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Amants ou Maîtresses aujourd'hui

Extrait prologue

Etait-ce bien raisonnable ? … Etait-ce bien judicieux de vouloir savoir pourquoi il arrive à certains hommes d’avoir des maîtresses et à certaines femmes d’avoir des amants ? D’autant qu’en soulevant les draps ou qu’en entrouvrant certaines portes de bureau, les choses deviennent parfois encore moins raisonnables !
Savez-vous, ma chère et mon cher, qu’il arrive même, de temps à autre, de constater que la maîtresse n’est pas celle que vous croyez et, quant à l’amant, il affiche une bien drôle proéminence des pectoraux. Autrement dit, les observateurs que nous devenons, constatent de plus en plus que les femmes « s’infidélisent » avec une maîtresse. Tandis que leurs virils maris semblent mieux préférer, l’un dans l’autre, les débats charnels entre hommes. Quelles pagailles conjugales !
Et le couple, dans tout ça !! Car, à priori, quand deux êtres décident de vivre ensemble et de partager leurs nuits et leurs journées, c’est sous le principe de la fidélité des sentiments et du sexe. En tout cas, il en va ainsi sous les cieux de nos sociétés modernes, que l’on soit passé devant Monsieur ou Madame le maire ou pas, qu’on ait juré, craché fidélité devant le délégué du Bon Dieu ou bien encore qu’on se soit chuchoté promesses sur promesses, les yeux dans les yeux pour uniques témoins… Notre bon « Petit Prince » (de Saint-Exupéry… Pour ceux qui se bécotaient sur les bancs de l’école au lieu d’écouter !), ne disait-il pas : «S’aimer, ce n’est pas seulement se regarder les yeux dans les yeux mais regarder ensemble dans la même direction »… Mais de mémoire, il n’a rien dit sur le fait de plonger, furtivement, un œil dans le décolleté de sa voisine ou la braguette de son voisin… A moins qu’au moment du cours, je ne bécotais moi-même ma voisine… Tu parles !
Le chemin de la vie en couple est pavé de bons sentiments. Les époux se doivent assistance et fidélité, c’est la loi divine et la règle républicaine qui le recommandent. Qui l’obligent, même ! Le couple moderne occidental est, et doit être, monogame… Fallait jouer avant ! A fortiori, si vous avez signé le contrat de confiance devant le maire ou le curé, mariage ou Pacs à l’appui. Et ne vous croyez pas absous des consignes si la confiance mutuelle n’est basée que sur votre conscience. L’ordre moral veille.
Pourtant, à l’image du sexe et de l’argent, la fidélité dans la vie de couple monastique reste d’une belle hypocrisie… Peut-être parce que l’infidélité nourrit ses racines à la fois dans le sexe et dans l’argent. Quand le premier motive, l’autre freine. Tout au moins quand le couple s’est construit, au fil du temps, un temple de la matérialité, du solide, du palpable. De ce dont on parlerait devant l’avocat, le juge et tous les arbitres de tout acabit. Le sexe, lui, il s’en fiche. De toute façon, le sexe est tabou. De toute façon, le sexe n’existe pas. C’est un truc de détraqué. Un truc de pervers. Pire ! Un truc d’homme… Certes, j’ai bien entendu parler de quelques femmes qui auraient pour le sexe quelques appétits curieux. A moins que quelques-unes ne s’apparentent à quelques Messaline ou libertines de « chaud-business » !
Mais, la plupart du temps, c’est pour savoir, pour pouvoir en raconter aux copines les méandres et les vicissitudes. Ou bien encore pour, Monsieur l’Abbé, trouver dans la débauche quelques salvatrices absolutions de confessionnal. A défaut d’absolu. « Pardonnez-moi, mon Père… J’ai péché ! – Par où avez-vous péché, ma fille ? – Et bien, mon Père, c’est à dire que j’ai commencé par la bouche, et puis… ! ». Et puis, rien ! Censuré ! Y’aurait-il du mal à se faire du bien ? Assurément… Selon les règles de l’organisation sociale. Selon les règles de notre bonne conscience, quelque peu inspirées des premières. Mais, bon… Quand même ! On n’est pas des sauvages. Est-ce que cela me viendrait à l’esprit, à moi, un être équilibré, intellectuellement développé (forcément, j’écris des livres, hé !) de vouloir butiner d’autres fleurs que celle que j’aime, qui m’aime, alors même qu’on s’est juré fidélité ? Bien sûr que non ! … Bien sûr que non… Que non, que non… Aujourd’hui, non ! Mais au risque que vous refermiez ce bouquin, que vous en volatilisiez les pages sur le bûcher de ma honte, je l’ai déjà fait ! … Si ! … Vous êtes toujours là ? … Bon ! Alors, on a des choses à se dire… En fait, rassurez-vous, c’était dans une autre vie…
Quand j’ai quitté ma première femme pour partir avec la seconde. Et… Quand je me suis séparé de ma seconde compagne pour retrouver Béatrice. Ah ! Béatrice…
Elle fut longue à venir… Je veux dire dans ma vie !
Mais l’attente a valu la peine. Comme quoi, vous allez voir, ce livre et les témoignages qui suivent sont plein d’optimisme. Vous comprenez pourquoi, finalement, de rédiger un livre de témoignages sur les amants et les maîtresses, ce qui pousse les uns dans les bras de l’autre et vice-versa, m’a semblé approprié à ma nature, à mes questions, à mes espoirs… Chacun des témoignages que j’ai eu le bonheur de recueillir a résonné en moi comme un écho à ma vie. Un écho plus ou moins fort, plus ou moins bavard. Tellement chaque histoire, chaque destinée, si différente soit-elle, recèle en elle une part de vérité universelle. Comme si une part de nous-même remplissait une espèce de pot commun de la vie dans lequel, en même temps, nous puisons l’encre qui nous sert à écrire le fameux Grand Livre de notre histoire personnelle. Bien entendu !
Les motivations, me direz-vous, sont quand même différentes. On ne trompe pas toutes et tous, sa femme ou son mari, pour les mêmes raisons.
« Moi, « Meûssieur » l’auteur, si j’ai trompé, c’est par amour. Et l’amour, c’est noble ! Il vous est fort aise de mélanger les torchons et les serviettes ! Chez ces gens-là, « Meûssieur » l’auteur, on trompe pour le sexe… »
Ah !
Et, derrière la plus belle histoire d’amour, ou devrais-je dire en dessous de l’histoire, quelle sorte d’expression physique se réveille toujours ? La plus belle expression d’amour n’est-elle pas de donner à l’autre son corps ? Surtout certaines parties ? … Pour jouer à les emboîter, façon « puzzle » ! Et chacun et chacune sait bien que si les morceaux ne s’accordent pas au diapason du plaisir, l’œuvre finit par être bien triste…
Un morceau qui manque dans un puzzle, ça finit par énerver ! Ça finit par manquer…
On ne voit plus que le vide qui reste et qui demeure et qui emplit tout l’espace… Et quand la pièce « sexe » manque, une part de l’amour se vide et toc ! On trompe pour le sexe… Alors, que se cache-t-il derrière le sexe ? Souvent, toujours, une histoire d’amour. Une histoire d’amour manquée, une histoire d’amour frustrée, une histoire sans désir, un amour sans plaisir.
Vous pouvez l’imaginer facilement, j’avais déjà eu ma part de réflexions sur le pourquoi du couple, sur la finalité de l’amour et sur les réponses du sexe. Deux coups d’essai, ça fait réfléchir ! D’où je viens, où vais-je, dans « quelle étagère » … Bon sang ! Mais qu’ai-je bien pu faire de ce fichu mode d’emploi… Car, forcément… « On » n’a pas pu me débarquer sur Terre sans fiche technique…
Pas au 21ème siècle !
Le bonheur, même à deux, depuis à peu près un million d’années que l’homme existe, accessoirement la femme aussi, ça a du laisser des traces. Il y a bien une recette quelque part ! On a du me la barboter… Remarquez ! Si quelqu’un me l’avait empruntée, ça se saurait… Ça se verrait ! Dans le monde dans lequel on vit, elle aurait déjà été photocopiée puis bradée dans un quelconque vide-grenier de l’amour… Le bonheur, ça ne passe pas inaperçu ! A moins que… A moins qu’elle aussi, elle n’ait été revendue en pièces détachées, façon « puzzle », une fois de plus !
« Bien sûr, « Meûssieur » l’auteur, de notre temps, quand on épousait, on épousait ! Le bonheur ? … Et puis quoi, encore ! Et pourquoi pas les sous, les violons et la soubrette, en plus… Les jeunes, maintenant, ils sont bien difficiles. Surtout les femmes ! C’est que ça veut tout, les femmes d’aujourd’hui. En plus de la machine à laver, le lave-vaisselle et un métier, v’là t-y pas qu’elles voudraient du plaisir, en plus. Et avec leurs fesses ! Comme si une femme avait le temps de penser à ça ! Des dévergondées, j’vous dis… Et voilà le résultat ! Pour un oui ou pour un non, ça divorce, ça se sépare, ça refait sa vie et tant pis pour la famille, tant pis pour les gosses. Ma foi, les hommes, eux, c’est pas pareil ! Toujours en train de penser à la chose… Mais, c’est biologique, comme on dit maintenant… Faut bien que ça s’évacue ! Et puis, un homme, c’est un homme… C’est comme ça ! »
Bon ! Grand’mère… Tu me le repasses, ce clavier ! Après tout, il fallait bien qu’elle donne son avis, la grand’mère puisqu’elle parle au nom des anciennes générations. Des fois qu’elles s’énervent toutes, qu’elles se mobilisent et défilent dans la rue pour faire voter une loi, encore une, afin d’interdire la séparation conjugale, le divorce et l’adultère et faire virer le mot « bonheur » du dictionnaire.
Faut dire !
