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Document sans titre
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Voyant(e)s,
aujourd’hui
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Nous
y voilà ! Enfin, m’y voilà, moi
d’un côté et vous lectrices et lecteurs,
de l’autre, à entreprendre ce fabuleux voyage
au centre de la voyance. Un terme général,
générique, bien entendu, pour parcourir l’ensemble
des arts, des sensibilités, des intuitions, des sensations,
des dons qui indique la capacité à « voir »,
sentir, ressentir, deviner, déduire les événements
de la vie, passés, présents ou à venir.
Aucune règle, aucun cadre, aucun texte n’en
détermine les contenus et les pratiques. Du marc de
café aux formes de nos lèvres en passant par
les étoiles ou les esprits farceurs, tout porte à croire
que notre destinée correspond avec chacun d’entre
nous par des signes surprenants. A cette époque du
21ème siècle où nous, pauvres mortels,
n’en sommes encore qu’à apprivoiser mails
et courriels !
Au travers de cette quête vers les sens de la vie,
j’ai voulu, comme il est d’usage dans cette collection,
laisser la seule parole à ceux qui avaient véritablement
quelque chose à dire sur le sujet. Pas aux observateurs,
ni aux spécialistes, ni aux détracteurs… Non
! Exclusivement à celles et à ceux qui vivent
ou ont vécu l’expérience d’un « don »,
comme on dit par facilité, par sens commun.
Après avoir, pour mes premiers livres, rencontré des
libertins puis des amants et des maîtresses, je pensais
que ma démarche pour trouver des voyants, astrologues,
tarologues, chirologues, médiums ou tout autre praticien
de pratiques extra-lucides serait plus ardue. D’ailleurs,
au cas où ma méthode de fonctionnement serait
un jour ou une nuit enseignée dans les facultés,
autant en révéler d’ores et déjà les
grands principes. En clair, je commence par définir
une vingtaine de profils types… Pour cela, je lis,
je fouine sur le net, j’en parle autour de moi, je
médite et, enfin, je liste mes fameux profils types,
ceux-là mêmes sur lesquels l’Académie
des Sciences et des Lettres se penche actuellement ! J’essaie
d’être le plus exhaustif possible. Ne vous étonnez
pas du sens si particulier de la dérision, mais après
de nombreuses années de jeunesse passées dans
le journalisme économique et dans le marketing, je
suis devenu très prudent quant aux divers protocoles,
procédures, méthodes et autres classements
dans les tiroirs. Et l’expérience de mes derniers
livres m’a bien démontré, si cela était
encore nécessaire, combien il est difficile, prétentieux
et illusoire de vouloir mettre à tout prix les comportements
humains dans des tiroirs… Pour preuve, ces produits
de consommation si précieusement étudiés
qui ne rencontrent pas leur public et nos hommes politiques
qui en perdent leur verve pourtant si bien affûtée,
après chaque élection qui-ne-se-passent-jamais-comme-cela-aurait-du
! Et surtout, j’ai vite appris qu’en face de
chacun de ces vingt profils établis de façon
quasi arbitraire, je pouvais afficher deux ou trois cents
témoignages, j’aurais autant d’histoires
différentes et complémentaires ! Rassurant,
non ? Donc, voilà, je liste mes profils et je décroche
mon téléphone pour enclencher le célèbre
et toujours efficace bouche à oreille. En quelques
semaines, mises en confiance et rencontres, je parviens à dénicher
ma vingtaine de personnalités uniques… dont
je découvre les vies au fur et à mesure où mes
précieux témoins me la distillent, question
après question, réponse après réponse.
Je me déplace à travers notre bon pays, débarquant
la plupart du temps chez des gens qui ouvrent à l’inconnu
que je suis, leur maison, leur cœur, leurs souvenirs
parfois douloureux et, en l’occurrence, leur âme
avec la signification qu’ils veulent bien y mettre.
Je mets en marche mon magnétophone, de peur d’une
infidélité involontaire de ma part lors de
la retranscription du témoignage, et puis s’engage
alors la discussion, la confession, le voyage au cœur
de l’aventure humaine. C’est magique, émouvant,
surprenant, riche d’enseignement et d’humilité.
Au-delà de mes questions indispensables, je me range
alors en total retrait face à ce voyage fantastique,
passager privilégié et indiscret, m’interrogeant
simplement ça et là de la nature des contrées
visitées, de l’importance des escales, veillant à la
traduction de langages trop techniques ou trop personnels,
soucieux du cap à tenir, attentif aux changements
de vitesse et d’altitude. Questions, réponses,
souvenirs, réflexions, précisions, rebondissements,
stupéfactions… le voyage est sans détour,
l’aventure est sans retour. Ce qui est dit est entendu,
ce qui est entendu est gravé sur les pages qui suivent.
Et ce qui suit est la Vie. Une vie à laquelle nous
ne sommes pas forcément préparés… Si
loin de tout espace figé. Si proche de tout espace
intérieur. Que celle ou celui qui n’a jamais été confronté au
mystère jette la première carte !
Juste à la suite de la sortie de mon premier livre
dans cette collection, je me souviens de l’intérêt
fort aimable que m’avait porté Annie Favier,
journaliste à Livres Hebdo. M’interrogeant sur
le choix de mes thèmes présents et à venir,
entre autre comment en suis-je arrivé à traiter
du libertinage, de l’adultère pour continuer
par la voyance, je m’entends lui répondre « que
j’avais l’impression que l’ensemble de
mes thèmes semblaient naturellement suivre le parcours
de ma propre vie ! » Je connaissais déjà l’écriture
automatique pour en avoir fait l’expérience
(si !), me voilà maintenant à expérimenter
le discours automatique… La réponse était
là, replié dans un coin de mon être,
attendant la bonne question pour s’éveiller à la
réalité. Il y avait la belle au bois dormant,
voici se révéler la réponse aux limbes
dormant !
