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Voyant(e)s, aujourd’hui
Nous y voilà ! Enfin, m’y voilà, moi d’un côté et vous lectrices et lecteurs, de l’autre, à entreprendre ce fabuleux voyage au centre de la voyance. Un terme général, générique, bien entendu, pour parcourir l’ensemble des arts, des sensibilités, des intuitions, des sensations, des dons qui indique la capacité à « voir », sentir, ressentir, deviner, déduire les événements de la vie, passés, présents ou à venir. Aucune règle, aucun cadre, aucun texte n’en détermine les contenus et les pratiques. Du marc de café aux formes de nos lèvres en passant par les étoiles ou les esprits farceurs, tout porte à croire que notre destinée correspond avec chacun d’entre nous par des signes surprenants. A cette époque du 21ème siècle où nous, pauvres mortels, n’en sommes encore qu’à apprivoiser mails et courriels !
Au travers de cette quête vers les sens de la vie, j’ai voulu, comme il est d’usage dans cette collection, laisser la seule parole à ceux qui avaient véritablement quelque chose à dire sur le sujet. Pas aux observateurs, ni aux spécialistes, ni aux détracteurs… Non ! Exclusivement à celles et à ceux qui vivent ou ont vécu l’expérience d’un « don », comme on dit par facilité, par sens commun.
Après avoir, pour mes premiers livres, rencontré des libertins puis des amants et des maîtresses, je pensais que ma démarche pour trouver des voyants, astrologues, tarologues, chirologues, médiums ou tout autre praticien de pratiques extra-lucides serait plus ardue. D’ailleurs, au cas où ma méthode de fonctionnement serait un jour ou une nuit enseignée dans les facultés, autant en révéler d’ores et déjà les grands principes. En clair, je commence par définir une vingtaine de profils types… Pour cela, je lis, je fouine sur le net, j’en parle autour de moi, je médite et, enfin, je liste mes fameux profils types, ceux-là mêmes sur lesquels l’Académie des Sciences et des Lettres se penche actuellement ! J’essaie d’être le plus exhaustif possible. Ne vous étonnez pas du sens si particulier de la dérision, mais après de nombreuses années de jeunesse passées dans le journalisme économique et dans le marketing, je suis devenu très prudent quant aux divers protocoles, procédures, méthodes et autres classements dans les tiroirs. Et l’expérience de mes derniers livres m’a bien démontré, si cela était encore nécessaire, combien il est difficile, prétentieux et illusoire de vouloir mettre à tout prix les comportements humains dans des tiroirs… Pour preuve, ces produits de consommation si précieusement étudiés qui ne rencontrent pas leur public et nos hommes politiques qui en perdent leur verve pourtant si bien affûtée, après chaque élection qui-ne-se-passent-jamais-comme-cela-aurait-du ! Et surtout, j’ai vite appris qu’en face de chacun de ces vingt profils établis de façon quasi arbitraire, je pouvais afficher deux ou trois cents témoignages, j’aurais autant d’histoires différentes et complémentaires ! Rassurant, non ? Donc, voilà, je liste mes profils et je décroche mon téléphone pour enclencher le célèbre et toujours efficace bouche à oreille. En quelques semaines, mises en confiance et rencontres, je parviens à dénicher ma vingtaine de personnalités uniques… dont je découvre les vies au fur et à mesure où mes précieux témoins me la distillent, question après question, réponse après réponse. Je me déplace à travers notre bon pays, débarquant la plupart du temps chez des gens qui ouvrent à l’inconnu que je suis, leur maison, leur cœur, leurs souvenirs parfois douloureux et, en l’occurrence, leur âme avec la signification qu’ils veulent bien y mettre. Je mets en marche mon magnétophone, de peur d’une infidélité involontaire de ma part lors de la retranscription du témoignage, et puis s’engage alors la discussion, la confession, le voyage au cœur de l’aventure humaine. C’est magique, émouvant, surprenant, riche d’enseignement et d’humilité. Au-delà de mes questions indispensables, je me range alors en total retrait face à ce voyage fantastique, passager privilégié et indiscret, m’interrogeant simplement ça et là de la nature des contrées visitées, de l’importance des escales, veillant à la traduction de langages trop techniques ou trop personnels, soucieux du cap à tenir, attentif aux changements de vitesse et d’altitude. Questions, réponses, souvenirs, réflexions, précisions, rebondissements, stupéfactions… le voyage est sans détour, l’aventure est sans retour. Ce qui est dit est entendu, ce qui est entendu est gravé sur les pages qui suivent. Et ce qui suit est la Vie. Une vie à laquelle nous ne sommes pas forcément préparés… Si loin de tout espace figé. Si proche de tout espace intérieur. Que celle ou celui qui n’a jamais été confronté au mystère jette la première carte !
Juste à la suite de la sortie de mon premier livre dans cette collection, je me souviens de l’intérêt fort aimable que m’avait porté Annie Favier, journaliste à Livres Hebdo. M’interrogeant sur le choix de mes thèmes présents et à venir, entre autre comment en suis-je arrivé à traiter du libertinage, de l’adultère pour continuer par la voyance, je m’entends lui répondre « que j’avais l’impression que l’ensemble de mes thèmes semblaient naturellement suivre le parcours de ma propre vie ! » Je connaissais déjà l’écriture automatique pour en avoir fait l’expérience (si !), me voilà maintenant à expérimenter le discours automatique… La réponse était là, replié dans un coin de mon être, attendant la bonne question pour s’éveiller à la réalité. Il y avait la belle au bois dormant, voici se révéler la réponse aux limbes dormant !