On peut les en excuser. Une femme, ça fait à peine soixante ans que « ça » vote. Et il y a encore deux cents petites années, « ça » n’avait même pas d’âme ! … Ah ! C’est quand même bon de le rappeler… Et puis, c’est vrai aussi quand ce temps-là, il y avait les guerres. Tous les 25 ans environ, les hommes partaient la fleur au fusil, sûrs et certains que c’était pour la dernière fois, pendant que les épouses, les filles et les mères les remplaçaient dans les usines et aux labeurs des champs. Passaient quelques années, et les guerriers, les pères, les fils, les maris, étaient de retour. Du moins, les plus chanceux, parfois entiers, quelquefois estropiés, de temps à autres déjantés à force d’horreurs et d’absurdités…
Et il fallait tout reconstruire !
Alors, pensez-donc… Le bonheur, dans tout ça, il ne se vendait pas cher sur les étals de l’Histoire. On vivait, on avait du travail, on mangeait enfin à sa faim… L’amour, on l’avait raccroché au clou, avec le fusil. On savait qu’il était là, prêt à servir.
Au cas où !
Mais il était hors de questions de s’en poser, des questions… L’amour, la guerre, ça leur échappait un peu. Normal ! L’amour, comme la guerre, ça ne se commande pas. D’ailleurs, l’un va rarement sans l’autre. On aime ou on tue. Parfois même, on tue parce qu’on aime. Faites l’amour, pas la guerre. Mais eux, ils en revenaient, de la guerre. Il ne fallait plus parler ni de l’un, ni de l’autre. Bien entendu, il y avait bien eu quelques histoires d’amour contre nature. Des femmes avec des guerriers ennemis, des maris prisonniers avec leurs belles geôlières. Mais c’était la guerre. Avec toutes ces horreurs. Maintenant que tout ça, c’était fini, il fallait tout reconstruire. Les maisons, les âmes, les cœurs, les droits et les devoirs. Donc, les femmes aux urnes et les putes sur le trottoir. Marthe Richard fermait les maisons closes ( !!), de quoi y perdre sa syntaxe !
De « burnes » lasses, les hommes allaient devoir rentrer à la maison et se faire à l’idée qu’amour conjugal et sexe, c’était dorénavant même combat. Un coup d’œil vers la remise pour se retrouver consterné devant l’image, formée par l’amour et le fusil, icône archaïque de la virilité masculine.
Aux clous, la virilité !
Tirer un coup devenait blasphématoire devant l’autel de la société bien pensante. Il allait falloir composer, rechercher des consensus. Du coup, suce qui peut ! La révolte n’allait pas tarder à gronder sur les pavés supportant une jeunesse en mal d’espace et de liberté pour s’y retrouver. Les femmes et les hommes ont d’abord fini par se confondre, mode unisexe et liberté sexuelle en appui. Et de ce brassage des sexes, de ces partouzes des âmes soixante-huitardes, de cet immense alambic humain, se sont distillés la femme, l’homme et le couple d’aujourd’hui. Le sexe, l’amour et le bonheur font maintenant cause commune. Accordez-vous, manants du paradis, amants du bonheur… Ces trois farceurs ne vous feront aucune concession.
Vous voulez être heureux, tout avoir en même temps, au même endroit ? Le sexe, l’amour et le bonheur ! L’amour et le fusil sont toujours au même clou. Prêt à s’unir pour conquérir le bonheur. Oh ! Rassurez-vous… Le fusil a su changer de figure. Il s’est civilisé, lui-aussi ! Il s’est même parfois transformé en mots, de ceux qu font bien mal quand on les reçoit en pleine certitude, en plein cœur, en pleine âme, parfois en plein ventre. Et ça tortille, ça provoque des ulcères, ça grossit le cœur, ça fend l’âme. L’amour le sait bien… Depuis un demi-siècle qu’il s’est monté en ménage avec le fusil, l’amour a bien su façonner le fusil à son dessein, à son destin. Lui donner sa vraie dimension. L’amour n’a qu’un seul objectif : le bonheur. Qu’importe les moyens…
L’amour est quand même un mot magique, un mot farceur, un mot qui en dit trop sur ses intentions. Tout seul, il est masculin. A plusieurs, il devient féminin… Un amour certain, des amours incertaines ! … Mais non, mesdames, ne fermez pas ce livre… Je blague, je « galèje », j’ironise. Les femmes n’ont pas l’apanage des incertitudes de l’amour. Loin de moi l’idée, même éphémère, d’un quelconque clivage homme / femme dans la recherche du bonheur conjugal… D’ailleurs, le bonheur conjugal ne serait-il pas plus simple sans les vicissitudes de l’amour ? Sans sa manifestation physique qu’est le plaisir et le sexe ? Oh ! Je les vois bien, m’observer de là-haut, les trois savants… Freud, Jung et Lacan interrompant leurs débats subliminaux pour s’arracher l’analyse de mes digressions, dans l’attente de la prochaine (et très lointaine) ascension de mon âme au paradis des subconsciences. Non ! Pitié ! Laissez-moi ma naïveté, mes espérances et mes délires… Ce sont mes armes à moi pour la quête du bonheur.
Et comme je l’ai trouvé, à force de combat, à force de foi en la beauté des âmes, à force de lucidité en la laideur des inconsciences, à force d’avoir appris à tricher pour prévenir les tricheries…
Et comme je l’ai trouvé, ce bonheur, j’avais le devoir d’en explorer les accès. L’amour, le destin, les blessures, le désir, le plaisir, qui se réveillent sont autant de symptômes du réveil de cette part de bonheur qui sommeille en soi. Une femme qui aime est belle. Un homme qui aime est beau. Et un être qui aime est forcément un être aimé. Pas toujours ? Et bien, si ! Aimé par la vie, par la vie qui se révolte et qui secoue.
« Hé ! Réveille-toi ! … Moi, la Vie, je t’aime et je veux ton bonheur. Aime ! Aime encore… Toujours, tous jours, toutes nuits… Tu aimes l’autre et, à travers lui ou elle, c’est moi que tu aimes et moi, je t’aime ! Mais je ne m’incarnerai qu’en celle ou celui qui te mérite. Parce que je veux ton bonheur ! ».
Mais il est où, ce fichu bonheur ? Dans la tromperie, dans la duperie, dans la tricherie ?? Facile, la Vie ! … Facile, l’auteur ! … Facile, les leçons ! …
Cela en fait, des tranches de bonheur à recoller. Ça en fait des tranches de vie à réconcilier. Car enfin… Il y a celle ou celui qui trompe, celle ou celui qui fait tromper et celle ou celui qui est trompé(e) ! Avec une parenthèse au « e »… Comme on peut mettre une part du bonheur de l’autre ou du sien entre parenthèses… Pour rechercher son bonheur total. Pour recoller les morceaux d’un bonheur en morceaux. Le totalitarisme du bonheur existe… Je l’ai rencontré, je l’ai subi. Et le meilleur de l’histoire, c’est qu’il me rend heureux ! Et j’ai aussi rencontré des gens heureux. Pourtant infidèles pour les uns, trompés pour les autres, remplaçants pour les troisièmes rôles.
Je les ai côtoyés, les infidèles. Facile, j’ai été des leurs… Certains et surtout certaines m’ont même reconnu. Au coup d’œil, aux coups de la vie. Ce ne sont pas les plus heureux ! Ils courbent l’âme, malgré eux. Le poids de la culpabilité ? Ils s’en défendent… Puis se résignent ! Infidèle, c’est le rôle du méchant dans le film « La société et moi ». Les rôles ne vont pas à tout le monde. Il faut avoir la gueule de l’emploi ! Il faut avoir l’assurance de l’emploi… Pensez ! Tout se ligue contre eux. La loi, la foi, la morale, le respect des serments, les regards et leur propre conscience, parfois ! La loi l’interdit, la foi le bannit, la morale le réprouve, le respect des serments le condamne, les regards accusent et quant à la conscience, elle finit toujours par ronger. C’est une question de temps. Une question de moment.
Tant pis pour eux, diront les bienheureux qui s’en croient à l’abri.
Tant pis pour eux, diront les malheureux qui en souffrent, en ont souffert ou ont peur d’en souffrir.
Après tout, ils ont signé, ils ont promis, ils ont rêvé… C’est pour le meilleur et pour le pire ! C’est écrit… Tous les bons films le racontent. Ils se marièrent et ils eurent de beaux enfants. Générique de fin, distribution et le mot « fin », en grand sur l’écran. Oui, mais c’est du cinéma. C’est pourtant après le mot « fin » que tout commence. Pour sûr, les enfants sont beaux… Les parents l’étaient, aussi. L’emballage avait de l’effet, tout en couleur, tout en promesses, tout en espérances… Manque juste la date de péremption, les limites de la garantie et l’adresse du service consommateur pour les réclamations. Pourtant, à force d’expériences et d’héritage culturel, on devrait apprendre à se méfier. « Mon fils, si tu veux savoir comment va devenir ta femme, regarde ta belle-mère ! », recommande le papa qui, lui, n’avait suivi aucun conseil. « Ma fille, tu sais, les hommes sont tous les mêmes ! Tu leur fais bien à manger et au moins, tu es sûre qu’ils rentreront à la maison. N’en attends pas plus. Un homme, c’est un homme ! », chuchote la maman, retranchée derrière trente années de certitudes… Trente ans de bonheur par procuration…
Celle des romans-photos et des niaiseries télévisées américaines.
Du bonheur en pop-corn, qu’on commence par chauffer, qui frétille, fait un peu de bruit, se tasse enfin en paquet et puis finit par s’avaler par bouchées insipides, poignées de grains après poignées de grains, devant le feuilleton tout aussi insipide de sa vie.
Vision simpliste et pessimiste ?
Caricaturale, tout au plus. Seulement, voilà ! Finies, les guerres et les angoisses de l’horreur. On est au 21ème siècle ! Tout le monde mange à sa fin, ou presque. Tout le monde a un toit, ou presque. Tout le monde s’informe, ou presque. L’esprit s’est élevé, enfin, au-dessus du bruit des canons et du martèlement des bottes. Le corps s’est affranchi, enfin, des angoisses primaires du lendemain. L’intellect, lui, commence à savoir ce qu’est le savoir. L’intellect sait, maintenant, que la recette du bonheur ne se résume pas en un texte de loi, en une profession de foi ou encore en un vœu, une promesse d’enfant de vingt ans jetée en offrande à celle ou celui qu’on aime. L’âme du 21ème siècle a des avantages. Elle peut se pencher sur elle-même, tranquillement, sereinement.