Car oui, je l’avoue, j’ai connu le mystère,
les expériences paranormales, les auras qui s’allument
comme autant de feux follets, les voix de nulle part, les
rêves prémonitoires, l’au-delà vu
d’ici-bas, la porte entre-baillée du destin,
les souvenirs des vies anciennes et l’intervention
des fées. C’était loin, j’étais
jeune, j’étais mal, j’étais bien.
Je cherchais, je trouvais. J’ai su d’où je
venais mais avec tellement de mal à savoir où j’étais.
Quelle importance ! J’ai appris où j’irais
mais sans savoir comment. Quel avantage ! On m’a dit
qui j’étais, mais pas ce que j’avais à en
faire. Quelle misère ! J’ai vu sans comprendre.
J’ai su sans apprendre. J’ai pris sans attendre.
J’ai sillonné les lignes de mains, tiré le
tarot, traversé les étoiles, oscillé le
pendule, traversé le miroir et même dansé au
son des vibrations du cosmos. Au commencement j’étais
revenu. Auprès de Dieu j’étais assis.
Dieu j’étais. Et du promontoire de mon orgueil,
je me suis cassé la gueule ! C’était
il y a quinze ans. C’était ma vie d’avant.
L’une de mes vies d’avant. Je suis retourné les
pieds sur terre. Cette bonne vieille Terre où je me
sens si bien. J’avais fait un bien drôle de voyage
avec mon âme comme embarcation. Je viens d’en
revivre quelques épopées, en voyage organisé,
cette fois-ci. J’ai embarqué sur vos âmes,
mes chers témoins. Je m’y suis senti comme chez
moi. L’avez-vous vu ? Mais cette fois-ci, j’avais
gardé les amarres bien en mains. Ensemble, nous nous
sommes parfois sentis accrochés à la vigie,
quand la dérive nous emmenait trop au large pour crier
en chœur « Vie ! Vie », comme on aurait
pu appeler la terre.
«
Allô ! Monsieur Demessence, c’est votre banquière
préférée (Jacqueline, encore une fée
!)… C’est au sujet de votre découvert… » C’est
bon, je suis bien sur Terre !! J’y suis trop bien,
même à découvert…
Ç
a me rappelle ma rencontre avec ce grand acteur de talent
qu’est Jean-Claude Brialy, à l’aube de
mon métier de journaliste. Je l’avais interviewé en
son théâtre des Bouffes Parisiens, à Paris.
Allez savoir pourquoi, à l’époque je
lui avais demandé s’il croyait aux fées… « Bien
sûr, m’a t-il répondu avec l’ardeur
qu’on lui connaît. Je connais la plus merveilleuse
d’entre elles, en pointant le regard vers le portrait
de Jeanne Moreau. Mais si je voulais vraiment y croire, je
leur demanderais de signer les chèques à ma
place ! »
Me voilà donc parti à la recherche de voyantes,
voyants, médiums et d’astrologues, catégorie
bien à part de l’art divinatoire. Et, m’apprêtant à traverser
le gué de mon ignorance sans le savoir, m’attendent
sur l’autre rive une divinologue, une yogi, une runeuse
et quelques mages au blason de psychothérapeute !
Les voies du mystère sont vraiment inattendues et
parfois imprévisibles. Tellement imprévisibles
que je ne compte plus le nombre d’amies et d’amis
qui, au détour de confidences sur la nappe en papier,
se sont mis à me révéler que, eux aussi… !
De prémonition en pressentiment, d’apparition
en thème astral, qui vraiment, n’a pas jeté sa
carte ?
Tiens ! Même mon pote Dominique… Pour gagner
sa vie et bien la gagner, il fait le forgeron quelque part
dans le sud de la France. Il tord, il volute, il enclume
et le fer a fort à faire ! Jamais je n’aurais
cru ça de lui. C’est mon plus vieux copain.
On serait nés plus tôt qu’on aurait fait
la guerre ensemble. A défaut, on a partagé nos
premières amours… Pas plus mal ! Et voilà mon
Dominique, m’avouer qu’il avait consulté une
voyante qui lui avait prédit, dernièrement,
un accident de moto. Ça se passerait dans un rond-point
et il se fracturerait la jambe droite… Du coup, voilà mon
Dominique abordant tous les ronds-points en sens inverse
! « Au moins, le sort en sera conjuré, puisque
je tomberai alors du côté gauche », m’annonce
t-il !! Non, mais… Moi qui étais certain de
tout connaître de lui !
Et comment ne pas oublier Evelyne, Katia, Patricia, Daniel,
Vincent, François, Paul et les autres ? Chacun y va
de ses aventures, de ses terreurs, de ses frissons, de ses
certitudes, de ses doutes. Hôtesse, toubib, vendeuse,
chanteur, mécanicien… Le fantastique n’affiche
pas de préférence socio professionnelle. Il
gratouille où bon lui semble. Les frontières
du réel s’encombrent peu de ce genre de barrière.
Même belle-maman, même beau-papa, ont des histoires à raconter.