Car oui, je l’avoue, j’ai connu le mystère, les expériences paranormales, les auras qui s’allument comme autant de feux follets, les voix de nulle part, les rêves prémonitoires, l’au-delà vu d’ici-bas, la porte entre-baillée du destin, les souvenirs des vies anciennes et l’intervention des fées. C’était loin, j’étais jeune, j’étais mal, j’étais bien. Je cherchais, je trouvais. J’ai su d’où je venais mais avec tellement de mal à savoir où j’étais. Quelle importance ! J’ai appris où j’irais mais sans savoir comment. Quel avantage ! On m’a dit qui j’étais, mais pas ce que j’avais à en faire. Quelle misère ! J’ai vu sans comprendre. J’ai su sans apprendre. J’ai pris sans attendre. J’ai sillonné les lignes de mains, tiré le tarot, traversé les étoiles, oscillé le pendule, traversé le miroir et même dansé au son des vibrations du cosmos. Au commencement j’étais revenu. Auprès de Dieu j’étais assis. Dieu j’étais. Et du promontoire de mon orgueil, je me suis cassé la gueule ! C’était il y a quinze ans. C’était ma vie d’avant. L’une de mes vies d’avant. Je suis retourné les pieds sur terre. Cette bonne vieille Terre où je me sens si bien. J’avais fait un bien drôle de voyage avec mon âme comme embarcation. Je viens d’en revivre quelques épopées, en voyage organisé, cette fois-ci. J’ai embarqué sur vos âmes, mes chers témoins. Je m’y suis senti comme chez moi. L’avez-vous vu ? Mais cette fois-ci, j’avais gardé les amarres bien en mains. Ensemble, nous nous sommes parfois sentis accrochés à la vigie, quand la dérive nous emmenait trop au large pour crier en chœur « Vie ! Vie », comme on aurait pu appeler la terre.
« Allô ! Monsieur Demessence, c’est votre banquière préférée (Jacqueline, encore une fée !)… C’est au sujet de votre découvert… » C’est bon, je suis bien sur Terre !! J’y suis trop bien, même à découvert…
Ç a me rappelle ma rencontre avec ce grand acteur de talent qu’est Jean-Claude Brialy, à l’aube de mon métier de journaliste. Je l’avais interviewé en son théâtre des Bouffes Parisiens, à Paris. Allez savoir pourquoi, à l’époque je lui avais demandé s’il croyait aux fées… « Bien sûr, m’a t-il répondu avec l’ardeur qu’on lui connaît. Je connais la plus merveilleuse d’entre elles, en pointant le regard vers le portrait de Jeanne Moreau. Mais si je voulais vraiment y croire, je leur demanderais de signer les chèques à ma place ! »
Me voilà donc parti à la recherche de voyantes, voyants, médiums et d’astrologues, catégorie bien à part de l’art divinatoire. Et, m’apprêtant à traverser le gué de mon ignorance sans le savoir, m’attendent sur l’autre rive une divinologue, une yogi, une runeuse et quelques mages au blason de psychothérapeute ! Les voies du mystère sont vraiment inattendues et parfois imprévisibles. Tellement imprévisibles que je ne compte plus le nombre d’amies et d’amis qui, au détour de confidences sur la nappe en papier, se sont mis à me révéler que, eux aussi… ! De prémonition en pressentiment, d’apparition en thème astral, qui vraiment, n’a pas jeté sa carte ?
Tiens ! Même mon pote Dominique… Pour gagner sa vie et bien la gagner, il fait le forgeron quelque part dans le sud de la France. Il tord, il volute, il enclume et le fer a fort à faire ! Jamais je n’aurais cru ça de lui. C’est mon plus vieux copain. On serait nés plus tôt qu’on aurait fait la guerre ensemble. A défaut, on a partagé nos premières amours… Pas plus mal ! Et voilà mon Dominique, m’avouer qu’il avait consulté une voyante qui lui avait prédit, dernièrement, un accident de moto. Ça se passerait dans un rond-point et il se fracturerait la jambe droite… Du coup, voilà mon Dominique abordant tous les ronds-points en sens inverse ! « Au moins, le sort en sera conjuré, puisque je tomberai alors du côté gauche », m’annonce t-il !! Non, mais… Moi qui étais certain de tout connaître de lui !
Et comment ne pas oublier Evelyne, Katia, Patricia, Daniel, Vincent, François, Paul et les autres ? Chacun y va de ses aventures, de ses terreurs, de ses frissons, de ses certitudes, de ses doutes. Hôtesse, toubib, vendeuse, chanteur, mécanicien… Le fantastique n’affiche pas de préférence socio professionnelle. Il gratouille où bon lui semble. Les frontières du réel s’encombrent peu de ce genre de barrière. Même belle-maman, même beau-papa, ont des histoires à raconter. Des histoires de sorcellerie, des histoires de magie dans ce petit village du Massif-Central. Je devinais bien belle-maman un peu bizarre. Mais à ce point…
Comme la Vie est belle quand elle reprend ses droits. Malgré des siècles d’inquisition, malgré les bûchers, malgré les détournements des Paroles d’amour des plus grands prophètes, malgré l’étincelle des Lumières, malgré la pseudo-maîtrise de la matière, malgré Descartes et Freud, malgré l’ère du rationalisme qui a voulu rationner notre esprit et malgré toutes les poussières du néant, il resterait toujours une porte, une lucarne, une paroi mal jointée qui laisserait passer un peu de lumière, un soupçon d’espoir en faveur de notre immortalité.