Oh ! Pas s’apitoyer, non !
On est des grands, des adultes, des gens responsables. L’âme des enfants de vingt, de trente, de quarante ou de cinquante ans peut, aujourd’hui, mâcher sa vie. Plus besoin de l’avaler trop vite, trop fort, trop mal, de peur d’être obligé de la recracher. Alors, c’était à prévoir, plus on mâche et plus on ressent les saveurs. On devient, disent les anciens, difficiles. De leur temps, ils mangeaient tout… Tout ce qu’on leur donnait. Quand on a faim ! Les jeunes du 21ème siècle découvrent les saveurs, jouent avec celles qu’ils aiment. Se mettent à rêver à des petits plats emplis uniquement des mets qu’ils aiment, qui les rendent heureux, qu’ils aiment concocter avec amour, avec délice, comme un point d’orgue.
Tiens ! Amour, délice et orgue…
Les trois seuls noms communs de notre langue qui s’accordent au masculin quand ils sont seuls et au féminin quand ils sont pluriels ! Un amour routinier, un délice défunt, la note d’un orgue ancien et… Des amours aventureuses, des délices opportunes et une note d’orgues nouvelles. Ah ! Cet auteur… Intello, lettré, expérimenté…
Manquerait plus qu’il soit beau, riche, intelligent et libre !
Oui, mais voilà, je suis la preuve formelle et vivante qu’à force de réfléchir, d’exiger et de rechercher, la dulcinée pointe son nez… « Alors, qu’on le mette sous globe, qu’on le clone, qu’on le reproduise, qu’on l’expérimente ! »… C’est bien par crainte qu’un échevelé de laboratoire ne me kidnappe pour me disséquer sous verre, que je livre cet ouvrage !
Voici donc l’âme du 21ème siècle qui devient davantage gourmet que gourmande (On notera là aussi que gourmand dispose du féminin « gourmande » bien utilisé mais que gourmet reste le monopole du masculin !). Après le droit à la liberté et le droit à l’égalité, nous voici parvenus à l’ère du droit au bonheur.
Mais voilà ! Quand on a décidé de partager sa vie avec l’être de son choix, et même si on l’a choisi pour vous, il va de soi que le bonheur peut difficilement être égoïste. En couple, le bonheur se conjugue à deux. Au moins ! Si on compte les enfants. Le mot « fin » inscrit au générique, le rideau tiré, les spectateurs partis, la vie à deux commence. Deux êtres qui se découvrent eux-mêmes, découvrent l’autre et apprennent à écrire leur vie sur les tables du temps.
Et le temps passe…
Et le temps repasse…
C’est fou comme le temps passe… A chaque passage, il sème un peu plus de routine, d’ennui. La télé remplace les galipettes, les soucis du quotidien gomment les sourires, la télécommande des espoirs déçus zappe en baillant sur les rêves d’hier, leur enlève le masque de l’illusion pour les ranger au rayon des souvenirs d’enfant. Mais l’âme d’enfant veille, se réveille et se révolte. Le cher petit ange qui sommeille en nous se fait démon. Démon pour surgir au milieu de la vie… Au midi de la vie.
Le fieffé farceur de démon de midi !
Vous en avez bien entendu parler ? Tout est de sa faute… Paraît-il !
Les hommes, surtout, le connaissent bien depuis longtemps. Pour eux, c’est comme une sorte d’ami qui surgit, presque à l’improviste, sans même avoir été invité. Certains l’attendent, d’autres le redoutent. Mais rien n’y fait. C’est un peu comme la mort. On sait qu’elle va venir, qu’on ne pourra pas y échapper. Alors, on s’y fait. D’autant que tout le monde en parle. Ah ! Il sait y faire, ce petit démon. Il a presque su se faire apprivoiser par la famille. « Dis-donc, chéri ! Dans un an, tu fêtes tes quarante ans… Bientôt le démon de midi ! ».
Et pan !
Ç a sonne comme une fatalité. L’autre lance ça à la cantonade, comme pour conjurer le sort. Seulement, voilà. Le démon n’attend pas seulement son heure, en roupillant sous l’horloge du temps. Il guette le meilleur moment et peu importe qu’il soit quarante ans, ou trente, ou cinquante. Quand le client est prêt, le marchand de poil à gratter se montre. C’est que le bonheur, c’est comme l’inspiration. Plus ça manque, plus ça gratte. La tête, les couilles… Les femmes se croyaient à l’abri. A l’abri du bonheur. Seulement, la femme du 21ème siècle compte maintenant une génération de liberté, d’égalité, de libido retrouvée, de neurones émancipés.
C’est qu’on lui en a tartiné, de la culpabilité, de la responsabilité, à notre moitié féminine.
Et pas qu’à moitié !
La religion, l’ordre social, l’organisation familiale, l’atavisme masculin et le complexe de l’homme devant tant de capacité à jouir ! Mais la mode est à « l’allégé » ! Alors, les tartines se sont allégées. Jusqu’à devenir d’une insoutenable légèreté comme l’a si bien décrit Milan Kundera dans son livre : « L’insoutenable légèreté de l’être ». Ce qui devait arriver arrive… Foi de séducteurs qui, de concert, le soutiennent dans les témoignages qui suivent : c’est entre trente-cinq et quarante ans que le démon de midi braconne nos femmes, nos mères, nos épouses… Comment ? Nos femmes, les mères de nos enfants… Des putes ? Impossible… Les putes, ou les salopes dans la version bénévolat, je les connais. Tous les hommes les connaissent ! Ce sont celles qui veulent bien, qui acceptent pour moi ce qu’elles refusent à leur mari. Qui acceptent ce que jamais ma femme, mon épouse, la mère de mes petits, n’accepterait. D’ailleurs, lui ai-je même demandé ? …
« Oui, mais, entre la mère et la pute, il y a aussi une femme ! »….
Et, re « !!! »… Cette sentence, qui frappe comme une supplique au fronton de l’impérialisme machiste, elle n’est pas de moi, humble auteur. Elle vient de Marianne, maîtresse par amour, amante par dépit, dans son émouvant témoignage. C’est beau, n’est-ce pas ? C’est réel, c’est la vie, c’est un cri de révolte au nom de toutes les femmes hurlant sur les bûchers de l’Histoire écrite par des hommes.
C’est le cri de ralliement des croisades du 21ème siècle, pour le bonheur d’être une femme, le bonheur d’aimer et de se faire aimer, le bonheur de vivre et de mourir d’amour.
Homme, il sera temps de fermer les yeux quand tu seras mort.
Ouvres-les à la vie, à l’amour, au bonheur.
Sainte Madeleine, Sainte Jeanne, Sainte Claire, Aphrodite, Vénus, Frida, Marie, Blanche-Neige, la Belle au Bois Dormant, Angélique, Brigitte, Mylène et vous toutes, ralliez à votre combat ces hommes qui vous aiment d’amour, vous trompent par dépit, vous collectionnent par crainte de la solitude, vous craignent par rédemption, vous cherchent à tous les vents par idéal, vous attendent pour exister.
Quand même ! On est bien fait pour nous entendre. Mais pour s’entendre, encore faut-il se le dire. L’un des fléaux du couple…
L’Attila du bonheur !
Là où le silence passe, le bonheur trépasse.
Ne plus parler, n’avoir plus rien à se dire… Chaque moment de silence, chaque non-dit est comme une pierre qui tombe, un mur de la maison du bonheur qui finit par s’affaisser. On le sait tous. Se taire quand il faudrait dire que quelque chose manque. Que quelque chose cloche. Fermer ses oreilles quand la question, quand le reproche résonne au beffroi de son orgueil. Les silences succèdent aux croches et aux accroches. Les silences envahissent l’envie qui s’essouffle, jusqu’à rendre monocorde et monotone, la musique de la vie conjugale.
Clac ! L’orchestre s’est endormi.
On n’a plus grand’ chose à se dire, on n’a plus grand’ chose à se faire… Plus de questions, point de réponse. Mes fantasmes sont pour moi, la fantaisie est ailleurs. Par pudeur, par amour, par jeu… On va toujours voir ailleurs par amour. Amour de l’autre, pour ne pas le blesser. Amour des autres, pour un rêve partagé. Amour de soi, pour ne pas s’oublier, pour ne pas se noyer.
Quand le couple fait naufrage, le premier qui jette un canot à la mer espère rapporter le salut, de nouveaux horizons, une part de bonheur à distribuer. Bien sûr, il y a les sirènes, les requins et les « requines », les récifs et les écueils…
Et puis, parfois, l’océan est grand, on croise un autre naufragé, une autre naufragée…
Et on oublie son propre naufrage, on refait surface à deux…
L’autre reste en radeau, ballotté par les flots du destin qui, souvent, lui jettera quelque amarre tenue par un beau capitaine ou une jolie pirate…
Tiens ! Quel drôle de nom pour un bateau : « Bonheur » !
Et un bateau de toute évidence insubmersible… Ah ! Les voies du bonheur sont impénétrables…
Qu’il se dise séducteur, joueur, amoureux transi ou traversé par une mystique quête du bonheur, l’être qui trompe est souvent un être qui dissimule sa souffrance derrière le masque de la joie ou de la frime. L’accomplissement du bonheur du couple semble passer par l’épanouissement du bonheur individuel… Un amant, une maîtresse apporte souvent et malgré eux du bonheur dans le couple. Réveille des désirs endormis, ressuscite des joies éteintes. Certaines femmes, certains maris, ne s’y trompent pas et ferment les yeux quand l’autre comble ses soifs en s’abreuvant à d’autres sources…
On dit souvent que le sexe est une des principales causes d’adultère. Comment pourrait-il en être autrement ? Vous le lirez dans les témoignages qui suivent. Quand l’entente intellectuelle devient le seul ciment entre le mari et l’épouse, entre la compagne et le compagnon, le couple conjugal se transmute en couple fraternel. Non pas que la relation de frère et sœur soit désagréable. Certes, non ! Mais elle suffit rarement aux deux protagonistes en même temps. Le ciment, c’est bien… Mais à condition que le couple puisse danser, rire et chanter dessus.