Des histoires de sorcellerie, des histoires de magie dans
ce petit village du Massif-Central. Je devinais bien belle-maman
un peu bizarre. Mais à ce point…
Comme la Vie est belle quand elle reprend ses droits. Malgré des
siècles d’inquisition, malgré les bûchers,
malgré les détournements des Paroles d’amour
des plus grands prophètes, malgré l’étincelle
des Lumières, malgré la pseudo-maîtrise
de la matière, malgré Descartes et Freud, malgré l’ère
du rationalisme qui a voulu rationner notre esprit et malgré toutes
les poussières du néant, il resterait toujours
une porte, une lucarne, une paroi mal jointée qui
laisserait passer un peu de lumière, un soupçon
d’espoir en faveur de notre immortalité.
Et dire que je suis encore surpris par la vie et par l’aventure
humaine ! Finalement, peut-être qu’après
avoir passé la moitié de ma vie à m’affronter
avec la vie, je vais consacrer l’autre moitié à me
confronter à elle.
Pour moi, la voyance était quelque chose de presque
rationnel. On y trouvait même des classements par tiroirs
! Le premier tiroir de la première colonne, celui
du haut, concerne celles et ceux d’entre les humains
qui manifestent un don particulier, une capacité à sentir
des choses que les autres ne savent pas, ou plus, faire.
Chez ces gens-là, l’honnêteté est
de rigueur. Certains en font commerce parce qu’il faut
bien vivre et payer son loyer, d’autres le réservent à leurs
amis ou leur entourage et quelques-uns font tout leur possible
pour s’en débarrasser.
Dans le deuxième tiroir, on trouve ce que j’appellerais
les « psy » malgré eux. Ils sont persuadés
d’avoir un don, reçoivent une clientèle
parfois abondante qui les conforte dans leur position et
exercent leur métier avec honnêteté.
Généralement, ils affichent soit une simple
mais exceptionnelle aptitude à la télépathie
et à la réception de pensées des autres,
soit la même aptitude à la psychologie. Ils écoutent,
ils accompagnent et conseillent leurs clients, parfois dans
le sens que ceux-ci veulent entendre, soit de la façon
la plus objective qu’il soit.
Empilés en vrac dans le troisième tiroir, se
bousculent au coude à coude tous les marchands du
temple, toutes celles et tous ceux qui comptent surtout sur
leur don à truander leur prochain, étant parfois
de fins psychologues d’ailleurs, à la manière
caricaturale du vendeur d’aspirateur. C’est souvent
cette catégorie que retiennent les médias et
les détracteurs en mal d’audience, pour « casser » du
voyant.
Ensuite, tournons-nous dans la deuxième colonne de
tiroirs, celle des individus consultants les dénommés
voyants. Là encore, adepte du classement, je tire
mes tiroirs et j’y colle mes étiquettes !
Première étiquette ! Le tiroir des gens avertis,
qui connaissent bien le sujet de la voyance, ses limites
et ses possibilités. Ils consultent pour confirmer
un ressenti personnel, savent comment se comporter devant
un praticien auquel ils sont généralement fidèles
et comment le choisir. La motivation de leur visite et leur
fréquence dépendent de la préoccupation
du moment, souvent liée à des orientations,
des choix à pendre.
Deuxième étiquette ! Le tiroir des êtres
en manque de repères. Les trois grandes questions
les titillent : « D’où viens-je, où vais-je
et qui suis-je ? »… Ces êtres là butinent
les voyants pour apporter du miel à leur vie, pour
se sentir mieux, ou moins mal, en essayant de comprendre
le pourquoi des choses… Leur champ de récolte
est, bien entendu, infini et leur motif d’investigation,
légitime et intéressant.
Troisième étiquette ! Le tiroir a bien du mal à fermer,
il grince et fourmille de « post-it »… Y
gesticulent toutes celles et tous ceux qui ne supportent
pas une question sans réponse, un doute sans certitude,
un avenir sans présent, un événement
sans raison… un destin sans maîtrise. C’est
la voyance en overdose, la voyante ou le voyant en maître à penser,
la lucidité parfois assombrie.
Et puis, il y a bien sûr, comme dans tout bon rangement,
un tiroir « bordel », dans lequel s’amoncellent
tous ces sujets inclassables ou en attente de l’être.
Voilà !
De cet état des lieux cérébral, j’ai
tiré ma vingtaine de profils… Et quelques mois
après, je contemple mes beaux tiroirs avec un nouveau
regard. Le regard de celui qui sait ! Qui sait que plus on
sait et moins on sait… Le regard de celui qui voit
! Qui voit son bureau tirer l’un de ses tiroirs comme
un mobilier étrangement animé me tirerait la
langue.
Mmmmmhhhh !!!
Alors, plutôt que de me fâcher ou de me frotter
les yeux, je grimpe sur mon bureau et m’y assois… en
tailleur, façon yogi malhabile, la paume des mains
vers le ciel, le regard fixé vers le souvenir de mes
dernières rencontres et me voilà, l’âme
plissée pour mieux y voir, le cul posé sur
les terrasses de l’éternité !
Pourtant, je le savais bien… j’aurais du me douter
que ce qui était valable pour moi, l’était
aussi pour les autres. Résidus d’orgueil ? En
tout cas, impossible, résolument impossible, de séparer
la voyance de la spiritualité. Comment, même,
pouvais-je l’imaginer ? Et s’il y a bien un dénominateur
commun à tous ces personnages authentiques que j’ai
croisés, c’est bien Dieu. Et que chacun y mette
le visage ou le prénom qu’il veut bien y mettre,
selon sa culture, sa croyance, sa tradition… ses miracles
!
Vingt fois !
Vingt fois, j’ai dialogué avec un faiseur ou
un chercheur de sens, vingt fois j’ai dialogué avec
un braconnier de Dieu. A défaut de converser avec
Dieu en personne… A chaque fois, Il était là,
d’abord derrière une parole, une explication,
une raison. Ensuite, le Verbe s’en mêlait. Et
les mots étaient autant de poissons, serrés
au sens par les mailles du chalut, pour nous ramener, pour
me ramener, lentement vers Lui… Insensé ! Insensé de
ne pas rechercher dans le sillage du chalutier le sens de
la vie.