Et dire que je suis encore surpris par la vie et par l’aventure humaine ! Finalement, peut-être qu’après avoir passé la moitié de ma vie à m’affronter avec la vie, je vais consacrer l’autre moitié à me confronter à elle.
Pour moi, la voyance était quelque chose de presque rationnel. On y trouvait même des classements par tiroirs ! Le premier tiroir de la première colonne, celui du haut, concerne celles et ceux d’entre les humains qui manifestent un don particulier, une capacité à sentir des choses que les autres ne savent pas, ou plus, faire. Chez ces gens-là, l’honnêteté est de rigueur. Certains en font commerce parce qu’il faut bien vivre et payer son loyer, d’autres le réservent à leurs amis ou leur entourage et quelques-uns font tout leur possible pour s’en débarrasser.
Dans le deuxième tiroir, on trouve ce que j’appellerais les « psy » malgré eux. Ils sont persuadés d’avoir un don, reçoivent une clientèle parfois abondante qui les conforte dans leur position et exercent leur métier avec honnêteté. Généralement, ils affichent soit une simple mais exceptionnelle aptitude à la télépathie et à la réception de pensées des autres, soit la même aptitude à la psychologie. Ils écoutent, ils accompagnent et conseillent leurs clients, parfois dans le sens que ceux-ci veulent entendre, soit de la façon la plus objective qu’il soit.
Empilés en vrac dans le troisième tiroir, se bousculent au coude à coude tous les marchands du temple, toutes celles et tous ceux qui comptent surtout sur leur don à truander leur prochain, étant parfois de fins psychologues d’ailleurs, à la manière caricaturale du vendeur d’aspirateur. C’est souvent cette catégorie que retiennent les médias et les détracteurs en mal d’audience, pour « casser » du voyant.
Ensuite, tournons-nous dans la deuxième colonne de tiroirs, celle des individus consultants les dénommés voyants. Là encore, adepte du classement, je tire mes tiroirs et j’y colle mes étiquettes !
Première étiquette ! Le tiroir des gens avertis, qui connaissent bien le sujet de la voyance, ses limites et ses possibilités. Ils consultent pour confirmer un ressenti personnel, savent comment se comporter devant un praticien auquel ils sont généralement fidèles et comment le choisir. La motivation de leur visite et leur fréquence dépendent de la préoccupation du moment, souvent liée à des orientations, des choix à pendre.
Deuxième étiquette ! Le tiroir des êtres en manque de repères. Les trois grandes questions les titillent : « D’où viens-je, où vais-je et qui suis-je ? »… Ces êtres là butinent les voyants pour apporter du miel à leur vie, pour se sentir mieux, ou moins mal, en essayant de comprendre le pourquoi des choses… Leur champ de récolte est, bien entendu, infini et leur motif d’investigation, légitime et intéressant.
Troisième étiquette ! Le tiroir a bien du mal à fermer, il grince et fourmille de « post-it »… Y gesticulent toutes celles et tous ceux qui ne supportent pas une question sans réponse, un doute sans certitude, un avenir sans présent, un événement sans raison… un destin sans maîtrise. C’est la voyance en overdose, la voyante ou le voyant en maître à penser, la lucidité parfois assombrie.
Et puis, il y a bien sûr, comme dans tout bon rangement, un tiroir « bordel », dans lequel s’amoncellent tous ces sujets inclassables ou en attente de l’être.
Voilà !
De cet état des lieux cérébral, j’ai tiré ma vingtaine de profils… Et quelques mois après, je contemple mes beaux tiroirs avec un nouveau regard. Le regard de celui qui sait ! Qui sait que plus on sait et moins on sait… Le regard de celui qui voit ! Qui voit son bureau tirer l’un de ses tiroirs comme un mobilier étrangement animé me tirerait la langue.
Mmmmmhhhh !!!
Alors, plutôt que de me fâcher ou de me frotter les yeux, je grimpe sur mon bureau et m’y assois… en tailleur, façon yogi malhabile, la paume des mains vers le ciel, le regard fixé vers le souvenir de mes dernières rencontres et me voilà, l’âme plissée pour mieux y voir, le cul posé sur les terrasses de l’éternité !
Pourtant, je le savais bien… j’aurais du me douter que ce qui était valable pour moi, l’était aussi pour les autres. Résidus d’orgueil ? En tout cas, impossible, résolument impossible, de séparer la voyance de la spiritualité. Comment, même, pouvais-je l’imaginer ? Et s’il y a bien un dénominateur commun à tous ces personnages authentiques que j’ai croisés, c’est bien Dieu. Et que chacun y mette le visage ou le prénom qu’il veut bien y mettre, selon sa culture, sa croyance, sa tradition… ses miracles !
Vingt fois !
Vingt fois, j’ai dialogué avec un faiseur ou un chercheur de sens, vingt fois j’ai dialogué avec un braconnier de Dieu. A défaut de converser avec Dieu en personne… A chaque fois, Il était là, d’abord derrière une parole, une explication, une raison. Ensuite, le Verbe s’en mêlait. Et les mots étaient autant de poissons, serrés au sens par les mailles du chalut, pour nous ramener, pour me ramener, lentement vers Lui… Insensé ! Insensé de ne pas rechercher dans le sillage du chalutier le sens de la vie.
