que les aspects les moins agréables
aux « épouses-mères-femmes-de-ménage-infirmières-gestionnaires-punchingball » !
Et ça, peu de maîtresses voudraient échanger
leur rôle.
Le meilleur à les entendre.
A elles les bouquets de fleurs, le chevalier toujours
en forme, les emplois du temps dégagés
pour les après-midi coquins, les week-ends en
goguette et le sourire aux lèvres, ces mêmes
lèvres qui, pour elles, ne mentent jamais.
Ou pratiquement jamais.
Quel intérêt ? On prend le meilleur, on
tire la quintessence et après, dehors l’étalon,
le comique, l’homme de compagnie. J’en ai
même rencontrées qui refusaient de dormir,
toute une nuit, avec leur amant… Coucher, oui !
Mais dormir dans les bras l’un de l’autre,
non ! « Le sommeil partagé était
le corps du délit de l’autre », écrit
Milan Kundera dans « L’insoutenable légèreté de
l’être ».
Dormir, se réveiller ensemble, dévoiler
sa tête du matin, échanger l’intimité des
besoins de corps au réveil ne convient pas à tout
le monde. La réalité sans fards, la vérité sans
masques, loin des strass et des paillettes de l’âme,
recèlent trop de désarroi de l’existence
pour être révélées à la
légère. Et puis, l’amour de l’ombre
rime avec mensonge, donc avec secret, donc avec savoir,
donc avec pouvoir. L’impression de maîtriser
ses émotions, de dominer les émotions de
l’autre. Aimer dans l’ombre peut être
jubilatoire.
«
Pas le droit de toucher et pourtant, je touche quand
même ! »…
L’interdit est excitant et la chair aime à être
excitée. La fonction crée l’organe,
a soutenu le biologiste Darwin…
L’interdit soumis au désir a créé la
maîtresse.
Mais toutes les compagnes aux fonctions annexes ne se
contentent pas de servir de béquille à un
couple en mal de plénitude. La plupart ne font
que le supporter en échange de promesses et de
projets de papier. Aimer un homme marié est une
affaire ingrate, un sacerdoce parfois, car la maîtresse,
contrairement à l’épouse, sait bien
qu’elle partage un amour, un corps, une chair,
des rires. Et qu’il lui est difficile de connaître
la part de l’authenticité.
C’est la vie de couple par défaut, par dépit.
Un pied de nez à la solitude en attendant l’élévation
au statut d’épouse officielle. Dans la crainte,
expérience oblige, de la régression vers
un destin conjugal.
Où est la vérité ?
Où se cache cette fichue recette du bonheur ? …
C’est cette quête du bonheur qui nous motive.
A fortiori, cette recherche du bonheur absolu qui passe
par le bonheur familial. Et pour être bien à plusieurs, à deux,
il faut rayonner de ce bonheur individuel qui se répandra,
qui se diffusera comme une lumière, une chaleur.
Après avoir essayé de toucher du sens cette
nouvelle forme d’épanouissement sexuel conjugal
qu’est le libertinage dans « Libertins, libertines
aujourd’hui, qui sont-ils », le besoin s’est
tout naturellement fait ressentir de savoir pourquoi, à l’opposé du
libertinage en couple, l’infidélité conjugale
pouvait se présenter comme une étape vers
le bonheur à deux. Ou bien, simplement, une alternative,
un pis-aller.
Pour tenter de déchiffrer au plus près
la part d’authenticité de l’histoire
humaine, nous avons laissé la parole à ceux
qui vivent l’infidélité au quotidien,
pour des raisons qui leur appartiennent et qu’il
nous appartient de respecter.
Loin des statistiques anonymes, des avis autorisés
et des philosophies élitistes dont il existe déjà bien
des ouvrages renommés à juste titre ou
pas, les rencontres que nous avons effectuées
nous ont livré des témoignages bruts, simples,
réels, authentiques, terriblement et passionnément
humains.
Nous avons d’abord défini une vingtaine
de profils différents et complémentaires
dans leur histoire.