Voyants, voyantes, aujourd’hui… Qui sont-ils,
qui les consulte ? Pourquoi voient-ils, pour qui voient-ils
? … Qui peut bien se dissimuler derrière leurs
yeux ?
Les yeux sont la vitrine de l’âme, dit-on !
Alors, où est le magasin ? Où est le vendeur
? Qu’a t-il à vendre ? Où le fait-il
fabriquer ? Pour qui ? Pour quoi ?
A quoi sert donc un voyant ?
Seulement à nous guider dans notre survol à l’étalage
?? …
Les voyants sont des habitués de ces survols, parfois
malgré eux. Ce qui ne les empêche pas de se
planter de temps à autre à l’atterrissage.
La vie d’un voyant n’est pas de tout repos. Il
se retrouve parfois embarqué après avoir pris
un coup au cœur, une claque à l’âme,
un choc au sens. Quant au co-pilote qui n’a rien demandé,
il quitte souvent le bord. Et le voyant se retrouve seul.
Et la voyante se retrouve seule. Car sur le plan sentimental,
il est aussi mal vu de voir. Mal vu de trop voir. Les yeux
acérés tranchent dans la vie comme pour esquiver
les cicatrices du destin.
J’en sais quelque chose ! Je témoigne, moi aussi.
Il était une fois… C’était il a
treize ans. J’en étais à la charnière
de ma destinée. Une charnière qui coinçait
un peu, du reste… Après une année sabbatique
consacrée à la rédaction d’un
ouvrage sur la tendresse, quelques temps après une époque
de ma vie on ne peut plus mystique, je venais de rejoindre
une fonction « à haute responsabilité »,
auprès d’un grand personnage de ma région
qui ne ménageait ni ses collaborateurs, ni lui-même,
de cinq heures du matin à minuit. Je vivais depuis
quelque mois avec une amie qui avait pour principale activité professionnelle… Devinez
! Et bien… La voyance, via les cartes et les étoiles.
Je me souviens parfaitement d’un soir ou je rentrais
bien tard, après quelques jours seulement de ce nouvel
emploi. J’ouvre donc la porte de notre appartement
pour trouver ma compagne d’alors assise derrière
son bureau, son jeu de tarot de Marseille étalé devant
elle. La routine, en attendant le retour quotidien du prince
vaillant ! Sur son visage, rien ne laissait transparaître
une quelconque émotion. Après nous être
salués du rituel « smac », elle m’annonce
tout de go que j’étais amoureux… de quelqu’un
d’autre ! A l’époque, craché juré,
j’avais vraiment d’autres préoccupations
bassement matérialistes, entre les souhaits d’un
président en charge de relever le défi de son élection
et ma petite personne, en charge d’imaginer et d’exécuter
une partie de la mise en œuvre… Je n’avais
même plus le temps de rêver, de rêvasser… Mon
moi contemplatif avait cédé la place à un
moi rébarbatif qui n’était pas moi !
Mais mission acceptée valait pour mission obligée… Et
puis, je n’éprouvais aucune envie de poser mon
regard et le reste ailleurs. Et puis, même si cela
avait été le cas, je ne disposais pas d’assez
d’espace dans mon disque dur cérébral
pour penser à ça ! Alors, connaissant son talent
et son vrai don, je me suis assis en face d’elle. Sur
ce siège sur lequel s’asseyaient ses clients,
clientes et élèves puisqu’elle donnait également
des cours. Et elle a continué, m’annonçant
que j’étais amoureux d’une jeune femme
qui travaillait à mes côtés, me la décrivant
avec une telle précision que j’ai fini par lui
mettre une forme, un visage et, bien évidemment, par
la reconnaître. C’était mon assistante
par intérim, qui m’avait rejoint comme telle
depuis quelques jours à peine et pour laquelle mon
intérêt se limitait vraiment à ses prouesses
horaires et ses compétences professionnelles. Je réfutai
bien sûr immédiatement de tels sentiments et
intentions, fort des mêmes raison que je viens d’évoquer,
renforcées par le fait qu’elle était
là, elle, et que je n’en demandais pas plus… Je
n’aurais pas été certain de ses aptitudes à deviner
le présent et l’avenir, je n’aurais même
pas écouté ses propos jusqu’au bout,
ne pensant qu’à me débarrasser, comme
chaque soir, de cet affreux « bleu » de travail
avec cravate, souliers cirés et boutons de manchette
assortis ! J’ai pourtant bien marqué dans ma
mémoire l’extrême sérénité qui
avait emballé cet encombrant cadeau. Un cadeau du
destin qui allait bien ternir nos échanges de regard,
devenus en l’espace d’une soirée autant
de puits d’incertitudes et de suspicions. Un cadeau
du Ciel qui allait nous faire gagner bien du temps et des
larmes. Un cadeau de la Vie qui me préparait aux années
bonheur qui allaient suivre avec Béatrice, mon assistante
par intérim avec laquelle je vis depuis un peu plus
de douze ans aujourd’hui !!
Et que l’on ne me parle pas d’influence de mes
sentiments suite à cette « voyance ».
Car comment une simple « influence » pourrait-elle
résister aux souffrances d’une séparation.
Ceux qui l’ont vécue comprendront !
Alors, pourquoi ? Pourquoi cette fenêtre s’est-elle
ouverte… Pour avertir, pour épargner ? Ce sont
des justifications que l’on retrouvera fréquemment
dans les témoignages qui suivent.