Voyants, voyantes, aujourd’hui… Qui sont-ils, qui les consulte ? Pourquoi voient-ils, pour qui voient-ils ? … Qui peut bien se dissimuler derrière leurs yeux ?
Les yeux sont la vitrine de l’âme, dit-on !
Alors, où est le magasin ? Où est le vendeur ? Qu’a t-il à vendre ? Où le fait-il fabriquer ? Pour qui ? Pour quoi ?
A quoi sert donc un voyant ?
Seulement à nous guider dans notre survol à l’étalage ?? …
Les voyants sont des habitués de ces survols, parfois malgré eux. Ce qui ne les empêche pas de se planter de temps à autre à l’atterrissage. La vie d’un voyant n’est pas de tout repos. Il se retrouve parfois embarqué après avoir pris un coup au cœur, une claque à l’âme, un choc au sens. Quant au co-pilote qui n’a rien demandé, il quitte souvent le bord. Et le voyant se retrouve seul. Et la voyante se retrouve seule. Car sur le plan sentimental, il est aussi mal vu de voir. Mal vu de trop voir. Les yeux acérés tranchent dans la vie comme pour esquiver les cicatrices du destin.
J’en sais quelque chose ! Je témoigne, moi aussi. Il était une fois… C’était il a treize ans. J’en étais à la charnière de ma destinée. Une charnière qui coinçait un peu, du reste… Après une année sabbatique consacrée à la rédaction d’un ouvrage sur la tendresse, quelques temps après une époque de ma vie on ne peut plus mystique, je venais de rejoindre une fonction « à haute responsabilité », auprès d’un grand personnage de ma région qui ne ménageait ni ses collaborateurs, ni lui-même, de cinq heures du matin à minuit. Je vivais depuis quelque mois avec une amie qui avait pour principale activité professionnelle… Devinez ! Et bien… La voyance, via les cartes et les étoiles. Je me souviens parfaitement d’un soir ou je rentrais bien tard, après quelques jours seulement de ce nouvel emploi. J’ouvre donc la porte de notre appartement pour trouver ma compagne d’alors assise derrière son bureau, son jeu de tarot de Marseille étalé devant elle. La routine, en attendant le retour quotidien du prince vaillant ! Sur son visage, rien ne laissait transparaître une quelconque émotion. Après nous être salués du rituel « smac », elle m’annonce tout de go que j’étais amoureux… de quelqu’un d’autre ! A l’époque, craché juré, j’avais vraiment d’autres préoccupations bassement matérialistes, entre les souhaits d’un président en charge de relever le défi de son élection et ma petite personne, en charge d’imaginer et d’exécuter une partie de la mise en œuvre… Je n’avais même plus le temps de rêver, de rêvasser… Mon moi contemplatif avait cédé la place à un moi rébarbatif qui n’était pas moi ! Mais mission acceptée valait pour mission obligée… Et puis, je n’éprouvais aucune envie de poser mon regard et le reste ailleurs. Et puis, même si cela avait été le cas, je ne disposais pas d’assez d’espace dans mon disque dur cérébral pour penser à ça ! Alors, connaissant son talent et son vrai don, je me suis assis en face d’elle. Sur ce siège sur lequel s’asseyaient ses clients, clientes et élèves puisqu’elle donnait également des cours. Et elle a continué, m’annonçant que j’étais amoureux d’une jeune femme qui travaillait à mes côtés, me la décrivant avec une telle précision que j’ai fini par lui mettre une forme, un visage et, bien évidemment, par la reconnaître. C’était mon assistante par intérim, qui m’avait rejoint comme telle depuis quelques jours à peine et pour laquelle mon intérêt se limitait vraiment à ses prouesses horaires et ses compétences professionnelles. Je réfutai bien sûr immédiatement de tels sentiments et intentions, fort des mêmes raison que je viens d’évoquer, renforcées par le fait qu’elle était là, elle, et que je n’en demandais pas plus… Je n’aurais pas été certain de ses aptitudes à deviner le présent et l’avenir, je n’aurais même pas écouté ses propos jusqu’au bout, ne pensant qu’à me débarrasser, comme chaque soir, de cet affreux « bleu » de travail avec cravate, souliers cirés et boutons de manchette assortis ! J’ai pourtant bien marqué dans ma mémoire l’extrême sérénité qui avait emballé cet encombrant cadeau. Un cadeau du destin qui allait bien ternir nos échanges de regard, devenus en l’espace d’une soirée autant de puits d’incertitudes et de suspicions. Un cadeau du Ciel qui allait nous faire gagner bien du temps et des larmes. Un cadeau de la Vie qui me préparait aux années bonheur qui allaient suivre avec Béatrice, mon assistante par intérim avec laquelle je vis depuis un peu plus de douze ans aujourd’hui !!
Et que l’on ne me parle pas d’influence de mes sentiments suite à cette « voyance ». Car comment une simple « influence » pourrait-elle résister aux souffrances d’une séparation. Ceux qui l’ont vécue comprendront !
Alors, pourquoi ? Pourquoi cette fenêtre s’est-elle ouverte… Pour avertir, pour épargner ? Ce sont des justifications que l’on retrouvera fréquemment dans les témoignages qui suivent.