Ensuite, nous avons recherché les histoires correspondantes,
par relation, par bouche-à-oreilles, par proposition
spontanée également. Mais il y a une chose
absolument remarquable. Même si nous savions que
l’exhaustivité de nos profils était
illusoire et arbitraire, je sais une fois de plus que « chacun
est vraiment unique ».
Nous aurions pu récupérer cinq cents témoignages
d’individus ou de couples différents pour
chacun de nos vingt profils, nous aurions obtenu cinq
cents histoires différentes.
Ainsi va la vie.
Ainsi va l’aventure humaine.
Ç a me rassure !
Ç a me repose…
Pourquoi ? Parce que l’aventure humaine n’est
pas une science exacte, n’est peut-être même
pas une science du tout, dans son sens logique, démontrable,
reproductible. L’ethnologie, la sociologie, la
psychologie sont des approches indispensables du fonctionnement
humain. Mais, fort heureusement, je ne te ressemble pas.
Tu ne me ressembles pas. La quête du bonheur est
donc infinie à l’intérieur comme à l’extérieur
de soi-même. Et les combinaisons possibles entre
plusieurs milliards d’unités humaines sont
telles que le bien-être est accessible à chacun
de nous. Le bonheur semble à portée de
cœur. Pour peu que l’on se donne un peu la
peine d’en explorer les mécanismes, sans
jugement, sans a priori, sans sectarisme.
Amants ou maîtresses aujourd’hui, qui sont-ils
?
Sans aucun doute les artificiers du bonheur.
Je m’en vais vous en présenter quelques-uns
et quelques-unes, personnages éternels des plus
belles histoires d’amour, de sexe et surtout de
bonheur cherché…
Et parfois retrouvé !
Florence – Elle comblerait de joie et d’espérances
les libertins du 18ème siècle, cette sulfureuse
Florence. Florence, c’est comme un carnaval d’Italie,
aux couleurs multiples, aux masques jetés à la
face de la vie. Florence caracole avec les fils de sa
destinée. Tantôt Diane chasseresse embusquée
dans les taillis du destin des hommes qu’elle capture,
tantôt tendre poupée enfantine oubliée
dans les méandres de sa propre histoire. Florence
rit pour ne pas pleurer. Florence s’allume pour
mieux dévorer les papillons qui se prennent dans
sa lumière ? Florence aime les hommes, les uns
après les autres, comme pour mieux les appeler
au secours.
Baptistine - Baptistine a dans le cœur bien plus
d’amour que sa tête ne lui montre. Son seigneur
l’a fait souffrir avant de partir courir les gueuses
et se prendre dans les filets de Mélusine. Tant
pis pour lui… Tant mieux pour Baptistine. Elle
a failli sombrer dans les oubliettes de sa propre histoire.
Mais le destin s’est jeté à l’assaut
de ses doutes. Lui a confié que les citadelles
sont d’une autre époque et qu’il n’est
aucune armure invulnérable de l’intérieur.
Après trente ans de combats sans ardeur, Baptistine
reconstruit son bonheur avec le chevalier qui l’attendait.
Cette fois, sans tours, sans détours, sans remparts
et sans faux départ.
Patrice – Il ne le fait pas exprès, Patrice,
de séduire. Il est séduisant et son charme
est là comme si le dieu Eros, en personne, l’avait
déclaré « d’utilité féminine ».
Pourtant, trois femmes, déjà, ont tenté de
le « privatiser ». Mais c’est aller
contre la nature de son destin. Avis à celles
qui s’ennuient, qui prennent un rêve à la
dernière minute ou se décident à lever
le nez de leur routine conjugale. Patrice, c’est
comme une balise de détresse pour naufragée
en réveil. Mais Patrice n’est pas un collectionneur,
n’en déplaise aux apparences et aux usages.
Patrice recueille les fleurs pour son herbier idéal,
dans l’espoir de butiner, un jour, la plante du
bonheur.
Nina – Si elle savait, Nina… Si elle voulait
bien se convaincre qu’elle peut plaire. Pas besoin
d’annonces ou de publicités télévisées.
Nina s’est trompée. Nina a été trompée.