En préparant ce livre, en partant à la recherche
de mes « profils », je ne m’attendais vraiment
pas à ce voyage au bout du sens et de l’essentiel.
Bien sûr, dès le départ, j’avais
pris la décision d’écarter le sensationnel,
le miracle anecdotique et les racoleurs organisés
des publicités à quatre sous.
Comme d’habitude, je voulais du vrai, du vécu,
du sens, de l’émotion ! J’ai voulu rencontrer
des êtres humains comme les autres… J’ai
rencontré des âmes comme vous et moi. De ces âmes
qui ont le don de « voyance » comme d’autres
ont la « main verte ». Et puis, j’ai aussi
voulu savoir ce qui conduisait un « consultant » à consulter.
Ces femmes et ces quelques hommes qui reconnaissent ne pas
avoir ce don de « voyance », ou en tout cas pas
assez, et qui ont recours à celles et ceux qui en
sont nantis.
Des naïfs, des paumés, des illuminés,
des irresponsables, comme prétendent ceux qui leur
jettent la pierre ?
J’aurais pu en rencontrer… Certes ! Michelin
n’a pas encore inventé d’itinéraire
parfait de la vie sur terre, avec les meilleures étapes,
les pièges à éviter, les prix à payer
et les époques de vie qui méritent le détour
! Pourtant, d’étoile en étoile, de gourmand
en gourmet de la vie, le bien-être et le bonheur se
retrouveraient au bout du chemin…
Michelin : le Guide, la Bible, l’Evangile…
Bibendum : l’Ange-gardien…
Le chemin à suivre : la Destinée…
L’Hostellerie du Bonheur ou le Buibui du Tord-Boyaux
: l’Etre…
L’Inspecteur expert en routes à suivre et auberges à fréquenter
: le Voyant ou la Voyante…
Le client ou le touriste ou le consommateur : Vous, Toi,
moi et les autres…
Finalement, la Vie est simple. La Vie n’est qu’analogie.
Je n’ai rencontré aucun « hurluberlu » !
Ni chez les voyants professionnels, ni chez les voyants occasionnels,
ni chez les consultants réguliers, ni chez les consultants
par « hasard »… Ni paumés, ni tricheurs,
ni bonimenteurs…
De profils en témoins, de tranches de vie en expériences
personnelles, je n’ai croisé que des chercheurs
en quête de sens, que de la générosité pudique,
que de l’intelligence pionnière d’un nouveau
monde.
Pour ma part, je crois en certaines choses et je suis persuadé d’autres
choses. Je crois qu’il nous reste à découvrir
les ressources de notre existence, que l’on en recèle
plus qu’on ne peut l’imaginer. Je crois que la
Vie a un sens, au nom de l’Amour, du Bonheur, de la
Beauté et de la Sagesse et, surtout, au nom de nos
enfants qui existent et que nous avons conçus au nom
de tout cela. Je ne crois pas en l’absurdité de
la Vie parce que je suis trop rationnel pour admettre que
la Vie ne sert à rien…
Je suis persuadé, je suis sûr et certain que
toute question existe parce que la réponse lui pré-existe.
Que la réponse est comme la graine qui attend sous
terre la chaleur de la question pour germer et puis pour éclore
et devenir, enfin, cette magnifique fleur.
Tout cela me rappelle cette fameuse histoire !
L’histoire de ce jeune homme qui creuse un trou au
bord de son jardin. Chaque jour qui passe voit le trou s’agrandir
sous les efforts de forçat du jeune homme, transpirant,
suant mais constamment souriant.
Les passants passent et repassent. Les curieux s’interrogent,
les indifférents s’indifférent et les
moqueurs se moquent.
Les jours, les semaines et les mois se suivent à mesure
que le trou s’agrandit, à mesure que le bonheur
se lit sur le visage du jeune homme, à mesure que
les commentaires vont bon train dans le voisinage, que les
regards se baissent de plus en plus à la recherche
d’un indice tout au fond de ce trou.
C’est clair ! Il n’y a jamais eu ni trésor
ni pétrole en cet endroit et personne ne comprend
quel peut bien être l’intérêt de
ce jeune homme qui semble de plus en plus illuminé d’une
bien étrange folie dans la pénombre de son
trou.
Le maire, le curé et le médecin se décident
enfin à lui poser la question qui démange toutes
les lèvres du village : « Mais enfin ! Pourquoi
creuses-tu ce trou ? On a beau regarder, examiner, analyser… Il
n’y a rien à faire ici d’un tel trou ! »
«
Un trou ? S’étonne le jeune homme… Mais
je ne creuse pas un trou… Je construis une cathédrale
! »
…
Quant à moi, je vous invite à creuser, avec
moi et mes ami(e)s, l’âme de notre existence…
Je viens tout juste de commencer ma recherche de témoins,
après avoir établi ma liste de profils qui
me permettra d’établir un panorama de vie de
ces voyantes et voyants si mystérieux et de leurs « clientes
et clients », si… inclassables !
L’un de mes excellents amis, à qui je parle
de cette enquête, m’indique de façon péremptoire
et catégorique qu’il connaît « LA » personne
qui correspond à l’un de mes profils répertoriés.
Le profil type de la personne qui n’a rien demandé et
qui, grâce ou à cause d’un événement
affectif particulier, le « don » de voyance lui
est tombé sur la tête.