On le sait, la routine, les bigoudis, les crampons sur la table du salon, les slips kangourou et le désintérêt de l’autre sont autant de « tue-l’amour ». Au fil des ans, les personnalités se forgent, les défauts s’accentuent et les regards ne portent plus vers la même direction. Plus d’envie dans la tête, plus d’envie dans le corps et la passion s’éteint.
On oublie d’en parler, on n’ose pas se rebeller, on a peur d’imposer, on craint de choquer et le temps passe… Encore !
Et puis on tremble de ne plus plaire, et puis on rêve de toujours séduire, et puis quand vient la tentation, on finit par lui sourire, parce l’autre s’est endormi, parce que l’autre ne lève plus les yeux. Et de ce mal-être surgit l’être tout entier, tout à soi… On trompe alors pour exister, pour survivre, pour refuser, pour renaître, pour anticiper… Et l’être apparaît alors, sort de sa coquille, surprenant, déconcertant, terriblement humain ! Comédien, tragédien, par amour, par jeu… A qui la faute ? Où est la faute ?
Oui, moi, l’auteur, j’ai trompé.
Je me suis aussi trompé !
Trompé d’histoire, trompé de jeu, trompé de femmes…
J’ai aimé, elles m’ont aimé.
Aimer peut-il d’ailleurs se conjuguer au passé ? J’ai d’abord vu l’horizon se lever à quatre yeux mais la chair n’y était pas… J’ai ensuite connu la chair mais l’horizon n’y était pas.
A chaque fois, j’ai pourtant fouillé pour chercher ce qui me manquait. J’ai fouillé à en inventer des vestiges. J’ai creusé à en faire mal. A chaque fois, j’ai cherché chez d’autres ce que je ne pouvais pas trouver chez moi. Oh ! Bien sûr… J’ai toujours privilégié la qualité à la quantité, l’esthétique du geste plutôt que la balistique. Je me suis toujours économisé en attendant ma Princesse Charmante…
Charmeur, oui ! Séducteur, non !
Et puis, voilà…
De vestiges en vestiges, d’explorations en explorations, on finit surtout par se dépouiller de soi-même, par découvrir sa vraie nature, par mettre des formes, des mots, sur ses besoins essentiels. Se façonner sa Vénus, se l’imaginer, la rêver.
Je l’ai rêvée, ses parents l’ont faite.
Merci Josette, merci Raymond.
Ç a, c’est du marketing ciblé ! Pile, poil à ma mesure… Et moi à la sienne, à l’écouter. Et je veux bien la croire, depuis le temps que je l’attendais. Mais attention ! Pour cette troisième et dernière tentative, exit le hasard. J’avais mon célèbre « cahier des charges »… Une colonne pour ce que je veux impérativement, une colonne pour ce que je n’accepterai jamais et une colonne pour les « peut-être » ! La seule sur laquelle j’accepte, moi, de « concessionner », de tolérer, de « consensusser »…
Et Elle ? Et Béatrice ? Idem !
On discute, on négocie, on tergiverse, on exige et on s’exprime. Parfois, on regarde la télé pour éviter d’engager une conversation et se coucher avant une heure du matin ! …Si ! Le samedi matin, on est content de se lever parce qu’on sait que le soir, c’est « samedi soir » ! Et que là-aussi, ça marche à merveille. Les autres jours aussi, d’ailleurs ! Le bonheur au quotidien, quoi… Mais pour y parvenir, il a fallu chercher, trouver, chercher encore… Se faire mal, faire mal. C’est ce qui fait le plus de mal.
Car il y a l’autre, bien sûr…
Ou les autres.
Celles et ceux qui subissent. Celles et ceux qui ont labouré avec vous une partie de votre vie, sans se douter que vous creusiez ensemble les sillons du destin conjugal. On sèmerait donc pour qu’un ou une autre récolte à notre place? Ô rage, Ô frustration ! Ma mère m’avait pourtant prévenu… J’y croyais pourtant, à l’homme idéal, à la femme idéale. Je n’avais pas de chance aux jeux. Alors, il me semblait que je pouvais bien en avoir en amour. Mais non ! L’accident, ça n’arrive pas qu’aux autres. Cela dit, qu’avais-je fait pour l’éviter ? Et puis, pouvais-je vraiment l’éviter…
Histoire d’amour, histoire de cul, histoire d’un jour, histoire d’une vie…
Histoire de cul !
Ç a passe mieux quand c’est vulgaire. Ça passe plus vite quand c’est salace. Je n’y peux rien. C’est sa faute à lui, à elle, à l’autre. Je sais bien que ce n’est pas vrai. A force d’en rire, à force d’en pleurer, les larmes ont dissout ce fichu orgueil, ma dernière carapace.
Les femmes pardonnent, les femmes excusent. Finalement, après la période de l’incrédulité, vient celle de la fierté, sous les masques de la compréhension. Puis, suivent les moments de colère, de rejets et de tentatives de combat, juste avant ceux de la résignation. Quelques instants d’abattement précèdent quelques jours de dépression. Enfin, l’analyse survient, avec la compréhension, le pardon… Pour tout dire, quelques relents de culpabilité. Les femmes ont cette vertu magique et incompréhensible pour nous, les hommes, de comprendre. De nous comprendre, nous, les hommes…
Nous, ces pauvres choses, leurs pauvres gamins !
Quelle compassion… Quelle condescendance… Et ce comportement est quasiment récurrent chez nos épouses, nos compagnes. Même quand monsieur quitte femme et enfants pour partir vivre avec… Un homme ! Je dirais même « surtout » si monsieur joue au « croque-monsieur » ! Comme si, là, évidemment, la concurrence n’existait plus. L’homosexualité, c’est hors concours.
Il n’y a pas à chercher ce que l’autre, l’infâme maîtresse qui a maîtrisé ce pauvre homme, a de plus que soi…
Ou de moins…
Plus belle, moins grosse, plus sexe, moins gourde, plus disponible, moins timorée…
Ou bien, tout simplement, n’est-elle que quelqu’un d’autre ? Et puis, ma foi, un homme avec un autre homme, ça fait presque tendance, un brin intello ! D’autant que ce petit côté féminin que l’on avait pourtant détecté, c’est finalement ce qui nous plaisait en lui. Tant pis ! On finira copines… Alors que lorsque l’histoire reste bêtement traditionnelle, avec une femme de toute façon plus jeune, comme ravisseuse, ça agace.
Ç a remet en question.
Ç a oblige à revoir sa copie, sa ligne de conduite, sa ligne de vêtements, de sous-vêtements…
Après sa complainte de la femme trompée qui sombre dans la banalité la plus consternante du 21ème siècle, la femme ressuscitée en arrive aussi parfois à la conclusion que « femme trompée, femme sauvée ». Un vrai proverbe ! Mais aussi et surtout un véritable sursaut d’optimisme. Une femme peut donc avoir été trompée, s’être persuadée que « plus jamais on ne l’y reprendra » et puis voir venir le prince charmant, le vrai celui-là ! Et recommencer une nouvelle vie, avec un nouvel et authentique bonheur…
Mais elles ne choisissent pas toutes de tout recommencer. Certaines préfèrent, et de loin, fermer les yeux. Ou les baisser… Par peur de la solitude, par crainte d’abandon matériel, par souci du « socialement correct ». Après tout, vaut mieux pour celles-ci, que le couple avance sur une patte, trébuche de temps à autre, quitte à piétiner souvent.
Les hommes, je dois bien l’avouer, sont peut-être moins bons joueurs ! Peut-être à cause de ce légendaire orgueil masculin, mal placé paraît-il… Forcément, l’épouse ou la compagne adultère ne sait pas ce qu’elle fait.
Aller voir ailleurs ! …
Pour voir quoi de mieux ?
Elle reviendra, c’est sûr… Et puis, si elle ne revient pas, il y en a tellement d’autres en liste d’attente, à en croire les copains. Bien sûr, il y aura quelques moments de déprime. Mais un homme, c’est un homme et un homme, ça ne pleure pas. En tout cas, pas devant les autres. Parfois devant un bon verre, peut-être même deux ou trois, mais jamais devant les copains. Ou si rarement.
L’orgueil, ça se respecte.
Un homme, ça se console.
Une de perdue, dix de retrouvées. Ça aussi, les copains le savent bien. Le pire, c’est qu’ils n’ont pas tout à fait tort ! Il paraît qu’il y aurait plus de femmes seules que d’hommes seuls, sur le marché. Surtout quand on tape autour de la quarantaine. A cet âge-là, elles ont besoin de solide, de rationnel… D’une épaule sur laquelle se reposer, avec un bon métier bien stable qui préserve des aléas de la vie. Pas comme cette femme qui les a trompés, ingrate… Tout ça parce qu’elles en avaient assez de ne plus être remarquées, de ne plus être certaines de plaire… Parce qu’une femme a besoin de rêves, d’histoires de chevalier au grand cœur, de dîner aux chandelles, qu’on lui souhaite sa fête, qu’on lui conte et raconte encore et encore des vantardises dont elle ne sera pas dupe.
Mais tant pis.
Qu’importe la « tchatche » pourvu que l’histoire soit belle et rappelle une jeunesse qui s’éloigne.
Et puis, en filigrane du roman, il y a aussi le sexe. Celui qui sent meilleur ailleurs mais ça, orgueil oblige, l’homme trompé, la bête blessée, ne veut pas savoir. Parce que savoir, ça fait mal.
Ç a renvoie à des images…
Ç a met en scène des positions…
Le sexe est vulgaire dans les bras des autres ! Et puis, une mère, celle de ses propres enfants… ! A moins que l’histoire soit noble. L’histoire d’amour, c’est l’amour courtois du Moyen-âge. L’amant n’est qu’un troubadour, un poète ! L’amour est au-dessus de tout, une citadelle imprenable. L’amour est pardonnable. L’amour, c’est comme une maladie. Ça s’attrape. On ne choisit pas… Mais le sexe ! « Ma femme dans une histoire de sexe ? Sans moi ? Mais le sexe, c’est une histoire d’hommes, de paillards. Certes, tout le monde en parle… Les femmes ne sont pas les dernières. Elles ne disent rien, mais…. Mais pas la mienne. Moi avec qui elle n’a jamais voulu se lâcher, monter à l’abordage de ses fantasmes et surtout des miens ! »