En préparant ce livre, en partant à la recherche de mes « profils », je ne m’attendais vraiment pas à ce voyage au bout du sens et de l’essentiel. Bien sûr, dès le départ, j’avais pris la décision d’écarter le sensationnel, le miracle anecdotique et les racoleurs organisés des publicités à quatre sous.
Comme d’habitude, je voulais du vrai, du vécu, du sens, de l’émotion ! J’ai voulu rencontrer des êtres humains comme les autres… J’ai rencontré des âmes comme vous et moi. De ces âmes qui ont le don de « voyance » comme d’autres ont la « main verte ». Et puis, j’ai aussi voulu savoir ce qui conduisait un « consultant » à consulter. Ces femmes et ces quelques hommes qui reconnaissent ne pas avoir ce don de « voyance », ou en tout cas pas assez, et qui ont recours à celles et ceux qui en sont nantis.
Des naïfs, des paumés, des illuminés, des irresponsables, comme prétendent ceux qui leur jettent la pierre ?
J’aurais pu en rencontrer… Certes ! Michelin n’a pas encore inventé d’itinéraire parfait de la vie sur terre, avec les meilleures étapes, les pièges à éviter, les prix à payer et les époques de vie qui méritent le détour ! Pourtant, d’étoile en étoile, de gourmand en gourmet de la vie, le bien-être et le bonheur se retrouveraient au bout du chemin…
Michelin : le Guide, la Bible, l’Evangile…
Bibendum : l’Ange-gardien…
Le chemin à suivre : la Destinée…
L’Hostellerie du Bonheur ou le Buibui du Tord-Boyaux : l’Etre…
L’Inspecteur expert en routes à suivre et auberges à fréquenter : le Voyant ou la Voyante…
Le client ou le touriste ou le consommateur : Vous, Toi, moi et les autres…
Finalement, la Vie est simple. La Vie n’est qu’analogie. Je n’ai rencontré aucun « hurluberlu » ! Ni chez les voyants professionnels, ni chez les voyants occasionnels, ni chez les consultants réguliers, ni chez les consultants par « hasard »… Ni paumés, ni tricheurs, ni bonimenteurs…
De profils en témoins, de tranches de vie en expériences personnelles, je n’ai croisé que des chercheurs en quête de sens, que de la générosité pudique, que de l’intelligence pionnière d’un nouveau monde.
Pour ma part, je crois en certaines choses et je suis persuadé d’autres choses. Je crois qu’il nous reste à découvrir les ressources de notre existence, que l’on en recèle plus qu’on ne peut l’imaginer. Je crois que la Vie a un sens, au nom de l’Amour, du Bonheur, de la Beauté et de la Sagesse et, surtout, au nom de nos enfants qui existent et que nous avons conçus au nom de tout cela. Je ne crois pas en l’absurdité de la Vie parce que je suis trop rationnel pour admettre que la Vie ne sert à rien…
Je suis persuadé, je suis sûr et certain que toute question existe parce que la réponse lui pré-existe. Que la réponse est comme la graine qui attend sous terre la chaleur de la question pour germer et puis pour éclore et devenir, enfin, cette magnifique fleur.
Tout cela me rappelle cette fameuse histoire !
L’histoire de ce jeune homme qui creuse un trou au bord de son jardin. Chaque jour qui passe voit le trou s’agrandir sous les efforts de forçat du jeune homme, transpirant, suant mais constamment souriant.
Les passants passent et repassent. Les curieux s’interrogent, les indifférents s’indifférent et les moqueurs se moquent.
Les jours, les semaines et les mois se suivent à mesure que le trou s’agrandit, à mesure que le bonheur se lit sur le visage du jeune homme, à mesure que les commentaires vont bon train dans le voisinage, que les regards se baissent de plus en plus à la recherche d’un indice tout au fond de ce trou.
C’est clair ! Il n’y a jamais eu ni trésor ni pétrole en cet endroit et personne ne comprend quel peut bien être l’intérêt de ce jeune homme qui semble de plus en plus illuminé d’une bien étrange folie dans la pénombre de son trou.
Le maire, le curé et le médecin se décident enfin à lui poser la question qui démange toutes les lèvres du village : « Mais enfin ! Pourquoi creuses-tu ce trou ? On a beau regarder, examiner, analyser… Il n’y a rien à faire ici d’un tel trou ! »
« Un trou ? S’étonne le jeune homme… Mais je ne creuse pas un trou… Je construis une cathédrale ! »

Quant à moi, je vous invite à creuser, avec moi et mes ami(e)s, l’âme de notre existence…



Je viens tout juste de commencer ma recherche de témoins, après avoir établi ma liste de profils qui me permettra d’établir un panorama de vie de ces voyantes et voyants si mystérieux et de leurs « clientes et clients », si… inclassables !
L’un de mes excellents amis, à qui je parle de cette enquête, m’indique de façon péremptoire et catégorique qu’il connaît « LA » personne qui correspond à l’un de mes profils répertoriés. Le profil type de la personne qui n’a rien demandé et qui, grâce ou à cause d’un événement affectif particulier, le « don » de voyance lui est tombé sur la tête.