A qui la faute, se demande-t-elle. Comme si apprendre
la vie était une faute. Comme si découvrir
une nouvelle vie lui faisait peur. Ne crains rien, petite
Nina. Les larmes qui coulent de tes yeux sont comme autant
de perles d’huiles essentielles aux engrenages
de ta destinée. Sois belle et tais-toi. Sois belle
et écoute. Prends confiance en toi et regarde
vers l’océan. Les jours prochains sont comme
les vagues du large qui déferlent et ramènent
vers toi le voyageur attendu. Les embruns ont un parfum
différent, ce matin… Le sens-tu ?
Jean-Pierre – Le colosse avait un cœur d’argile.
Tarzan avait séduit sa Jane et lui avait fait
découvrir son monde, de liane en liane. Un monde
de grands, un monde merveilleux fait pour émerveiller
les petites filles. Mais la petite fille a grandi. Jane
s’est essoufflée au sommet des grands arbres.
Jane s’est étouffée au creux de ses
bras virils. Trop virils ! Alors, Jane a quitté la
forêt des grands pour se perdre dans une forêt
enchantée. Jean-Pierre le dit. Tarzan hurle sa
solitude au faîte de sa vie.
Lady Jane – Ces bras trop virils l’étouffaient.
Jane est partie trouver refuge dans d’autres bras
qu’elle croyait féminins. Mais les fées
des forêts enchantées sont parfois farceuses.
Jane aime Tarzan mais Jane rêve des elfes comme
d’autres rêvent d’un ange. Si la vie
tenait en un jour, Jane en serait à son goûter.
Il lui reste du temps, encore mais pas trop, pour jouer
dehors et découvrir de nouveaux jeux. Après,
il faudra rentrer. Mais où ? Le sait-elle ? Le
soir, la forêt fait peur avec toutes ses ombres.
Le cri de solitude de Tarzan l’inquiète
et la rassure en même temps. Mais les elfes sont
si joueurs !
Marc – Il ne laisse pas indifférent, Marc.
Grand, beau, intelligent, amusant et des projets plein
la tête. Il en réalise beaucoup et garde
les autres pour demain. Il en va de même de sa
vie sentimentale. Marc peut tout toucher. Marc a déjà beaucoup
croqué. Une pomme l’attend toujours. Il
lui a laissé un bien beau pépin, un bien
joli bébé. Si, au moins, la pomme n’était
pas empoisonnée. Il ne sait pas. Marc ne sait
plus. Cueillir des fruits à tous les arbres ne
l’amuse plus. Il est des vergers qui ne nourrissent
plus son âme. Marc hésite. Marc grandit.
Ses responsabilités aussi.
Sandrine – Curieuse maîtresse pour drôle
d’école. Sandrine est maîtresse. Son élève
n’est pas sage mais son épouse ne sait pas
qu’il fait des bêtises. Pour le punir, Sandrine
la maîtresse s’est attachée à lui.
Lui se dit heureux de ces liens qu’elle a noués
entre eux deux. Le cœur de Sandrine est attaché à la
vie d’un marin contre vents et marées et
contre ses projets. Mais le marin a signé avec
un autre port d’attache. Alors Sandrine rêve
devant l’horizon de sa vie, parfois lasse de sa
solitude. Elle a assez appris de la vie et des sentiments
qu’elle ne maîtrise pas toujours. Sandrine
quittera-t-elle l’école ?
Marianne – Marianne, c’est Cendrillon au
21ème siècle. Cendrillon s’est émancipée.
Cendrillon a troqué son soulier de vair pour des
talons aiguilles. Elle attend son prince même s’il
ne sera pas aussi charmant qu’elle le veut. Le
prince charmant, Marianne l’a déjà connu.
Il est parti en lui laissant deux petits sujets. Pour
l’instant, son prince par intérim admire
les talons aiguilles qu’il n’a sans doute
pas en son royaume. Car le prince a déjà une
princesse en son château et ce n’est pas
Marianne. Tant pis ! La princesse de crinoline a laissé la
place à la maîtresse. Parce que la princesse
est libertine. Parce qu’entre la mère et
la pute, Marianne crie haut et fort qu’il y a une
femme. Qu’il y a Marianne et les autres.