Etre un homme au 21ème siècle est une tâche difficile à assumer. Les femmes sont libres et de libres à libertines, il n’est que quelques verrous à faire sauter. Certaines possèdent même des passe-partout ! Et quand les verrous sautent, les portes de l’insoutenable légèreté de l’être claquent aux vents des légendes. De cette légende de cette femme partie vivre avec sa maîtresse, celle-là même que le mari avait poussé dans le lit conjugal afin de réaliser le fantasme numéro un au top 50 des fantasmes des hommes… Voir sa femme s’amuser avec une autre femme !
Tout cela ne serait que terrain de jeux pour grands et manège du destin s’il n’y avait les enfants, terribles jouets des farces de la vie conjugale. Ils ne sont parfois que prétexte ou bien raison légitime au regard des infidèles pour justifier leur double vie. La raison à la maison, les galipettes à la sauvette et le cœur au petit bonheur ! Et qui c’est qui s’y colle pour les galipettes à la sauvette ? La maîtresse… Ou l’amant ! Un statut bien à part dans notre société. Un statut sans droit, sans reconnaissance jusqu’à ce que la génétique ne relève d’éventuelles empreintes sur une descendance « naturelle ».
Le progrès technologique à la rescousse de la morale.
La langue française est curieuse. Curieuse par le reflet qu’elle donne de la bonne morale de notre société. L’homme qui aime en dehors du système conjugal est un « amant ». Un amant, ça aime… C’est même fait pour ça. Pour la meilleure part de l’histoire. La femme impliquée dans une aventure extraconjugale est une maîtresse.
Le pauvre homme ! Il a une maîtresse… Qui le maîtrise certainement par les griffes de son infâme et torride charme. La maîtresse n’est pas amante. Elle est au-dessus ou plutôt, en dessous de ça. L’amour est égal, l’amour est partagé dans sa volonté et dans son acte. La maîtrise est unique responsable. La maîtrise libère le maîtrisé de sa responsabilité…
Vilaine maîtresse qui ravit l’homme, dans tous les sens du terme !
Ah ! Cette langue française…
Cette « latinus linguae » élaborée et transmise par les hommes. Outre créée par le Créateur pour le plaisir des sens, la langue serait donc vraiment une histoire d’homme !
Amant ou maîtresse… Deux appellations d’origine bien contrôlée pour une même pratique. Sous d’autres cieux, sous d’autres dieux, on appelle concubine une maîtresse. Sous notre ciel, la concubine est une épouse en « CDD », en contrat à durée déterminée. C’est une fonction qui ne supporte pas le cumul. En tout cas pas avec celle d’épouse. Epouse ou concubine, il faut choisir. Le statut de maîtresse, lui, se cumule forcément. Soit avec celui d’épouse qui fricote avec un amant. Soit avec celui de mari, que la maîtresse a détourné de son devoir de monogamie. Il en va de même pour la fonction d’amant. Enfin, à peu près ! Car les hommes restent malgré tout de savants cumulards, alternant brillamment les rôles de maris et d’amants.
Rarement de célibataires et d’amants…
Je veux dire d’amants réguliers de femmes mariées.
Un état beaucoup plus courant, visiblement, chez les femmes. Drôle de statut, inscrit dans aucun texte, admis seulement sous le manteau. L’Histoire, la grande, a plus aisément retenu les petites histoires d’hommes célèbres avec leurs maîtresses que d’épisodes d’amants de femmes célèbres…
Il faut dire aussi que l’Histoire a affiché moins de femmes célèbres que d’hommes.
Ostracisme masculin, quand tu tiens la plume et la bourse !
Manifestement, certaines maîtresses s’arrangent plus ou moins bien de leur statut de l’ombre. Certaines le recherchent, d’autres le déplorent et d’autres encore l’acceptent comme une solution intermédiaire… Une solution d’attente dans l’espoir que le mari infidèle quitte l’épouse officielle. Après tout, le statut de maîtresse semblerait se satisfaire de quelques avantages non négligeables dont celui, qui pourrait faire rêver d’autres femmes, de ne vivre que le meilleur de la vie de couple. Pour n’en laisser que les aspects les moins agréables aux « épouses-mères-femmes-de-ménage-infirmières-gestionnaires-punchingball » !
Et ça, peu de maîtresses voudraient échanger leur rôle.
Le meilleur à les entendre.
A elles les bouquets de fleurs, le chevalier toujours en forme, les emplois du temps dégagés pour les après-midi coquins, les week-ends en goguette et le sourire aux lèvres, ces mêmes lèvres qui, pour elles, ne mentent jamais.
Ou pratiquement jamais.
Quel intérêt ? On prend le meilleur, on tire la quintessence et après, dehors l’étalon, le comique, l’homme de compagnie. J’en ai même rencontrées qui refusaient de dormir, toute une nuit, avec leur amant… Coucher, oui ! Mais dormir dans les bras l’un de l’autre, non ! « Le sommeil partagé était le corps du délit de l’autre », écrit Milan Kundera dans « L’insoutenable légèreté de l’être ».
Dormir, se réveiller ensemble, dévoiler sa tête du matin, échanger l’intimité des besoins de corps au réveil ne convient pas à tout le monde. La réalité sans fards, la vérité sans masques, loin des strass et des paillettes de l’âme, recèlent trop de désarroi de l’existence pour être révélées à la légère. Et puis, l’amour de l’ombre rime avec mensonge, donc avec secret, donc avec savoir, donc avec pouvoir. L’impression de maîtriser ses émotions, de dominer les émotions de l’autre. Aimer dans l’ombre peut être jubilatoire.
« Pas le droit de toucher et pourtant, je touche quand même ! »…
L’interdit est excitant et la chair aime à être excitée. La fonction crée l’organe, a soutenu le biologiste Darwin…
L’interdit soumis au désir a créé la maîtresse.
Mais toutes les compagnes aux fonctions annexes ne se contentent pas de servir de béquille à un couple en mal de plénitude. La plupart ne font que le supporter en échange de promesses et de projets de papier. Aimer un homme marié est une affaire ingrate, un sacerdoce parfois, car la maîtresse, contrairement à l’épouse, sait bien qu’elle partage un amour, un corps, une chair, des rires. Et qu’il lui est difficile de connaître la part de l’authenticité.
C’est la vie de couple par défaut, par dépit.
Un pied de nez à la solitude en attendant l’élévation au statut d’épouse officielle. Dans la crainte, expérience oblige, de la régression vers un destin conjugal.
Où est la vérité ?
Où se cache cette fichue recette du bonheur ? …
C’est cette quête du bonheur qui nous motive. A fortiori, cette recherche du bonheur absolu qui passe par le bonheur familial. Et pour être bien à plusieurs, à deux, il faut rayonner de ce bonheur individuel qui se répandra, qui se diffusera comme une lumière, une chaleur.
Après avoir essayé de toucher du sens cette nouvelle forme d’épanouissement sexuel conjugal qu’est le libertinage dans « Libertins, libertines aujourd’hui, qui sont-ils », le besoin s’est tout naturellement fait ressentir de savoir pourquoi, à l’opposé du libertinage en couple, l’infidélité conjugale pouvait se présenter comme une étape vers le bonheur à deux. Ou bien, simplement, une alternative, un pis-aller.
Pour tenter de déchiffrer au plus près la part d’authenticité de l’histoire humaine, nous avons laissé la parole à ceux qui vivent l’infidélité au quotidien, pour des raisons qui leur appartiennent et qu’il nous appartient de respecter.
Loin des statistiques anonymes, des avis autorisés et des philosophies élitistes dont il existe déjà bien des ouvrages renommés à juste titre ou pas, les rencontres que nous avons effectuées nous ont livré des témoignages bruts, simples, réels, authentiques, terriblement et passionnément humains.
Nous avons d’abord défini une vingtaine de profils différents et complémentaires dans leur histoire.
Ensuite, nous avons recherché les histoires correspondantes, par relation, par bouche-à-oreilles, par proposition spontanée également. Mais il y a une chose absolument remarquable. Même si nous savions que l’exhaustivité de nos profils était illusoire et arbitraire, je sais une fois de plus que « chacun est vraiment unique ».
Nous aurions pu récupérer cinq cents témoignages d’individus ou de couples différents pour chacun de nos vingt profils, nous aurions obtenu cinq cents histoires différentes.
Ainsi va la vie.
Ainsi va l’aventure humaine.
Ç a me rassure !
Ç a me repose…
Pourquoi ? Parce que l’aventure humaine n’est pas une science exacte, n’est peut-être même pas une science du tout, dans son sens logique, démontrable, reproductible. L’ethnologie, la sociologie, la psychologie sont des approches indispensables du fonctionnement humain. Mais, fort heureusement, je ne te ressemble pas. Tu ne me ressembles pas. La quête du bonheur est donc infinie à l’intérieur comme à l’extérieur de soi-même. Et les combinaisons possibles entre plusieurs milliards d’unités humaines sont telles que le bien-être est accessible à chacun de nous. Le bonheur semble à portée de cœur. Pour peu que l’on se donne un peu la peine d’en explorer les mécanismes, sans jugement, sans a priori, sans sectarisme.
Amants ou maîtresses aujourd’hui, qui sont-ils ?
Sans aucun doute les artificiers du bonheur.
Je m’en vais vous en présenter quelques-uns et quelques-unes, personnages éternels des plus belles histoires d’amour, de sexe et surtout de bonheur cherché…
Et parfois retrouvé !