Rendez-vous est pris, après avoir fourni toutes les
références historiques de mes œuvres,
de mes accomplissements professionnels et autres pattes blanches
de l’amitié. Valérie est prudente, pour
ne pas dire méfiante, et se déplace à mon
domicile, en compagnie d’une amie. Je comprends aisément
la réserve des personnes qui acceptent, malgré tout,
de me rencontrer, de se raconter. Je ferais de même
! Nous nous asseyons sur la terrasse du jardin, en cette
belle après-midi d’été. Mon magnétophone
n’est pas encore allumé et nous faisons d’abord
connaissance. Pourquoi ce livre ? Comment s’articule
t-il ? Que fais-je d’autre, avec qui… ? Rituel
immuable de mise en confiance, de prise de conscience.
Valérie se dit avant tout auteur. Elle présente
toutes les qualités d’une excellente praticienne,
puisqu’elle est devenue médium, mais elle veut
avant tout transmettre un message…
Vite ! Loin ! Large !
Son interview sera irrégulièrement interrompue
de flashs, ce qui m’arrivera fréquemment avec
mes autres témoins. Les yeux de Valérie semblent
changer de « profondeur de champ », à la
manière de l’objectif d’un appareil photo.
Elle ne répond plus à ma question. Elle s’interrompt
pour m’annoncer qu’elle voit un animal qui a été très
proche de moi, enterré dans ce jardin, sous un arbre
sous lequel il se couchait souvent… Un chien ? Non
! Un chat… Je reste placide. Je ne laisse passer aucune émotion
de ma part… Enfin ! Je ne crois pas. Je suis là pour
poser des questions et attendre les réponses, les
explications… Par pour une consultation personnelle
! Mais je ne peux m’empêcher de penser très
fort à ma chatte Cannelle, partie pour le paradis
des chats voici deux ans, après dix-huit années
de vie commune et d’émotions intenses partagées.
Je l’ai enterrée sous son chèvrefeuille,
face à la maison, à l’ombre duquel elle
passait ses longues et sereines siestes… Je me re-concentre
sur mon interview et les deux ou trois flashs qui suivront
me perturberont moins.
Je n’avais qu’à choisir un autre thème… Je
sais pas, moi… « Les joueurs de pétanque
aujourd’hui, qui sont-ils, qui les admire ? »
Quelques mois après cette première rencontre,
nous nous appelons souvent, avec Valérie. Elle a un
projet qui lui tient à cœur et sur lequel elle
travaille beaucoup, un magazine destiné à la
spiritualité… Mais le destin s’amuse à lui
faire des croches-pieds pour savoir si sa volonté tient
debout ! Difficile de « voir » et de savoir quand
le regard porte au-delà du réel…
Jean-Louis, lui, m’a été recommandé par
une amie… Et puis, par une autre qui, en effet, en
a entendu parler. Lui, me reçoit chez lui… Nous
allons rester plus de deux heures ensemble. C’est un
voyant professionnel, un vrai, qui en a fait son métier,
de Paris à Montréal, avec quelques escales à Toulouse.
Jean-Louis, on l’imaginerait volontiers sortant d’un
temple ancien, ses grands yeux impressionnants et perçants
scrutant votre passé et votre avenir comme d’autres,
c’est à dire vous et moi, détaillerions
tenue vestimentaire et coupe de cheveux, à la recherche
de quelqu’indice social ou culturel permettant de « jauger » autrui.
C’est certain ! Il vient d’une autre époque… A
moins qu’il ne sorte d’un film… D’un
film ? Que dis-je… D’un péplum ! D’une
fresque ! En tout, il me l’a dit, il est tombé dans
la marmite quand il était petit… A moins qu’il
n’y soit tombé bien avant… Son appartement/cabinet
de consultation est assez cosy, les murs recouverts d’icônes
christiques… Nous nous installons l’un en face
de l’autre, une table de style en bois entre nous.
Jean-Louis parle beaucoup… Nous faisons connaissance,
là aussi. Il accepte de répondre à mes
questions parce que je lui ai été recommandé.
Et qu’il sent bien les choses. Parce que… Parce
qu’autrement, il est très méfiant par
rapport à toutes les idioties et bêtises qui
sont dites sur son métier et les gens, comme lui,
qui l’exercent ! Comme mes autres témoins, mais
je ne le sais pas encore, il n’essaiera jamais de me
convaincre de quoi que ce soit… A moins, et ça
m’embêterait, que j’affiche une tête
de convaincu (en un seul mot, s’il vous plait !!) !
Ce qui n’est pas le cas, parce que je ne crois pas
non plus en n’importe quoi et encore moins en n’importe
qui ! En plus, je ne suis capable d’apporter QUE les
questions…
Une nouvelle fois, mon interview terminée se continue
par une consultation spontanée me concernant. Je reste
indifférent. Pourtant… Mais nous verrons çà tout à l’heure
quand, pour la troisième ou quatrième fois,
les « voyances » à mon égard se
montreront concordantes… mais par pour autant vérifiables
ou vérifiées. Enfin ! … Pas encore !
C’était
un pari difficile et je le savais… Trouver des personnes
pratiquant la voyance, sous ses formes diverses, en dehors
des sentiers de la publicité, ressemblait à un
casse-tête. D’autant que je souhaitais rencontrer à la
fois des professionnels, c’est à dire des personnes
qui gagnent leur vie avec ce « don », et aussi
des femmes ou des hommes qui vivent avec au quotidien, de
différentes manières, pour ne pas dire tant
bien que mal, mais sans en faire leur métier.
Comme d’habitude, il me fallait enclencher le bien-connu « bouche à oreille » et
conduire mon enquête pour trouver les perles rares. Mais le plus difficile
résidait quand même dans la recherche de ces êtres étranges
que sont les « consultantes » et les « consultants ».