Willy – Elles ont été des centaines,
dans sa vie… Elles ont été quelques
dizaines à laisser des traces dans son agenda.
Et rares sont celles qui auront marqué son cœur.
Willy est un voyageur. Un voyageur au grand cœur.
Un cœur trop grand pour une histoire d’aujourd’hui,
une histoire de contrat, de mariage, d’obligations
familiales et d’intérêts trop lourds
pour son âme légère. Car Willy a
signé un contrat voici longtemps comme d’autres
se tatouent la peau. Par défi, par ignorance,
par insolence. Depuis, Willy respecte ses engagements.
Son destin est lié. Mais il s’en garde précieusement
l’usufruit. Alors, Willy ne signe plus même
quand il coupe sa vie et son cœur en tranches….
En nombreuses tranches.
Michel – Michel fuit le bonheur de peur qu’il
se sauve. Michel aime l’amour, les femmes et découvrir
la vie. Michel aime aussi sa femme, la mère de
ses enfants, son épouse toujours officielle. Il
a mis son âme en vitrine. Ses yeux le disent. Son
cœur aussi. Et les clientes sont nombreuses au magasin.
Son épouse possède toujours le fonds de
commerce mais ne sait pas que Michel le sous-loue à une
maîtresse « régulière » qui
ne sait pas que les clientes de passage y sont souvent
bien accueillies. Michel est un jongleur, un équilibriste,
une bête de cirque. Il perpétue son numéro
pour ne pas tomber, au clair de la lune qui se lève,
au clair de l’amour qui se profile.
Magdalena – Il y a des météorites
qui traversent la nuit des âmes pour venir s’écraser
dans votre vie. Magdalena pensait son ciel dégagé.
Jusqu’à ce que le destin de son mari lui
explose à la figure. Son mari s’est mis à effeuiller
d’autres fleurs. Magdalena pensait échapper à cette
banalité. Elle pensait échapper tout court à la
banalité conjugale. C’est réussi.
La maîtresse est un maître, derrière
l’amante se cache l’amant. Du coup, Magdalena
reconstruit son univers. Cette fois, la météorite
ne passera plus. Magdalena blinde toutes les issues de
son cœur par peur du choc, par crainte du froid.
Mais l’espoir est têtu. Il a mis le pied
dans la porte que Magdalena n’a pas verrouillée.
Jean-Loup – « L’amour n’a pas
de sexe ! ». Jean-Loup invente des tirades émouvantes
comme il invente sa vie. Il faut dire que Jean-Loup est
un créateur, créer est plus que son métier.
C’est sa nature. Jean-Loup, c’est la vie
en libre-service. Mais son épouse s’était
mise à la diète. Alors, Jean-Loup a mis
du bonheur en rayon et un homme s’y est arrêté,
a consommé et a changé de magasin. Il faut
dire que Jean-Loup propose surtout de l’article
pour homme depuis qu’il a quitté sa femme.
Mais sans exclusivité. Si demain une femme s’arrêtait
devant son étal, Jean-Loup pourrait aussi lui
donner une part de son cœur. Pour l’instant,
Jean-Loup vit avec cet homme qui a, lui aussi, quitté sa
femme, pour prendre cette part de destin que Jean-Loup
avait laissée en vitrine. Jean-Loup est heureux.
Il sait aussi que le bonheur n’a pas de sexe. Et
lui, il a de tout pour deux.
Patricia et Vincent – Les plus belles histoires
sont des histoires simples. Patricia voulait aimer et être
aimée. Mais son mari ne savait pas faire. Vincent
ne voulait plus aimer puisqu’une ingénue
n’avait pas su l’aimer. Une rencontre prédestinée,
deux cœurs qui se jaugent, deux âmes qui jouent à cache-cache
avec le temps et l’émotion remplace cet
air qui leur manque. Patricia se fait amante. Vincent
se fait amant. Les corps se mettent aussi à jouer à cache-cache.