Florence – Elle comblerait de joie et d’espérances les libertins du 18ème siècle, cette sulfureuse Florence. Florence, c’est comme un carnaval d’Italie, aux couleurs multiples, aux masques jetés à la face de la vie. Florence caracole avec les fils de sa destinée. Tantôt Diane chasseresse embusquée dans les taillis du destin des hommes qu’elle capture, tantôt tendre poupée enfantine oubliée dans les méandres de sa propre histoire. Florence rit pour ne pas pleurer. Florence s’allume pour mieux dévorer les papillons qui se prennent dans sa lumière ? Florence aime les hommes, les uns après les autres, comme pour mieux les appeler au secours.

Baptistine - Baptistine a dans le cœur bien plus d’amour que sa tête ne lui montre. Son seigneur l’a fait souffrir avant de partir courir les gueuses et se prendre dans les filets de Mélusine. Tant pis pour lui… Tant mieux pour Baptistine. Elle a failli sombrer dans les oubliettes de sa propre histoire. Mais le destin s’est jeté à l’assaut de ses doutes. Lui a confié que les citadelles sont d’une autre époque et qu’il n’est aucune armure invulnérable de l’intérieur. Après trente ans de combats sans ardeur, Baptistine reconstruit son bonheur avec le chevalier qui l’attendait. Cette fois, sans tours, sans détours, sans remparts et sans faux départ.