Rendez-vous est pris, après avoir fourni toutes les références historiques de mes œuvres, de mes accomplissements professionnels et autres pattes blanches de l’amitié. Valérie est prudente, pour ne pas dire méfiante, et se déplace à mon domicile, en compagnie d’une amie. Je comprends aisément la réserve des personnes qui acceptent, malgré tout, de me rencontrer, de se raconter. Je ferais de même ! Nous nous asseyons sur la terrasse du jardin, en cette belle après-midi d’été. Mon magnétophone n’est pas encore allumé et nous faisons d’abord connaissance. Pourquoi ce livre ? Comment s’articule t-il ? Que fais-je d’autre, avec qui… ? Rituel immuable de mise en confiance, de prise de conscience.
Valérie se dit avant tout auteur. Elle présente toutes les qualités d’une excellente praticienne, puisqu’elle est devenue médium, mais elle veut avant tout transmettre un message…
Vite ! Loin ! Large !
Son interview sera irrégulièrement interrompue de flashs, ce qui m’arrivera fréquemment avec mes autres témoins. Les yeux de Valérie semblent changer de « profondeur de champ », à la manière de l’objectif d’un appareil photo. Elle ne répond plus à ma question. Elle s’interrompt pour m’annoncer qu’elle voit un animal qui a été très proche de moi, enterré dans ce jardin, sous un arbre sous lequel il se couchait souvent… Un chien ? Non ! Un chat… Je reste placide. Je ne laisse passer aucune émotion de ma part… Enfin ! Je ne crois pas. Je suis là pour poser des questions et attendre les réponses, les explications… Par pour une consultation personnelle ! Mais je ne peux m’empêcher de penser très fort à ma chatte Cannelle, partie pour le paradis des chats voici deux ans, après dix-huit années de vie commune et d’émotions intenses partagées. Je l’ai enterrée sous son chèvrefeuille, face à la maison, à l’ombre duquel elle passait ses longues et sereines siestes… Je me re-concentre sur mon interview et les deux ou trois flashs qui suivront me perturberont moins.
Je n’avais qu’à choisir un autre thème… Je sais pas, moi… « Les joueurs de pétanque aujourd’hui, qui sont-ils, qui les admire ? »
Quelques mois après cette première rencontre, nous nous appelons souvent, avec Valérie. Elle a un projet qui lui tient à cœur et sur lequel elle travaille beaucoup, un magazine destiné à la spiritualité… Mais le destin s’amuse à lui faire des croches-pieds pour savoir si sa volonté tient debout ! Difficile de « voir » et de savoir quand le regard porte au-delà du réel…
Jean-Louis, lui, m’a été recommandé par une amie… Et puis, par une autre qui, en effet, en a entendu parler. Lui, me reçoit chez lui… Nous allons rester plus de deux heures ensemble. C’est un voyant professionnel, un vrai, qui en a fait son métier, de Paris à Montréal, avec quelques escales à Toulouse. Jean-Louis, on l’imaginerait volontiers sortant d’un temple ancien, ses grands yeux impressionnants et perçants scrutant votre passé et votre avenir comme d’autres, c’est à dire vous et moi, détaillerions tenue vestimentaire et coupe de cheveux, à la recherche de quelqu’indice social ou culturel permettant de « jauger » autrui. C’est certain ! Il vient d’une autre époque… A moins qu’il ne sorte d’un film… D’un film ? Que dis-je… D’un péplum ! D’une fresque ! En tout, il me l’a dit, il est tombé dans la marmite quand il était petit… A moins qu’il n’y soit tombé bien avant… Son appartement/cabinet de consultation est assez cosy, les murs recouverts d’icônes christiques… Nous nous installons l’un en face de l’autre, une table de style en bois entre nous.
Jean-Louis parle beaucoup… Nous faisons connaissance, là aussi. Il accepte de répondre à mes questions parce que je lui ai été recommandé. Et qu’il sent bien les choses. Parce que… Parce qu’autrement, il est très méfiant par rapport à toutes les idioties et bêtises qui sont dites sur son métier et les gens, comme lui, qui l’exercent ! Comme mes autres témoins, mais je ne le sais pas encore, il n’essaiera jamais de me convaincre de quoi que ce soit… A moins, et ça m’embêterait, que j’affiche une tête de convaincu (en un seul mot, s’il vous plait !!) ! Ce qui n’est pas le cas, parce que je ne crois pas non plus en n’importe quoi et encore moins en n’importe qui ! En plus, je ne suis capable d’apporter QUE les questions…
Une nouvelle fois, mon interview terminée se continue par une consultation spontanée me concernant. Je reste indifférent. Pourtant… Mais nous verrons çà tout à l’heure quand, pour la troisième ou quatrième fois, les « voyances » à mon égard se montreront concordantes… mais par pour autant vérifiables ou vérifiées. Enfin ! … Pas encore !

C’était un pari difficile et je le savais… Trouver des personnes pratiquant la voyance, sous ses formes diverses, en dehors des sentiers de la publicité, ressemblait à un casse-tête. D’autant que je souhaitais rencontrer à la fois des professionnels, c’est à dire des personnes qui gagnent leur vie avec ce « don », et aussi des femmes ou des hommes qui vivent avec au quotidien, de différentes manières, pour ne pas dire tant bien que mal, mais sans en faire leur métier.