Trop fort, trop vite. Le conjoint de Patricia interrompt
la partie. Il n’y aura plus de cache-cache. Patricia
a fait des nœuds à son passé pour
mieux s’évader. Vincent l’attendait
sur son cheval blanc pour l’entraîner à travers
les buissons d’épines et les autres pièges
de la nature humaine.
Linda et Christophe – Christophe a pour maîtresse
Linda et son épouse le sait. Linda a pour amant
Christophe mais son mari ne sait pas. Linda se faufile
dans sa vie pour jouer les coquines. Christophe et Linda
ont dans leurs jeux le bonheur qu’ils n’ont
pas chez eux. Linda est comme une boule de flipper et
le flipper est sa vie. Christophe aime jouer au flipper
et avec Linda, il gagne la partie à chaque fois.
Alors, il recommence. Tant que Linda fait « tilt ».
Tant que Christophe ne perd pas la boule à trop
jouer. Le bonheur, lui, compte les points. Qui gagnera
?
Christine – Christine s’est mariée
et son mari ne l’a plus touchée. Christine
est partie pour que son corps soit utile. Mais son nouveau
compagnon en a détourné le plaisir. Coups
après coups, Christine a dit non. Alors, elle
a rencontré l’homme de sa vie. Mais l’homme
de sa vie avait plusieurs vies. Christine était
comme un post-it, dans la vie de l’homme de sa
vie. Collée, décollée et recalée
selon les envies, selon les usages. Christine est joueuse
mais pas jouet. Le bonheur s’est joué de
Christine. Le bonheur a triché pour apprendre
la vie à Christine. Mais Christine apprend les
règles.
Antoine – Il est sage, Antoine. Aujourd’hui… Pendant
de longues années, il a voyagé. D’aventures
en aventures, de ports en ports. Tout ça pour
quoi ? Il se le demande parfois. Mais ce qui est fait
! Sans regret et sans remords. Ce n’est pas son
genre, à Antoine. Il assume. C’est la force
de l’âge. C’est la force de la sagesse.
Cette sagesse qui sait qu’il faut que jeunesse
se passe mais que si jeunesse savait… Savait qu’on
est bien chez soi ! Que le mal que l’on fait ne
vaut pas le bien éphémère et égoïste
que l’on trouve… Ailleurs ! Antoine était
un séducteur. Et le bonheur conjugal a fini par
séduire Antoine.
Nadège – Le mari de Nadège était
joueur. Comment ne pas jouer avec le n° 1 au top
50 des fantasmes des hommes, voir sa femme jouer avec
une autre femme ? Nadège l’a fait. Et Nadège
est tombée amoureuse de sa partenaire de jeu.
Tant pis pour le mari. Il s’est retrouvé hors-jeu.
Il a quitté le terrain, a laissé le gazon
béni aux plaisirs saphiques. Nadège a aimé sa
compagne. Mais la compagne est partie, elle aussi. Aujourd’hui,
Nadège guette une nouvelle princesse charmante.
A moins que ce ne soit, de nouveau, un prince. Pour Nadège
non plus, l’amour n’a pas de sexe… Le
bonheur ne s’embarrasse pas d’intendance.
Hélène – Hélène et
son mari se sont mariés. Ils eurent de beaux enfants
et la vie a continué, belle, sans histoires, sans
taches, sans déceptions. Hélène
rêvait d’une belle histoire. La belle histoire
s’est réalisée. Hélène écoute
les autres histoires, celles des autres. Celles des femmes
qui partagent l’amour malgré elles, celles
qui sont partagées entre plusieurs histoires,
celles qui n’ont pas d’histoires. Hélène
regarde passer la vie, l’amour, le sexe du haut
de son bonheur conjugal. Car le bonheur conjugal existe.
Je l’ai rencontré !
Ps : Nos témoins ont recours, pour la plupart, à des
pseudos afin de protéger non seulement leur anonymat
mais surtout celui de leurs proches. Seul Jean-Loup a
tenu à témoigner en son nom véritable.
Jean-Loup exerce à Roanne, dans la Loire. Il a
du talent à rendre belles les femmes.
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