Patrice – Il ne le fait pas exprès, Patrice, de séduire. Il est séduisant et son charme est là comme si le dieu Eros, en personne, l’avait déclaré « d’utilité féminine ». Pourtant, trois femmes, déjà, ont tenté de le « privatiser ». Mais c’est aller contre la nature de son destin. Avis à celles qui s’ennuient, qui prennent un rêve à la dernière minute ou se décident à lever le nez de leur routine conjugale. Patrice, c’est comme une balise de détresse pour naufragée en réveil. Mais Patrice n’est pas un collectionneur, n’en déplaise aux apparences et aux usages. Patrice recueille les fleurs pour son herbier idéal, dans l’espoir de butiner, un jour, la plante du bonheur.

Nina – Si elle savait, Nina… Si elle voulait bien se convaincre qu’elle peut plaire. Pas besoin d’annonces ou de publicités télévisées. Nina s’est trompée. Nina a été trompée. A qui la faute, se demande-t-elle. Comme si apprendre la vie était une faute. Comme si découvrir une nouvelle vie lui faisait peur. Ne crains rien, petite Nina. Les larmes qui coulent de tes yeux sont comme autant de perles d’huiles essentielles aux engrenages de ta destinée. Sois belle et tais-toi. Sois belle et écoute. Prends confiance en toi et regarde vers l’océan. Les jours prochains sont comme les vagues du large qui déferlent et ramènent vers toi le voyageur attendu. Les embruns ont un parfum différent, ce matin… Le sens-tu ?

Jean-Pierre – Le colosse avait un cœur d’argile. Tarzan avait séduit sa Jane et lui avait fait découvrir son monde, de liane en liane. Un monde de grands, un monde merveilleux fait pour émerveiller les petites filles. Mais la petite fille a grandi. Jane s’est essoufflée au sommet des grands arbres. Jane s’est étouffée au creux de ses bras virils. Trop virils ! Alors, Jane a quitté la forêt des grands pour se perdre dans une forêt enchantée. Jean-Pierre le dit. Tarzan hurle sa solitude au faîte de sa vie.

Lady Jane – Ces bras trop virils l’étouffaient. Jane est partie trouver refuge dans d’autres bras qu’elle croyait féminins. Mais les fées des forêts enchantées sont parfois farceuses. Jane aime Tarzan mais Jane rêve des elfes comme d’autres rêvent d’un ange. Si la vie tenait en un jour, Jane en serait à son goûter. Il lui reste du temps, encore mais pas trop, pour jouer dehors et découvrir de nouveaux jeux. Après, il faudra rentrer. Mais où ? Le sait-elle ? Le soir, la forêt fait peur avec toutes ses ombres. Le cri de solitude de Tarzan l’inquiète et la rassure en même temps. Mais les elfes sont si joueurs !

Marc – Il ne laisse pas indifférent, Marc. Grand, beau, intelligent, amusant et des projets plein la tête. Il en réalise beaucoup et garde les autres pour demain. Il en va de même de sa vie sentimentale. Marc peut tout toucher. Marc a déjà beaucoup croqué. Une pomme l’attend toujours. Il lui a laissé un bien beau pépin, un bien joli bébé. Si, au moins, la pomme n’était pas empoisonnée. Il ne sait pas. Marc ne sait plus. Cueillir des fruits à tous les arbres ne l’amuse plus. Il est des vergers qui ne nourrissent plus son âme. Marc hésite. Marc grandit. Ses responsabilités aussi.

Sandrine – Curieuse maîtresse pour drôle d’école. Sandrine est maîtresse. Son élève n’est pas sage mais son épouse ne sait pas qu’il fait des bêtises. Pour le punir, Sandrine la maîtresse s’est attachée à lui. Lui se dit heureux de ces liens qu’elle a noués entre eux deux. Le cœur de Sandrine est attaché à la vie d’un marin contre vents et marées et contre ses projets. Mais le marin a signé avec un autre port d’attache. Alors Sandrine rêve devant l’horizon de sa vie, parfois lasse de sa solitude. Elle a assez appris de la vie et des sentiments qu’elle ne maîtrise pas toujours. Sandrine quittera-t-elle l’école ?