Comme d’habitude, il me fallait enclencher le bien-connu « bouche à oreille » et conduire mon enquête pour trouver les perles rares. Mais le plus difficile résidait quand même dans la recherche de ces êtres étranges que sont les « consultantes » et les « consultants ». En effet, comment les trouver ? Sur quel annuaire ? Et bien, là encore, j’ai été très surpris des propositions qui ont fleuri autour de moi, en quelques semaines. Bien entendu, il faut savoir en parler et c’est vrai que je suis assez bavard… Pas un endroit où je me trouve, sans que je parle de mon métier et du sujet sur lequel je travaille en ce moment. Comme de bien entendu, de tels sujets ne restent pas sans intérêt de la part de mes interlocuteurs et c’est là où j’ai été frappé par le nombre de mes concitoyens m’avouant avoir consulté, pour un jour ou pour une vie. Et, quand ce n’était pas le cas, « on » connaissait toujours quelqu’un qui se faisait tirer les cartes ou interpréter les étoiles. Restaient à organiser les témoignages, selon mes sacro-saints profils, en ne retenant que ceux qui se complétaient et apportaient des informations nouvelles.
Et pourtant, je ne sais pas tout de mes témoins avant de les rencontrer. Loin s’en faut, puisque je me défends de rédiger une thèse de doctorat ou tout autre travail à caractère scientifique et protocolaire. A chacun son métier. Le mien est de regarder, de m’interroger et d’apporter quelques bonnes questions aux réponses qui sommeillent. Pour autant, je sais bien que quelques sociologues se sont intéressés à mes recherches, pour ce qu’elles sont : un vivant témoignage de notre vie et de notre être caché.
Donc, si je m’intéresse, au préalable, au vécu de la personne par rapport à mon sujet, je ne connais rien ni de sa catégorie socioprofessionnelle, ni de sa situation familiale, ni de sa pointure de chaussures ou du parfum qu’elle porte.
Et là aussi, j’ai été surpris, contre toute attente, par le nombre significatif de personnes proches du milieu scientifique, voire médical. Comme quoi…
C’est le cas, pour commencer, de Mireille !
Mireille affiche ses 65 ans de façon alerte, physiquement et intellectuellement. Elle est infirmière libérale pour quelques années encore, reconnaît le bonheur de pouvoir côtoyer beaucoup de monde, parfois dans des situations difficiles, et se pose donc, naturellement, beaucoup de questions. Et ne se repose pas sur les réponses que notre société lui fournit en self-service. Mais ce n’est pas pour autant que Mireille se noie dans un océan de questions. Mireille est pragmatique. Elle fait bien la différence entre les réponses dont elle a besoin pour lui faciliter la vie, et les questions qui ne lui sont pas indispensables et qui, au contraire, la lui compliqueraient. Pour elle, la voyance est un moyen d’information. Après trente années de consultations, elle sait de quoi elle parle. Peu importe par quel canal passe cette information et qui en sont les présentateurs… Après tout, vous savez comment marche votre télé, vous ?

Martine également, est très proche du milieu médical. Ne pensez pas que je l’ai fait exprès pour tenter de démontrer quoi que ce soit ! Mon livre et la méthode qui me conduit à le rédiger n’ont toujours rien de protocolairement scientifique. Organisé, oui… Mais à la manière dont le Bon Dieu a du organiser notre fichu monde, en y laissant une bonne part de hasard. En tout cas, vu d’en bas ! Martine vit dans le sud de la France, au côté de son mari chirurgien. Ses deux filles sont parties faire leur vie à quelques centaines de kilomètres de là. Histoire classique… Tout allait bien pour elle et sa famille. Mais la maladie, ou plutôt les maladies, l’ont réveillée. C’est ce qu’elle reconnaît. Réveillée de quoi ? De quelle sorte de sommeil ? De la léthargie de la vie tranquille, de cette vie sur terre qui s’écoule comme un long fleuve trop tranquille… Une vie en noir et blanc ! Mais la maladie réveille les couleurs… Ce bleu du ciel qui risque de vite disparaître pour laisser la place au blanc des hôpitaux. Ce rouge qui coule dans nos veines. Ce rouge qui, comme nous disait notre bon et regretté prof’ de lettres, « est la couleur du sang, du diable et du professeur ! ». Il aurait pu ajouter aussi celle de la vie… Ce vert des choses naturelles, si naturelles qu’on pourrait oublier qu’elles existent pour nous faire respirer, aspirer, espérer… Et toutes les autres que Martine a découvertes avec un sens dépassant notre simple perception organique. Martine a eu du mal à faire partager ses croyances à son mari. Son mari qu’elle remercie de lui avoir dessiné une vie avec les couleurs qu’elle aimait. Martine s’inquiète, sent, ressent et consulte pour confirmer sa propre émotion parce qu’elle ne dispose pas, elle-même, de système de traduction. On se sent bien, chez Martine. On se sent bien, avec Martine. L’étang de Berre, au travers de sa fenêtre, reflète le bleu du ciel. A moins que ce ne soit le bleu de son cœur. A moins que ce ne soit les bleus de son cœur.