En effet, comment les trouver ? Sur quel annuaire ? Et bien, là encore,
j’ai été très surpris des propositions qui ont fleuri
autour de moi, en quelques semaines. Bien entendu, il faut savoir en parler et
c’est vrai que je suis assez bavard… Pas un endroit où je
me trouve, sans que je parle de mon métier et du sujet sur lequel je travaille
en ce moment. Comme de bien entendu, de tels sujets ne restent pas sans intérêt
de la part de mes interlocuteurs et c’est là où j’ai été frappé par
le nombre de mes concitoyens m’avouant avoir consulté, pour un jour
ou pour une vie. Et, quand ce n’était pas le cas, « on » connaissait
toujours quelqu’un qui se faisait tirer les cartes ou interpréter
les étoiles. Restaient à organiser les témoignages, selon
mes sacro-saints profils, en ne retenant que ceux qui se complétaient
et apportaient des informations nouvelles.
Et pourtant, je ne sais pas tout de mes témoins avant de les rencontrer.
Loin s’en faut, puisque je me défends de rédiger une thèse
de doctorat ou tout autre travail à caractère scientifique et protocolaire.
A chacun son métier. Le mien est de regarder, de m’interroger et
d’apporter quelques bonnes questions aux réponses qui sommeillent.
Pour autant, je sais bien que quelques sociologues se sont intéressés à mes
recherches, pour ce qu’elles sont : un vivant témoignage de notre
vie et de notre être caché.
Donc, si je m’intéresse, au préalable, au vécu de
la personne par rapport à mon sujet, je ne connais rien ni de sa catégorie
socioprofessionnelle, ni de sa situation familiale, ni de sa pointure de chaussures
ou du parfum qu’elle porte.
Et là aussi, j’ai été surpris, contre toute attente,
par le nombre significatif de personnes proches du milieu scientifique, voire
médical. Comme quoi…
C’est le cas, pour commencer, de Mireille !
Mireille affiche ses 65 ans de façon alerte, physiquement et intellectuellement.
Elle est infirmière libérale pour quelques années encore,
reconnaît le bonheur de pouvoir côtoyer beaucoup de monde, parfois
dans des situations difficiles, et se pose donc, naturellement, beaucoup de questions.
Et ne se repose pas sur les réponses que notre société lui
fournit en self-service. Mais ce n’est pas pour autant que Mireille se
noie dans un océan de questions. Mireille est pragmatique. Elle fait bien
la différence entre les réponses dont elle a besoin pour lui faciliter
la vie, et les questions qui ne lui sont pas indispensables et qui, au contraire,
la lui compliqueraient. Pour elle, la voyance est un moyen d’information.
Après trente années de consultations, elle sait de quoi elle parle.
Peu importe par quel canal passe cette information et qui en sont les présentateurs… Après
tout, vous savez comment marche votre télé, vous ?
Martine également,
est très proche du milieu médical. Ne pensez
pas que je l’ai fait exprès pour tenter
de démontrer quoi que ce soit ! Mon livre et la
méthode qui me conduit à le rédiger
n’ont toujours rien de protocolairement scientifique.
Organisé, oui… Mais à la manière
dont le Bon Dieu a du organiser notre fichu monde, en
y laissant une bonne part de hasard. En tout cas, vu
d’en bas ! Martine vit dans le sud de la France,
au côté de son mari chirurgien. Ses deux
filles sont parties faire leur vie à quelques
centaines de kilomètres de là. Histoire
classique… Tout allait bien pour elle et sa famille.
Mais la maladie, ou plutôt les maladies, l’ont
réveillée. C’est ce qu’elle
reconnaît. Réveillée de quoi ? De
quelle sorte de sommeil ? De la léthargie de la
vie tranquille, de cette vie sur terre qui s’écoule
comme un long fleuve trop tranquille… Une vie en
noir et blanc ! Mais la maladie réveille les couleurs… Ce
bleu du ciel qui risque de vite disparaître pour
laisser la place au blanc des hôpitaux. Ce rouge
qui coule dans nos veines. Ce rouge qui, comme nous disait
notre bon et regretté prof’ de lettres, « est
la couleur du sang, du diable et du professeur ! ».
Il aurait pu ajouter aussi celle de la vie… Ce
vert des choses naturelles, si naturelles qu’on
pourrait oublier qu’elles existent pour nous faire
respirer, aspirer, espérer… Et toutes les
autres que Martine a découvertes avec un sens
dépassant notre simple perception organique. Martine
a eu du mal à faire partager ses croyances à son
mari. Son mari qu’elle remercie de lui avoir dessiné une
vie avec les couleurs qu’elle aimait. Martine s’inquiète,
sent, ressent et consulte pour confirmer sa propre émotion
parce qu’elle ne dispose pas, elle-même,
de système de traduction. On se sent bien, chez
Martine. On se sent bien, avec Martine. L’étang
de Berre, au travers de sa fenêtre, reflète
le bleu du ciel. A moins que ce ne soit le bleu de son
cœur. A moins que ce ne soit les bleus de son cœur.
Je vous l’ai déjà avoué, je crois… En
l’Homme, en Dieu, en ce qui m’émerveille.
A 45 ans et quelques vies, j’ai conservé cette âme
d’enfant qui a la faculté de réécrire
son monde pour le rendre plus beau, plus acceptable, plus
amusant. Bien sûr, j’ai compris (enfin !) qu’il
existait d’autres marguerites à effeuiller,
que la Mère Noëlle ne passerait jamais par la
cheminée avec ses bottes, que les bombes ne sont pas
remplies qu’avec des confettis et que tout le monde
il n’est pas que beau et pas que gentil ! Mais si,
finalement, il existait d’autres mondes, d’autres
formes de mondes tout proches de nous… Quel espoir,
quelle chance de survie ! Je sais… Je sais… Rien
n’est parfait et toutes les fées, tous les enchanteurs
qu’il m’a été donné de croiser
ont aussi leurs petites faiblesses, leurs petites mesquineries.