Marianne – Marianne, c’est Cendrillon au 21ème siècle. Cendrillon s’est émancipée. Cendrillon a troqué son soulier de vair pour des talons aiguilles. Elle attend son prince même s’il ne sera pas aussi charmant qu’elle le veut. Le prince charmant, Marianne l’a déjà connu. Il est parti en lui laissant deux petits sujets. Pour l’instant, son prince par intérim admire les talons aiguilles qu’il n’a sans doute pas en son royaume. Car le prince a déjà une princesse en son château et ce n’est pas Marianne. Tant pis ! La princesse de crinoline a laissé la place à la maîtresse. Parce que la princesse est libertine. Parce qu’entre la mère et la pute, Marianne crie haut et fort qu’il y a une femme. Qu’il y a Marianne et les autres.

Willy – Elles ont été des centaines, dans sa vie… Elles ont été quelques dizaines à laisser des traces dans son agenda. Et rares sont celles qui auront marqué son cœur. Willy est un voyageur. Un voyageur au grand cœur. Un cœur trop grand pour une histoire d’aujourd’hui, une histoire de contrat, de mariage, d’obligations familiales et d’intérêts trop lourds pour son âme légère. Car Willy a signé un contrat voici longtemps comme d’autres se tatouent la peau. Par défi, par ignorance, par insolence. Depuis, Willy respecte ses engagements. Son destin est lié. Mais il s’en garde précieusement l’usufruit. Alors, Willy ne signe plus même quand il coupe sa vie et son cœur en tranches…. En nombreuses tranches.

Michel – Michel fuit le bonheur de peur qu’il se sauve. Michel aime l’amour, les femmes et découvrir la vie. Michel aime aussi sa femme, la mère de ses enfants, son épouse toujours officielle. Il a mis son âme en vitrine. Ses yeux le disent. Son cœur aussi. Et les clientes sont nombreuses au magasin. Son épouse possède toujours le fonds de commerce mais ne sait pas que Michel le sous-loue à une maîtresse « régulière » qui ne sait pas que les clientes de passage y sont souvent bien accueillies. Michel est un jongleur, un équilibriste, une bête de cirque. Il perpétue son numéro pour ne pas tomber, au clair de la lune qui se lève, au clair de l’amour qui se profile.

Magdalena – Il y a des météorites qui traversent la nuit des âmes pour venir s’écraser dans votre vie. Magdalena pensait son ciel dégagé. Jusqu’à ce que le destin de son mari lui explose à la figure. Son mari s’est mis à effeuiller d’autres fleurs. Magdalena pensait échapper à cette banalité. Elle pensait échapper tout court à la banalité conjugale. C’est réussi. La maîtresse est un maître, derrière l’amante se cache l’amant. Du coup, Magdalena reconstruit son univers. Cette fois, la météorite ne passera plus. Magdalena blinde toutes les issues de son cœur par peur du choc, par crainte du froid. Mais l’espoir est têtu. Il a mis le pied dans la porte que Magdalena n’a pas verrouillée.

Jean-Loup – « L’amour n’a pas de sexe ! ». Jean-Loup invente des tirades émouvantes comme il invente sa vie. Il faut dire que Jean-Loup est un créateur, créer est plus que son métier. C’est sa nature. Jean-Loup, c’est la vie en libre-service. Mais son épouse s’était mise à la diète. Alors, Jean-Loup a mis du bonheur en rayon et un homme s’y est arrêté, a consommé et a changé de magasin. Il faut dire que Jean-Loup propose surtout de l’article pour homme depuis qu’il a quitté sa femme. Mais sans exclusivité. Si demain une femme s’arrêtait devant son étal, Jean-Loup pourrait aussi lui donner une part de son cœur. Pour l’instant, Jean-Loup vit avec cet homme qui a, lui aussi, quitté sa femme, pour prendre cette part de destin que Jean-Loup avait laissée en vitrine. Jean-Loup est heureux. Il sait aussi que le bonheur n’a pas de sexe. Et lui, il a de tout pour deux.

Patricia et Vincent – Les plus belles histoires sont des histoires simples. Patricia voulait aimer et être aimée. Mais son mari ne savait pas faire. Vincent ne voulait plus aimer puisqu’une ingénue n’avait pas su l’aimer. Une rencontre prédestinée, deux cœurs qui se jaugent, deux âmes qui jouent à cache-cache avec le temps et l’émotion remplace cet air qui leur manque. Patricia se fait amante. Vincent se fait amant. Les corps se mettent aussi à jouer à cache-cache. Trop fort, trop vite. Le conjoint de Patricia interrompt la partie. Il n’y aura plus de cache-cache. Patricia a fait des nœuds à son passé pour mieux s’évader. Vincent l’attendait sur son cheval blanc pour l’entraîner à travers les buissons d’épines et les autres pièges de la nature humaine.

Linda et Christophe – Christophe a pour maîtresse Linda et son épouse le sait. Linda a pour amant Christophe mais son mari ne sait pas. Linda se faufile dans sa vie pour jouer les coquines. Christophe et Linda ont dans leurs jeux le bonheur qu’ils n’ont pas chez eux. Linda est comme une boule de flipper et le flipper est sa vie. Christophe aime jouer au flipper et avec Linda, il gagne la partie à chaque fois. Alors, il recommence. Tant que Linda fait « tilt ». Tant que Christophe ne perd pas la boule à trop jouer. Le bonheur, lui, compte les points. Qui gagnera ?

Christine – Christine s’est mariée et son mari ne l’a plus touchée. Christine est partie pour que son corps soit utile. Mais son nouveau compagnon en a détourné le plaisir. Coups après coups, Christine a dit non. Alors, elle a rencontré l’homme de sa vie. Mais l’homme de sa vie avait plusieurs vies. Christine était comme un post-it, dans la vie de l’homme de sa vie. Collée, décollée et recalée selon les envies, selon les usages. Christine est joueuse mais pas jouet. Le bonheur s’est joué de Christine. Le bonheur a triché pour apprendre la vie à Christine. Mais Christine apprend les règles.

Antoine – Il est sage, Antoine. Aujourd’hui… Pendant de longues années, il a voyagé. D’aventures en aventures, de ports en ports. Tout ça pour quoi ? Il se le demande parfois. Mais ce qui est fait ! Sans regret et sans remords. Ce n’est pas son genre, à Antoine. Il assume. C’est la force de l’âge. C’est la force de la sagesse. Cette sagesse qui sait qu’il faut que jeunesse se passe mais que si jeunesse savait… Savait qu’on est bien chez soi ! Que le mal que l’on fait ne vaut pas le bien éphémère et égoïste que l’on trouve… Ailleurs ! Antoine était un séducteur. Et le bonheur conjugal a fini par séduire Antoine.

Nadège – Le mari de Nadège était joueur. Comment ne pas jouer avec le n° 1 au top 50 des fantasmes des hommes, voir sa femme jouer avec une autre femme ? Nadège l’a fait. Et Nadège est tombée amoureuse de sa partenaire de jeu. Tant pis pour le mari. Il s’est retrouvé hors-jeu. Il a quitté le terrain, a laissé le gazon béni aux plaisirs saphiques. Nadège a aimé sa compagne. Mais la compagne est partie, elle aussi. Aujourd’hui, Nadège guette une nouvelle princesse charmante. A moins que ce ne soit, de nouveau, un prince. Pour Nadège non plus, l’amour n’a pas de sexe… Le bonheur ne s’embarrasse pas d’intendance.

Hélène – Hélène et son mari se sont mariés. Ils eurent de beaux enfants et la vie a continué, belle, sans histoires, sans taches, sans déceptions. Hélène rêvait d’une belle histoire. La belle histoire s’est réalisée. Hélène écoute les autres histoires, celles des autres. Celles des femmes qui partagent l’amour malgré elles, celles qui sont partagées entre plusieurs histoires, celles qui n’ont pas d’histoires. Hélène regarde passer la vie, l’amour, le sexe du haut de son bonheur conjugal. Car le bonheur conjugal existe. Je l’ai rencontré !

Ps : Nos témoins ont recours, pour la plupart, à des pseudos afin de protéger non seulement leur anonymat mais surtout celui de leurs proches. Seul Jean-Loup a tenu à témoigner en son nom véritable. Jean-Loup exerce à Roanne, dans la Loire. Il a du talent à rendre belles les femmes.

   
Les témoins
 

Florence - Michel - Linda et Christophe

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