Je vous l’ai déjà avoué, je crois… En l’Homme, en Dieu, en ce qui m’émerveille. A 45 ans et quelques vies, j’ai conservé cette âme d’enfant qui a la faculté de réécrire son monde pour le rendre plus beau, plus acceptable, plus amusant. Bien sûr, j’ai compris (enfin !) qu’il existait d’autres marguerites à effeuiller, que la Mère Noëlle ne passerait jamais par la cheminée avec ses bottes, que les bombes ne sont pas remplies qu’avec des confettis et que tout le monde il n’est pas que beau et pas que gentil ! Mais si, finalement, il existait d’autres mondes, d’autres formes de mondes tout proches de nous… Quel espoir, quelle chance de survie ! Je sais… Je sais… Rien n’est parfait et toutes les fées, tous les enchanteurs qu’il m’a été donné de croiser ont aussi leurs petites faiblesses, leurs petites mesquineries. Ce ne sont que des êtres humains. Et « errare humanum est », l’erreur est humaine, l’humain est erreur. Tous les enfants le savent bien et ça, je ne l’ai pas oublié. Il y a toujours un Père Fouettard, une Dame Cruella, une sorcière Carabosse ou un inspecteur des impôts dans les plus belles histoires. Et certaines histoires ne finissent pas toujours bien, avec un mariage et de nombreux enfants. Les enfants le savent bien et pourtant, ils ont besoin de croire aux belles histoires, aux chevaliers blancs et aux princesses crinolines…
J’ai lu beaucoup… Vraiment beaucoup… Les études sur l’interprétation des contes de fées, la sociologie, l’ethnologie, les auteurs psy, l’ésotérisme, le mysticisme, la symbologie… Assez pour découvrir que, de références en références, l’on peut tout tirer de tout, tout faire dire de n’importe quoi, tout traduire du néant. Tant et si bien, qu’aujourd’hui, je crois en ce que je vois, en ce que je touche, en ce que j’entends, en ce que je goûte. Mais pour faire le tour de mes cinq bons sens, je dois dire aussi que je crois également en ce que je sens ! A ce que je sens avec ma peau, mon nez, mes papilles mais aussi avec mon cœur, avec mon intuition, avec la vibration des mots, des voix, des couleurs et des formes… Et c’est là où ça se re-complique ! Où sont les frontières du palpable ? Je n’en sais rien. Je me défends de le savoir. A chacun ses limites. Tout ce que je sais, c’est que je renais à chaque fois que je vis une « co-naissance »… Un moyen infaillible de rester jeune ? Peut-être… Alors, j’ai décidé de me montrer ouvert à tout, ou presque. Mais à ne me fier qu’à ce que je palpe, avec mes sens à moi. Comme beaucoup, je pèse les pour et les contre, distingue la part de fantaisie et d’élucubration naïve de toute histoire. « Conte et racontar, raconte et j’prends ma part »… Foi d’expert en réalité d’enfance… On ne me la fait pas facilement !
Et pourtant… Il était une foi, ce matin de juillet… Assis à mon bureau, chez moi, là où je vous écris en ce moment. Une amie venait de me parler, voici quelques jours, d’une certaine Fanny, voyante, médium aux facultés exceptionnelles… Elle n’en fait pas commerce. Je me décide à tapoter son numéro de téléphone portable, les lignes de l’esprit étant résolument en dérangement chez moi… Enfin ! Je croyais. Fanny décroche. Elle passe quelques jours en Corse avec sa petite fille… Systématiquement, je lui parle de mon projet, essaie de la convaincre du mec bien que je suis et du sérieux de mes travaux. Fanny m’interrompt, je ressens comme une voix me sifflant : « Cause toujours, beau merle, je sais qui tu es… » Désagréable ! Sensation qui me prendra souvent… A cet instant, Fanny me décrit mon bureau, mes plantes, mon physique, mon environnement proche ! Je ne peux m’empêcher de sourire. Dire que si je raconte ça, personne ne me croira. Soyez sympas de ne pas le répéter, belle-maman me retirerait la garde de sa fille ! Et avec toute cette vaisselle… Les vacances d’été passées, je retrouve Fanny chez elle. Elle a 57 ans, elle est belle, elle en paraît quinze de moins. On parle, je rappelle l’ambition de ce livre, un peu de mon parcours… Fanny m’écoute respectueusement. On évoque ses vacances, sa petite-fille… Une bonne heure passe, le courant s’installe entre nous et j’allume mon magnétophone numérique dernier cri, il ne lui manque même pas la parole. Je pose mes premières questions et j’enregistre les premières confessions de Fanny qui est donc médium depuis la méningite qui l’a visitée dans son enfance. Son appartement est habité et Fanny a son balcon sur l’au-delà. Moi, je me suis accroché à la rambarde à chaque fois qu’elle s’est interrompue pour me demander quels étaient ces aboiements du chien de mon voisin, ses hennissements de chevaux et s’inquiéter de ces travaux que je n’avais pas encore pu terminer. Je reste stoïque. Je suis un pro. Même un ancien journaliste, c’est peu dire… Un métier qui mène à tout à condition d’en sortir. Après tout, puisque j’ai dit que j’habitais à la campagne, facile de déduire… Plus mystérieuse cette « voix » qui lui parle de cette maison aux pierres rouges dans laquelle je viens de séjourner. Celle de mes beaux-parents, si particulière… Quelques minutes encore et Fanny « entend » qu’ « on » lui parle de cette personne décédée dont j’ai été si proche. Bon ! A mon âge, ça devait bien m’arriver. Je continue ma question mais n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche… « On » me parle de Claude ou de Jean-Claude… « Oui… c’était mon oncle. Il est décédé et nous étions si proches ! » Fanny me dit qu’il me protège… ça, je le savais ! Mais Fanny, comment le sait-elle ?
Tout ce qui a été dit, je l’ai enregistré… Je l’ai re-écouté. Episode exceptionnel. Peu importe les explications ! Je contemple le ciel… Le Petit Prince vient de m’y dessiner un mouton !

   
Les témoins
 

Valérie - Jean-Louis Philippe - Martine

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