Ce ne sont que des êtres humains. Et « errare
humanum est », l’erreur est humaine, l’humain
est erreur. Tous les enfants le savent bien et ça,
je ne l’ai pas oublié. Il y a toujours un Père
Fouettard, une Dame Cruella, une sorcière Carabosse
ou un inspecteur des impôts dans les plus belles histoires.
Et certaines histoires ne finissent pas toujours bien, avec
un mariage et de nombreux enfants. Les enfants le savent
bien et pourtant, ils ont besoin de croire aux belles histoires,
aux chevaliers blancs et aux princesses crinolines…
J’ai lu beaucoup… Vraiment beaucoup… Les études sur
l’interprétation des contes de fées, la sociologie, l’ethnologie,
les auteurs psy, l’ésotérisme, le mysticisme, la symbologie… Assez
pour découvrir que, de références en références,
l’on peut tout tirer de tout, tout faire dire de n’importe quoi,
tout traduire du néant. Tant et si bien, qu’aujourd’hui, je
crois en ce que je vois, en ce que je touche, en ce que j’entends, en ce
que je goûte. Mais pour faire le tour de mes cinq bons sens, je dois dire
aussi que je crois également en ce que je sens ! A ce que je sens avec
ma peau, mon nez, mes papilles mais aussi avec mon cœur, avec mon intuition,
avec la vibration des mots, des voix, des couleurs et des formes… Et c’est
là où ça se re-complique ! Où sont les frontières
du palpable ? Je n’en sais rien. Je me défends de le savoir. A chacun
ses limites. Tout ce que je sais, c’est que je renais à chaque fois
que je vis une « co-naissance »… Un moyen infaillible de rester
jeune ? Peut-être… Alors, j’ai décidé de me montrer
ouvert à tout, ou presque. Mais à ne me fier qu’à ce
que je palpe, avec mes sens à moi. Comme beaucoup, je pèse les
pour et les contre, distingue la part de fantaisie et d’élucubration
naïve de toute histoire. « Conte et racontar, raconte et j’prends
ma part »… Foi d’expert en réalité d’enfance… On
ne me la fait pas facilement !
Et pourtant… Il était une foi, ce matin de juillet… Assis à mon
bureau, chez moi, là où je vous écris en ce moment. Une
amie venait de me parler, voici quelques jours, d’une certaine Fanny, voyante,
médium aux facultés exceptionnelles… Elle n’en fait
pas commerce. Je me décide à tapoter son numéro de téléphone
portable, les lignes de l’esprit étant résolument en dérangement
chez moi… Enfin ! Je croyais. Fanny décroche. Elle passe quelques
jours en Corse avec sa petite fille… Systématiquement, je lui parle
de mon projet, essaie de la convaincre du mec bien que je suis et du sérieux
de mes travaux. Fanny m’interrompt, je ressens comme une voix me sifflant
: « Cause toujours, beau merle, je sais qui tu es… » Désagréable
! Sensation qui me prendra souvent… A cet instant, Fanny me décrit
mon bureau, mes plantes, mon physique, mon environnement proche ! Je ne peux
m’empêcher de sourire. Dire que si je raconte ça, personne
ne me croira. Soyez sympas de ne pas le répéter, belle-maman me
retirerait la garde de sa fille ! Et avec toute cette vaisselle… Les vacances
d’été passées, je retrouve Fanny chez elle. Elle a
57 ans, elle est belle, elle en paraît quinze de moins. On parle, je rappelle
l’ambition de ce livre, un peu de mon parcours… Fanny m’écoute
respectueusement. On évoque ses vacances, sa petite-fille… Une bonne
heure passe, le courant s’installe entre nous et j’allume mon magnétophone
numérique dernier cri, il ne lui manque même pas la parole. Je pose
mes premières questions et j’enregistre les premières confessions
de Fanny qui est donc médium depuis la méningite qui l’a
visitée dans son enfance. Son appartement est habité et Fanny a
son balcon sur l’au-delà. Moi, je me suis accroché à la
rambarde à chaque fois qu’elle s’est interrompue pour me demander
quels étaient ces aboiements du chien de mon voisin, ses hennissements
de chevaux et s’inquiéter de ces travaux que je n’avais pas
encore pu terminer. Je reste stoïque. Je suis un pro. Même un ancien
journaliste, c’est peu dire… Un métier qui mène à tout à condition
d’en sortir. Après tout, puisque j’ai dit que j’habitais à la
campagne, facile de déduire… Plus mystérieuse cette « voix » qui
lui parle de cette maison aux pierres rouges dans laquelle je viens de séjourner.
Celle de mes beaux-parents, si particulière… Quelques minutes encore
et Fanny « entend » qu’ « on » lui parle de cette
personne décédée dont j’ai été si proche.
Bon ! A mon âge, ça devait bien m’arriver. Je continue ma
question mais n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche… « On » me
parle de Claude ou de Jean-Claude… « Oui… c’était
mon oncle. Il est décédé et nous étions si proches
! » Fanny me dit qu’il me protège… ça, je le
savais ! Mais Fanny, comment le sait-elle ?
Tout ce qui a été dit, je l’ai enregistré… Je
l’ai re-écouté. Episode exceptionnel. Peu importe les explications
! Je contemple le ciel… Le Petit Prince vient de m’y dessiner un
mouton !
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